"Au revoir là-haut" : Albert Dupontel signe un grand mélodrame ambitieux

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 23/10/2017 à 12H18
Albert Dupontel, Nahuel Pérez Biscayart et Héloïse Balster dans "Au revoir la-haut" d'Albert Dupontel

Albert Dupontel, Nahuel Pérez Biscayart et Héloïse Balster dans "Au revoir la-haut" d'Albert Dupontel

© Jérôme Prébois / ADCB Films

Cela faisait cinq ans que l’on n’avait pas eu la visite d’Albert Dupontel. Depuis son très réussi "9 Mois ferme". Identifié à la comédie tendance décalée ("Bernie", "Le Vilain"…), Dupontel change de registre avec "Au revoir là-haut", adaptation du roman éponyme de Pierre Lemaitre, Prix Goncourt 2013 sur l’après-Première Guerre mondiale. Bernie se rangerait-il des voitures ? Pas tant que ça…

La note Culturebox

3
3/5

Gueules cassées

Cela rassure toujours de voir un créateur, un cinéaste, sortir de ses sentiers battus. Renouvellement, prise de risque, révélation d’une facette insoupçonnée… autant de signes qui font preuve d’exigence et confirment que tout un chacun n’est pas fait d’une seule trempe. On savait Dupontel capable de passer dans le registre dramatique depuis sa remarquable interprétation dans "La Maladie de Sachs" (1999) de Michel Deville. Mais de là à adapter et mettre en scène un Goncourt autour des "Gueules cassées" (grands défigurés de guerre),  avec une imposante reconstitution historique : ce n’est pas là qu’on l’attendait.
"Au revoir là-haut" : la bande annonce
Histoire d’amitié entre deux poilus rescapés qui essayent de se refaire une vie, "Au revoir là-haut" est un plaidoyer pacifiste antimilitariste. Il n’est pas sans rappeler "Les Sentiers de la gloire" de Stanley Kubrick dans l'évocation d’une hiérarchie militaire peu soucieuse des pertes humaines. Edouard (Nahuel Perez Biscayart) issu de la haute bourgeoisie est défiguré à vie, l’autre, Albert (Albert Dupontel), d'origine modeste, est sain et sauf. Ils vont monter une arnaque aux monuments aux morts, par vengeance, autant personnelle que contre l’armée et les institutions.
Albert Dupontel et Laurent Lafitte dans "Au revoir la-haut" d'Albert Dupontel

Albert Dupontel et Laurent Lafitte dans "Au revoir la-haut" d'Albert Dupontel

© Gaumont Distribution

Les défauts de ses qualités

Comme le soutenait Hitchcock, plus le méchant est réussi, plus le film l’est aussi. L’adage se vérifie dans "Au revoir là-haut", où Laurent Lafitte campe un odieux capitaine Pradelle, tant sur le front, que comme gestionnaire des cimetières militaires, escroc et goujat. Niels Arestrup est le richissime père d’Edouard qui croit son fils mort. La qualité des acteurs, leur prestation dans des seconds rôles, confirme combien le cinéma français reconsidère leur place négligée depuis les années 80. L'on ne peut toutefois en dire autant des rôles féminins, moins creusés, et pourtant tenus par Emilie Dequenne et Mélanie Thierry.
Niels Arestrup et Laurent Lafitte dans "Au revoir là-haut" d'Albert Dupontel

Niels Arestrup et Laurent Lafitte dans "Au revoir là-haut" d'Albert Dupontel

© Gaumont Distribution
Albert Dupontel reste fidèle à sa thématique sociale où s'opposent les modestes aux puissants, constance de tous ses films. Mais il se fait épique, dans la reconstitution du champ de bataille, des tranchées, de l’assaut. Il l’est tout autant dans la reconstitution du Paris de l’immédiat après-guerre. Il créé un univers volontairement irréaliste, flirtant avec l’onirisme, dans ses couleurs passéistes, les masques que conçoit Edouard pour dissimuler son visage défiguré, tout en référence à Cocteau, Duchamp ou Modigliani - les artistes du temps -, le dernier rappelant "Judex" (1963) de Georges Franju qui renvoie à la version de Feuillade de 1916.

Reportage :  P. Deschamps / F. Boohn / P. Touileb / G. Liaboeuf
Poétique, certes, "Au revoir là-haut" a toutefois les défauts de ses qualités. Le directeur de la photographie Vincent Mathias, habitué à des ambiances plus contemporaines, se contente un peu trop des joliesses d’une reconstitution idéalisée qui rappelle Jean-Pierre Jeunet. Même si le genre dominait à l'époque où se déroule le film, le mélodrame et sa résolution sont par trop appuyés. Dupontel assume ce romanesque à l'extrême, dans un grand spectacle consensuel qui reflète l’effort d’un renouvellement ambitieux.

LA FICHE

Genre : Drame 
Réalisateur : Albert Dupontel
Pays : France
Acteurs :  Nahuel Perez Biscayart, Albert Dupontel, Laurent Lafitte, Niels Arestrup, Emilie Dequenne, Mélanie Thierry, 
Durée : 1h57
Sortie : 25 octobre 2017

Synopsis : Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l'un dessinateur de génie, l'autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l'entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire.