"Au bonheur des ogres" : une rayonnante Bérénice Bejo chez Daniel Pennac

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 17/10/2013 à 11H53, publié le 17/10/2013 à 11H37
Bérénice Bejo et Raphaël Personnaz dans "Au bonheur des ogres" de Nicolas Bary

Bérénice Bejo et Raphaël Personnaz dans "Au bonheur des ogres" de Nicolas Bary

© Bruno Calvo / Pathé Distribution

Après l'iconoclaste "Les Enfants de Timpelbach", Nicolas Bary reste dans un registre hors des sentiers battus en adaptant le roman de Daniel Pennac, "Au bonheur des ogres", avec Bérénice Bejot, prix d'interprétation féminine à Cannes, et un étonnant Raphaël Personnaz que l'on a pu voir récemment en Marius dans le diptyque d'après Pagnol signé Daniel Auteuil "Fanny" et "Marius".

De Nicolas Bary (France), avec : Raphaël Personnaz, Bérénice Bejo, Guillaume De Tonquédec, Emir Kusturica - 1h32 - Sortie : 16 octobre 2013

Synopsis : La tribu Malaussène ne ressemble à aucune autre. Mais c’est le bonheur qui règne dans cette famille joyeusement bordélique, dont la mère sans cesse en cavale amoureuse a éparpillé les pères de ses enfants. Pour Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel et frère aîné responsable de cette marmaille, la vie n’est jamais ennuyeuse. Mais quand les incidents surviennent de partout, attirant les regards soupçonneux de la police et de ses collègues de travail, il lui devient vital de trouver pourquoi, comment, et surtout qui pourrait bien lui en vouloir à ce point. Benjamin Malaussène mêne son enquête au côté d’une journaliste intrépide, et découvre le lourd secret qui se cache derrière le propriètaire du grand magasin où il travaille.
"Au bonheur des ogres" : la bande-annonce

Bouc émissaire
Il se passe décidément quelque chose dans le monde de la comédie française. Au placard les ficelles des années 70, bonjour les dérapages contrôlés, comme dernièrement « Tip Top » de Serge Bozon, ou « 9 mois ferme » d’Albert Dupontel.  Ce dernier n’est d’ailleurs sans doute pas étranger à  cette tendance qu’il semble avoir inauguré avec « Bernie » en 1996, relayé par le duo « groslandais » Gustave Kerven et Benoît Delepine (« Louise Michel », « Mammuth », « Le Grand soir »). S’il y a bien quelque chose de « déjanté » dans ces comédies, s’y croisent aussi des thématiques sociales et de la tendresse pour des personnages décalés.
 
Ces caractéristiques se retrouvent dans l’adaptation de Daniel Pennac par Nicolas Barry. Il privilégie d’emblée le portrait de la « tribu » Malaussène, composée de cinq frères et sœurs, tous nés de pères différents, placés sous la responsabilité de Benjamin - l’aîné -, installés dans un petit appartement de Belleville, à Paris. Ce chef de famille, un rien lunaire et imaginatif, employé comme « bouc émissaire » dans un grand magasin parisien inspire d’emblée l’adhésion. Son emploi consiste à intervenir à chaque plainte de clients, devant le responsable des réclamations. Menacé d’être viré, il provoque ainsi la compassion des plaignants qui retirent leur doléance. Malin.

La fratrie Malaussène au grand complet d'"Au bonheur des ogres" de Nicolas Bary.

La fratrie Malaussène au grand complet d'"Au bonheur des ogres" de Nicolas Bary.

© Bruno Calvo / Pathé Distribution

Où sont les ogres ?
Ce rôle de « bouc émissaire », mêlé au joyeux « bordel » de la fratrie, à l’art de Benjamin de raconter des histoires (avec l’intervention répétitive et hilarante d’une girafe dans le magasin), sa maladresse à conquérir Julia, qu’interprète une rayonnante Bérénice Bejo, constituent, avec l’excellente exploitation du décor de l’ancienne « Samaritaine » (fermée depuis des années), et l’usage de couleurs flashy, le meilleur du film.

Le bât blesse dans l’articulation entre ce contexte et la partie policière de l’intrigue. En effet, « Au bonheur des ogres » traite par ailleurs d’attentats et de la disparition d’enfants dans le magasin. Parallèlement à la police, Benjamin, soupçonné par les forces de l’ordre, mène avec Julia, sa propre enquête grâce aux informations que leur donne le responsable de la sécurité, qu’interprète un étrange et inattendu Emir Kusturica. Et ce n’est pas joli joli… Ceci mis à part, il n’y a pas crime de lèse majesté. Mais un peu plus de noirceur n’aurait pas nuit au film, sa partie ogresque se diluant dans la fantaisie.