"Boyhood" : et Richard Linklater inventa le ciné-réalité !

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 29/08/2014 à 15H17, publié le 18/07/2014 à 08H00
Ellar Coltrane, Ethan Hawke et Lorelei Linklater dans "Boyhood"

Ellar Coltrane, Ethan Hawke et Lorelei Linklater dans "Boyhood"

© Universal

Attention, projet très original : pendant 12 ans, Richard Linklater a rassemblé périodiquement ses acteurs et ses techniciens pour construire son film. "Boyhood", c'est l'histoire d'une famille que l'on voit grandir, vieillir, traverser les époques. Une option vérité inédite dans la fiction. Le film a reçu l'Ours d'Argent du meilleur réalisateur au dernier Festival de Berlin.

La note Culturebox
5 / 5                  ★★★★★

Film américain de Richard Linklater – avec Ellar Coltrane, Lorelei Linklater, Patricia Arquette et Ethan Hawke – Durée : 2h43 – Sortie : 23 juillet 2014

Synopsis : Chaque année, durant 12 ans, le réalisateur Richard Linklater a réuni les mêmes comédiens pour un film unique sur la famille et le temps qui passe. On y suit le jeune Mason de l’âge de six ans jusqu’à sa majorité, vivant avec sa sœur et sa mère, séparée de son père. Les déménagements, les amis, les rentrées des classes, les premiers émois, les petits riens et les grandes décisions qui rythment sa jeunesse et le préparent à devenir adulte...
Voilà un projet ambitieux et même un peu fou : un film tourné sur 12 ans ! Sacré pari, sacrée performance qui soulignent la créativité et l'audace du cinéma indépendant américain.

Richard Linklater a donc constitué une équipe de comédiens qu'il a regardés vieillir à intervalle régulier. Ainsi, Mason (Ellar Coltrane), l'un des personnages principaux, avait 6 ans lorsque le tournage a démarré… Il en a 18 ans lors de la dernière scène.

https://videos.francetv.fr/video/NI_150239@Culture

Les voix, les visages et les corps se transforment, les tempéraments aussi, même si on reste dans le jeu cinématographique et jamais dans le documentaire. Pour le spectateur, un sentiment tout à fait inhabituel s'installe : sous nos yeux, les personnages grandissent et murissent. Le réel fait irruption dans la fiction. Le résultat est étonnant et attachant, le film se retrouve entouré d'une aura très singulière.
Ellar Coltrane et Lorelei Linklater dans "Boyhood" © Universal Pictures Germany
Pour tous ceux qui se sont mouillés dans l'aventure que leur proposait Linklater, une bonne dose de folie était nécessaire : tourner chaque année un morceau de film, sans avoir une idée très précise du résultat final, c'est pour un comédien un sorte de saut dans le vide. Patricia Arquette, qui interprète remarquablement la maman "pilier" de la cellule familiale, ne s'est pourtant pas posé trop de questions : "Richard m'a demandé : "Quels sont tes plans pour les 12 années à venir ?" Question à laquelle, bien entendu, on ne peut pas donner de réponse… Il n'y a avait pas de scénario… (…) mais l'idée était tellement extraordinaire et nouvelle que j'ai répondu oui !".
Patricia Arquette dans "Boyhood" © 2014 BOYHOOD INC.IFC PRODUCTIONS I, L.L.C. ALL RIGHTS RESERVED
12 années durant, c'est toute la vie d'une famille qui s'installe sous nos yeux. Avec ses à-coups, ses petits drames et ses moments de bonheur. Il ne se passe rien de très extraordinaire dans ce film… et, paradoxalement, c'est sa force. Une intimité s'est installée et les émotions se partagent comme jamais. Inévitablement, on s'attache à tous ces personnages que l'on a l'impression de connaître intiment.
Scène de "Boyhood" © 2014 BOYHOOD INC.IFC PRODUCTIONS I, L.L.C. ALL RIGHTS RESERVED
Cette saga hyper réaliste, c'est aussi 12 ans d'histoire des Etats-Unis. L'Irak, Obama, Facebook… Une bande originale de qualité et, à l'image, des "marqueurs" technologiques (très Apple) : les premiers iMac, les iPod, les iPhone… qui nous rappellent que le temps passe et que nos doudous ne cessent d'évoluer.

La patience a payé. Richard Linklater a construit, année après année, un beau film, sensible, au parfum unique. Profondément sympathique.