"Après la guerre", une famille dans la tourmente des années de plomb

Par @Culturebox
Mis à jour le 19/03/2018 à 12H53, publié le 19/03/2018 à 12H29
"Après la guerre" d'Annarita Zambrano

"Après la guerre" d'Annarita Zambrano

© Pyramide Distribution

Durant des années, la France a été la terre d'accueil de certains des protagonistes des années de plomb, cette sombre période de l'histoire récente de l'Italie, marquée par des milliers d'attentats et des centaines de victimes. Une "doctrine Mitterrand" abandonnée après l'an 2000. Annarita Zambrano raconte cette période à travers le destin tourmenté d'une famille, en Italie et en France.

La note Culturebox

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Autre siècle, autre histoire. Alors qu’aujourd’hui la France débat de la possibilité de laisser "ses" terroristes sur les lieux où ils sont partis mener la guerre sainte, celle des années Mitterrand n’hésitait pas à accueillir sur son sol des "repentis", des militants condamnés pour leur participation à des attentats chez nos voisins italiens durant les années de plomb, une période sanglante marquée par 15 000 attentats et 400 morts. Unique condition imposée par Paris en échange d'un asile : changer de vie et abandonner la lutte armée.

C’est ce contexte très particulier qu’a choisi la Romaine Annarita Zambrano comme cadre de son premier long-métrage, qui navigue des deux côtés de la frontière.
Dans "Après la guerre", Marco, impliqué dans le meurtre d’un juge, bénéficiaire de cette Doctrine Mitterrand, vient ainsi de passer vingt ans en France... Avant que la règle ne change brutalement en 2002, avec les expulsions de Paolo Persichetti puis de Cesare Battisti. Il craint d’être expulsé et entame une cavale, avec sa fille Viola. Entre le "repenti" et l’adolescente de 16 ans, les sentiments naviguent entre amour et incompréhension.

Viola est prise en otage par un combat qui n’est pas le sien et qui bouleverse sa vie, l'éloigne de ses amis. Au même moment, en Italie, la mère et la sœur de l’ancien terroriste subissent la pression de l’opinion publique et des médias. Son visage s’affiche à la une des journaux, il incarne le désir de vengeance manifesté par une partie du pays.
"Après la guerre" d'Annarita Zambrano. © Pyramide Distribution
Ce film assez spartiate et austère vise juste dans son expression de la déchirure que provoque cet épisode politique au sein d’une famille. Victimes collatérales, les proches du militant font les frais de son engagement et de son intransigeance. Son discours de combat est désormais hors-sol, déconnecté de la réalité.

Les comédiens sont remarquablement justes. Un seul bémol : le choix final de la réalisatrice : une poussée mélodramatique qui jure un peu par rapport à la sobriété efficace de tout le reste de son film.
"Après la guerre" d'Annarita Zambrano - © Pyramide Distribution

LA FICHE

Genre : drame
Réalisateur : Annarita Zambrano
Pays : Italie - France
Acteurs : Giuseppe Battiston, Charlotte Cétaire et Barbora Bobulova 
Durée : 1h32
Sortie : 21 mars 2018

Synopsis : Bologne, 2002. Le refus de la loi travail explose dans les universités. L’assassinat d’un juge ouvre des vieilles blessures politiques entre l’Italie et la France. Marco, ex-militant d'extrême gauche, condamné pour meurtre et réfugié en France depuis 20 ans grâce à la Doctrine Mitterrand, est soupçonné d’avoir commandité l'attentat. Le gouvernement italien demande son extradition. Obligé de prendre la fuite avec Viola, sa fille de 16 ans, sa vie bascule à tout jamais, ainsi que celle de sa famille en Italie qui se retrouve à payer pour ses fautes passées.