"Abus de faiblesse" : Isabelle Huppert et Kool Shen servent Catherine Breillat

Par @Culturebox
Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 11/02/2014 à 15H24, publié le 10/02/2014 à 16H27
Kool Shen et Isabelle Huppert dans "Abus de confiance" de Catherine Breillat

Kool Shen et Isabelle Huppert dans "Abus de confiance" de Catherine Breillat

© Flach Film Production

Catherine Breillat reconstitue l'épisode dramatique de sa vie, son AVC (accident vasculaire cérébral), avec Isabelle Huppert comme alter ego et le rappeur Kool Shen dans la peau de l'escroc qui tira parti de cette situation. Confession cathartique, "Abus de faiblesse" semble autant une confession alarmiste, destinée à avertir d'éventuels accidentés cérébraux, qu’une thérapie.

De Catherine Breillat (France), avec : Isabelle Huppert, Kool Shen, Laurence Ursino - 1h44 - Sortie : 12 février 2014

Synopsis : Victime d’une hémorragie cérébrale, Maud, cinéaste, se réveille un matin dans un corps à moitié mort qui la laisse hémiplégique, face à une solitude inéluctable. Alitée mais déterminée à poursuivre son projet de film, elle découvre Vilko, arnaqueur de célébrités, en regardant un talk-show télévisé : Maud le veut pour son prochain film. Ils se rencontrent. Il ne la quitte plus. Elle aussi, il l’escroque et lui emprunte des sommes astronomiques. Il lui prend tout mais lui donne une gaieté et une sorte de chaleur familiale.
"Abus de faiblesse" : la bande-annonce
Isabelle Huppert dans un nouveau rôle torturé
Catherine Breillat est déjà passé par la réalisation d’un film pour confier des sentiments personnels. Si « A ma sœur ! » (2001) ne relevait pas totalement de l’autobiographie, le point de départ étant un fait divers. La réalisatrice confiait qu’elle y avait beaucoup mis de ses souvenirs personnels, vécus durant l'adolescence avec sa propre sœur, Marie-Hélène Breillat, elle-même destinée à devenir actrice. « Abus de faiblesse » est beaucoup plus autobiographique et Isabelle Huppert une fois de plus époustouflante dans un de ces rôles torturés où elle excelle.

Les vingt premières minutes d’« Abus de confiance » sont particulièrement remarquables et impressionnantes, ouvrant le film sur l’attaque que subit Maud (Isabelle Huppert) en plein sommeil, puis sur son hospitalisation. Diminuée, sinon laminée, elle ne sera jamais plus la même. Femme forte, sa volonté et son indépendance en prennent un sacré coup, devenant dépendante par son handicap physique. Mais elle va le devenir encore plus en tombant sous l’emprise de Vilko (Kool Shen), un petit escroc tout juste sorti de prison, qu’elle découvre sur un plateau de télévision et qu’elle tient absolument à faire tourner dans son prochain film.
Isabelle Huppert dans "Abus de confiance" de Catherine Breillat

Isabelle Huppert dans "Abus de confiance" de Catherine Breillat

© Flach Film Production
Croisière à la dérive
Rapidement, ce projet de tournage passe au second plan, la relation entre Maud et Vilko devenant obsessionnelle pour la première, lucrative pour le deuxième. Maud ne ressent aucun sentiment amoureux envers l’objet de son attention. Elle le veut simplement là, près d’elle, comme à son service, en tant qu’assistant de vie. Pour cela, elle est prête à tout lui concéder, et allonge les billets de centaines d’euros dès qu’il le demande, sans prendre garde, ni s’inquiéter de son hypocrisie, préférant fermer les yeux sur sa perfidie, alors qu’il surfe sur une mise en abîme de ses intentions réelles. Maud y laissera des plumes, y perdant son patrimoine, alors que Vilko vit dans un luxueux appartement et roule dans des voitures haut de gamme.

Cette relation devient vite irrationnelle. Quand des proches lui demanderont comment a-t-elle pu se laisser emberlificoter aussi facilement, Maud n’évoque même pas son « état de faiblesse », mais répond laconiquement « il était là ». Ce portrait de femme en détresse suit un parcours implacable qui l’emmène à la dérive, comme en croisière, et ne semble rien regretter. Une situation reconstituée avec recul et en toute conscience, quelque peu laconique dans son rythme et répétitive dans les situations, mais efficient.