Attention à "La Marche", ce film qui tombe à pic !

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 22/11/2013 à 14H00, publié le 21/11/2013 à 10H53
"La Marche", un film de Nabil Ben Yadir

"La Marche", un film de Nabil Ben Yadir

© CHI-FOU-MI PRODUCTIONS / EUROPACORP / FRANCE 3 CINEMA / KISS FILMS / ENTRE CHIEN ET LOUP / L'ANTILOPE JOYEUSE / Marcel Hartmann / Thomas Bremond

En 1983, après un été chaud dans les banlieues et une succession de "bavures", une poignée de gamins des Minguettes et un curé ont marché près de deux mois à travers la France pour dénoncer le racisme. Leur cortège n’a cessé de s’épaissir, rassemblant 100 000 personnes à Paris. "La Marche" raconte cette aventure semée d’embûches qui, aujourd’hui, prend un relief particulier.

Comédie dramatique française de Nabil Ben Yadir. Avec Olivier Gourmet, Tewfik Jallab, Lubna Azabal, Vincent Rottiers, Hafsia Herzi, Nader Boussandel, Charlotte Le Bon, M'Barek Belkouk, Jamel Debbouze et Philippe Nahon. Durée : 2h00 Sortie : 27 novembre 2013

Synopsis : En 1983, dans une France en proie à l’intolérance et aux actes de violence raciale, trois jeunes adolescents et le curé des Minguettes lancent une grande Marche pacifique pour l’égalité et contre le racisme, de plus de 1000 km entre Marseille et Paris. Malgré les difficultés et les résistances rencontrées, leur mouvement va faire naître un véritable élan d’espoir à la manière de Gandhi et Martin Luther King. Ils uniront à leur arrivée plus de 100 000 personnes venues de tous horizons, et donneront à la France son nouveau visage.
Voici un joli film, émouvant, rondement mené, profondément sympathique. Il faut se remettre dans le contexte de l’époque : ces Marcheurs avaient réussi leur coup. Partis de rien, armés de leur seul courage, ils avaient réussi à s’infiltrer dans le débat politique et à libérer la parole.

Le film sort à un moment particulier : le racisme est revenu au grand jour. Les réseaux « sociaux », outils de libre-paroles, libèrent les vannes des horreurs qui restaient jusque là entre-soi. On lit, ces derniers temps, des choses si affligeantes, qu’on a l’impression que le sentiment xénophobe est devenu majoritaire. En réalité, rien n’a sans doute beaucoup changé depuis 1983. La France n’est probablement pas plus raciste. Et le film nous rappelle utilement que les années 80 n'avaient rien d'idyllique de ce point de vue. Mais le café du commerce tient désormais table ouverte et nous inflige ses odeurs rances d’arrière cuisine.
La Marche- © CHI-FOU-MI PRODUCTIONS / EUROPACORP / FRANCE 3 CINEMA / KISS FILMS / ENTRE CHIEN ET LOUP / L'ANTILOPE JOYEUSE / Marcel Hartmann / Thomas Bremond
Nabil Ben Yadir réussit une excellente restitution de l’ambiance et de la tonalité des années 80. Parfois, les discours semblent bien naïfs, mais c’étaient ceux de l’époque. Encore un peu fleur bleu… avant que le cynisme balaie tout sur son passage.

On s’attache très vite à cette joyeuse bande, joliment croquée par des comédiens très impliqués : Olivier Gourmet, une fois de plus, est particulièrement convaincant dans le rôle du père Delorme, devenu pour l’occasion Christian Dubois. Lubna Azabal, Tewfik Jallab, Vincent Rottiers, Nader Boussandel ou M'Barek Belkouk sont également impeccables. Tout comme Charlotte Le Bon et Djamel Debbouze, parrain du projet, qui tient ici le rôle du turbulent Hassan, la touche de folie du groupe. Sans oublier le truculent Philippe Nahon, alias René le fromager retraité bougon qui prête sa camionnette et se prend au jeu.
La Marche : olivier gourmet et Djamel Debbouze © CHI-FOU-MI PRODUCTIONS / EUROPACORP / FRANCE 3 CINEMA / KISS FILMS / ENTRE CHIEN ET LOUP / L'ANTILOPE JOYEUSE / Marcel Hartmann / Thomas Bremond
On passera rapidement sur les petites faiblesses du film : pour corser et donner du rythme à cette belle saga, Nabil Ben Yadir en rajoute parfois. Les agressions racistes et homophobes qui ponctuent la Marche sont un peu plaquées. La surveillance des RG – qui elle a bien existée – est restituée à la manière d’un mauvais téléfilm. En revanche, les interminables palabres entre militants associatifs – la Marche était loin de faire l’unanimité chez eux, beaucoup reprochant la starisation des Marcheurs – sonnent un peu plus juste.

Et c’est peu de chose au regard de la force de ces images. Le frisson de 83 revient, intact. Maigre bilan ? Poudre aux yeux ? Manipulation ? Si, aujourd’hui, encore on débat de l’intérêt et des retombées de la Marche, l’initiative des gamins des Minguettes reste un grand moment de la vie démocratique française, une magnifique histoire de fraternité. Comme l’écrivait Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors, ils l’ont fait ».

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