"Bethléem" : le conflit israélo-palestinien dans un thriller efficace

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 17/02/2014 à 14H42
Tsahi Halevi et Shadi Maei dans "Béthléem" de Yuval Adler

Tsahi Halevi et Shadi Maei dans "Béthléem" de Yuval Adler

© RealFiction

Comment le cinéma en provenance d’Israël ou des Territoires palestiniens pourraient ne pas traiter continuellement du conflit qui les lamine depuis 1946, toujours en mal de solution ? Réjouissons-nous au moins que les deux existent. Avec "Bethléem", l’Israélien Yuval Adler le met en perspective à travers un thriller revendiqué et non moins perspicace, auréolé de six Ophirs, les Oscars israéliens.

De Yuval Adler (Israel/Allemagne/ Belgique), avec : Shadi Marei, Tsahi Halevi, Hitham Omari - 1h39 - Sortie : 19 février 2014

Synopsis : 2005. Bethlehem sud de Jérusalem. Sanfur, un jeune palestinien vit dans l'ombre de son frère Ibrahim un terroriste à la tête d'un réseau influent. Razi, un agent des services secrets israëliens qui recrute des informateurs dans les territoires occupés s'en fait un allié, lui offrant ce qui manque à sa vie, l'estime et la bienveillance d'un père. Tentant d'assurer son rôle tout en restant loyal envers son frère, Sanfur navigue comme il peut d'un camp à un autre, commettant des impairs. Les services secrets découvrent qu'il participe aux activités de son frère, plongeant Razi dans un profond dilemme : doit-il donner une seconde chance à son indic ou obéir aux ordres ?
"Bethléem" : la bande-annonce
Realfiction
A priori, on pourrait se demander si le drame israélo-palestinien peut être traité à travers un film de genre, dont la fonction première est de divertir. La question ne se pose pas concernant "Bethléem", le film traitant dans un premier lieu d’un sujet peu abordé, l’infiltration des activistes palestriniens par les services secrets israéliens, et dans un second, par sa forme, dénuée d’effets, jouant d’un certain naturalisme, qui reflète le credo de sa jeune maison de production, détectable dans sa dénomination "Realfiction" (fiction réelle).

La mise en situation est rapidement en place : Sanfur, jeune homme engagé dans la cause palestinienne, est l’indicateur d’un agent israélien, Razi, pour infiltrer les milieux activistes dans les Territoires. Quand il découvre que son informateur est le frère d’un membre responsable d’un attentat meurtrier qu’il aide dans sa cavale, deux dilemmes se posent : doit-il trahir sa source, et Sadour se priver d’une aide précieuse à la protection de sa famille ? L’un et l’autre ne cesseront de passer de Charybde en Scylla, jusqu’à un duel final à la résolution incertaine.
"Bethléem" de Yuval Adler

"Bethléem" de Yuval Adler

© RealFiction

Western
Si cette trame prend la forme d’un thriller par son contexte contemporain, elle n’est pas sans rappeler le western. Les paysages désertiques, les protagonistes qui affichent constamment leurs armes, les règlements de comptes, poursuites… sont transposés dans un contexte géopolitique jamais perdu de vue, à travers les sentiments des personnages. Razi joue-t-il d’un paternalisme feint envers Sanfur ? Ce dernier lui est-il fidèle seulement par intérêt au risque d’être découvert et tué par les siens comme traitre ? Les dissensions sont partout. Au sein des services secrets israéliens, où les méthodes de Razi ne font pas l’unanimité ; tout comme dans les territoires où la branche armée du Hamas est en rivalité avec les Brigades d’Al-Asqa du Fatah…

La dispute entre les deux factions autour de la dépouille du martyr, tué par Tsahal, est de ce point de vue éloquente, et la scène la plus forte du film. Yuval Adler est parvenu à mettre en équation la complexité de la situation israélo-palestinienne à travers les sentiments de ses personnages. Mais aussi grâce à une forme cinématographique tout en retrait, presque froide, sans pour autant dénuer leur humanité. Ce qui nous permet d’être d’autant plus sensibilisés et concernés par un sujet qui ne cesse de faire la Une de l’information, en nous permettant de l’appréhender de l’intérieur par une fiction réaliste et efficiente.