« Antiviral » : le fils de David Cronenberg contaminé

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 12/02/2013 à 10H01
Caleb Landry Jones dans "Antiviral" de Brandon Cronenberg

Caleb Landry Jones dans "Antiviral" de Brandon Cronenberg

© DR

David Cronenberg et son fils Brandon faisaient tous deux partie de la sélection officielle du festival de Cannes l'an dernier. Le premier en compétition avec "Cosmopolis", le second à Un Certain Regard, avec "Antiviral", son premier long métrage : tel père, tel fils ?

De Brandon Cronenberg (Canada/Etats-Unis), avec : Caleb Landry Jones, Sarah Gadon, Malcolm McDowell, Douglas Smith - 1h50 - Sortie : 13 février

Synopsis : Syd March est employé d’une clinique spécialisée dans la vente et l’injection de virus ayant infecté des célébrités. Mais il vend aussi ces échantillons, pour son propre compte, à de puissantes organisations criminelles. Sa méthode pour déjouer les contrôles de la clinique : s’injecter les virus à lui-même. Mais ce procédé va s’avérer doublement dangereux : porteur du germe mortel ayant contaminé la star Hannah Geist, Syd devient une cible pour les collectionneurs... 
"Antiviral" : la bande annonce
Dans la famille Cronenberg, je demande le fils
Avec un titre comme "Antiviral", Brandon Cronenberg fait consciemment référence à la filmographie son père David, obsédé par les rapports liés au corps et ses mutations possibles.

Son film n’est pas pour autant une resucée des thèmes que David Cronenberg creuse depuis le début des années 70. C’est un véritable hommage à cette œuvre d’une rare cohérence, et plus particulièrement à sa première période qui comprend, dans l’ordre : « Frisson » (1975), « Rage » (1976), « Chromosome 3 » (1979), « Scanner » (1981) et « Vidéodrome » (1983). Aussi, y-a-t-il quelque chose de touchant dans ce premier long métrage, après deux courts remarqués à droite à gauche.

La filmographie première de David Cronenberg (passés ses essais expérimentaux – « Stereo », « Crime of the Future »…) relève clairement de façon revendicative de l’horreur, dans un style totalement novateur. « Antiviral » de Brandon Cronenberg se réfère ainsi principalement au premier film de son père qui connût une belle carrière internationale, « Frisson » (« The Parasite Murder »). Tout Cronenberg était déjà condensé dans ce film, que son auteur ne fit que décliner, transformer, muter avec génie au fil de sa carrière.
Caleb Landry Jones et l'icône Sarah Gadon dans "Antiviral" de Brendon Cronenberg

Caleb Landry Jones et l'icône Sarah Gadon dans "Antiviral" de Brendon Cronenberg

© UFO Distribution
L'identification aux idoles
Les choix esthétiques du fils renvoient explicitement à « Frisson », dans la blancheur hygiénique constante qui renvoie au building aseptisé du film de 1975, où un savant fou inocule un parasite à un habitant qui va contaminer tout l’immeuble, voire le monde, avec force scènes gores. Certains plans sont directement calqués d’un film à l’autre, sans que l'on puisse pour autant qualifier le film de copie conforme. Parenté est plus approprié.

Brandon Cronenberg se distingue par la thématique du vedettariat et l’identification des fans à leur idole, allant jusqu’à s’inoculer leurs maladies. Drôle, inventif et très en phase avec notre époque hyper-médiatisée, son traitement est plein de second degré. Mais le film ne tire pas assez sur cette corde, atteignant parfois l’emphase. Moins d’ambition, sinon de prétention, n’aurait pas fait de mal à « Antiviral ». Comme sa longueur excessive (passé tout de même d'1h50 à l'origine à 1h44). Ainsi, combien de gros plans sur l’aiguille de la piqûre ? Les fans du père rigoleront bien aux private jokes du film, les autres sans doute un peu moins.