"Aga" : entre documentaire et fiction, un récit immaculé du Grand Nord

Mis à jour le 21/11/2018 à 11H46, publié le 20/11/2018 à 18H08
"Aga" de Milko Lazarov

"Aga" de Milko Lazarov

© Neue Visionen Filmverleih

Rare cinéaste bulgare, Milo Lazarov signe son premier film, "Aga", Grand prix du Festival de Cabourg. Une première reconnaissance amplement justifiée pour ce cinéaste prometteur. Passionné par le Grand Nord, il situe son long métrage en Yakoutie (nord-est canadien) où un couple d’Inuits vit au milieu d’un paysage immaculé, comme les ultimes survivants d’un monde en voie de disparaître. Magnifique.

La note Culturebox

4
4/5

Espace cosmique

Dès que les moyens techniques de cinéma furent disponibles pour tourner dans des conditions extrêmes, le Grand Nord a fasciné les cinéastes. Le premier et le plus prestigieux d’entre eux, Robert J. Flaherty, signait dès 1922 "Nanouk l’Esquimau" qui emporta la Terre entière sur les us et coutumes des Inuits dans le grand nord canadien. Qualifié de documentaire, le film est en fait le résultat d’une reconstitution minutieusement mise en scène par le réalisateur. "Aga" est comme un hommage à ce film légendaire (le mari de son film s’appelle Nanouk), et est comme lui au croisement du documentaire et de la fiction, avec toutefois plus de romanesque.
"Aga" : la bande annonce
Agés d’une cinquantaine d’années, Nanouk et son épouse Sedna vivent en solitaire au milieu de l’Arctique dans une yourte. Leur fils est parti faire sa vie ailleurs, et leur fille Aga leur manque cruellement après les avoir quittés suite à un différend qui les culpabilise. De ce désert glacé, Milo Lazarov tire des images d’une beauté resplendissante, d’une blancheur presque aveuglante. Dominent de grands plans larges où le ciel et la glace se rejoignent, parfois zébrés des lignes blanche tracées par les avions, ou ponctués de petites silhouettes perdues dans une immensité cosmique. La vision de la mine, trou béant dans l’immensité glacée évoque la surface d’une planète extraterrestre.

La fin d’un monde

Là se joue un amour pur comme la neige, entre cet homme et cette femme mûrs qui ont choisi de n’être qu’ensemble, de vivre dans un environnement hostile, fait de chasse et de pêche et en proie à des phénomènes climatiques extrêmes. Hantés par l’absence d’Aga et les conditions de son départ, ils ne cessent de l’évoquer, de la rêver, jusqu’à une visite de leur fils qui leur apprend avoir retrouvé sa trace. Un drame survient qui va changer le cours de leur vie et provoquer le voyage de Nanouk pour la retrouver dans la mine de diamants où elle travaillerait.
Feodosia Ivanova et Mikhail Aprosimov dans "Aga" de Milko Lazarov

Feodosia Ivanova et Mikhail Aprosimov dans "Aga" de Milko Lazarov

© Arizona Distribution
Ce voyage signifie-t-il le départ définitif de ce chasseur-pêcheur de son milieu ancestral ? Incarne-t-il la fin d’un mode de vie rongé par la mondialisation ? S’il n’y a pas de réponses à ces questions, elles habitent un film imprégné de nostalgie, où le refuge rustique de la yourte succède à la confection d’un piège complexe pour se nourrir, ou à une tempête qui menace la frêle habitation protectrice. Une bande son sobre et travaillée donne une dimension particulière à une action discrète mais prenante. Comme lors de l’écoute poignante sur un poste de radio de l’adagio de la 5e symphonie de Mahler, dont l’émotion traduit tant le paysage du Grand Nord que le désarroi de Nanouk et Sedna face à l’absence d’Aga. De cet univers glacé ressort la chaleur de sentiments puissants éprouvés par deux êtres dont le regard est orienté dans une même direction. Visuellement splendide, "Aga" est une leçon d’amour.
"Aga" : l'affiche

"Aga" : l'affiche

© Arizona Distribution

LA FICHE

Genre : Drame
Réalisateur : Milko Lazarov
Pays : Bulgarie / Allemagne / France
Acteurs :  Mikhail Aprosimov, Feodosia Ivanova, Galina Tikhonova, Sergei Egorov, Afanasily Kylaev
Durée : 1h37
Sortie : 21 novembre 2018

Synopsis : La cinquantaine, Nanouk et Sedna vivent harmonieusement le quotidien traditionnel d’un couple du Grand Nord. Jour après jour, le rythme séculaire qui ordonnait leur vie et celle de leurs ancêtres vacille. Nanouk et Sedna vont devoir se confronter à un nouveau monde qui leur est inconnu.