"A genoux les gars" d'Antoine Desrosières : comédie amère sur la violence sexuelle banalisée

Mis à jour le 20/06/2018 à 18H49, publié le 20/06/2018 à 18H37
Détail de l'affiche du film "A genoux les gars" d'Antoine Desrosières.

Détail de l'affiche du film "A genoux les gars" d'Antoine Desrosières.

© Les films de l'autre cougar

"À genoux les gars", d’Antoine Desrosières a été présenté à Cannes dans la sélection Un Certain regard : quand le récit d’un chantage à la sextape se transforme en une fable sur la liberté. Une pépite, l'un de nos coups de coeur du festival. Une comédie violente où le rire rivalise avec le malaise, portée avec enthousiasme et talent par des comédiens qui, tous, ont participé au scénario.

La note Culturebox

4
4/5

Violence indicible, gratuite

"À genoux les gars", d’Antoine Desrosières est un petit bijou. La pierre est parfois trop brute ou mal polie, mais elle porte fière ses petites imperfections. Violence, humour, fraîcheur et énergie se disputent la partie dans un film qui se passe en banlieue mais qui ne parle pas de la banlieue. Les dialogues, la langue d’"À genoux les gars", écrite par le cinéaste avec les comédiens et en particulier ce duo-dynamite créé par Souad Arsane et Inas Chanti, sont des coups de poing parfois durs à encaisser. 
Point de départ du film : le récit d’un chantage à la sextape. Salim, le petit copain de Yasmina, n’a rien trouvé de mieux que de la menacer de diffuser une vidéo très compromettante si celle-ci n’assouvit pas ses désirs de fellation... Dans sa mécanique diabolique, le chantage implique par corrélation également la sœur de la jeune femme et son petit ami, "frère d’armes" de Salim. La violence est indicible, gratuite, et traduit à la fois la banalisation de la menace dans les relations humaines, la reproduction d'une domination masculine vieille comme le monde et une drôle de conception du rapport sexuel.

Un manifeste pour la liberté

"Pour moi c’est un film sur le consentement", nous a expliqué Inas Chanti, co-auteure et comédienne : "je voulais montrer que ce n’est pas parce qu’il n’y pas de violence que c’est moins grave, que ce n’est pas un viol, que ce n’est pas une agression". Le plan conçu par Salim semble fonctionner dans un premier temps, comptant sur l'incapacité de dénoncer, une omertà presque "naturelle". Mais c’est sans compter la force du lien familial, l’intelligence de ces jeunes femmes et l’instinct de survie. 
Inas Chanti, Mehdi Dahmane, Souad Arsane, Sidi Mejai.

Inas Chanti, Mehdi Dahmane, Souad Arsane, Sidi Mejai.

© Yannick Karcher
Le film, remarquablement porté par des comédiens dont la plupart (exceptées Souad Arsane et Inas Chanti) en sont à leur premier rôle, se transforme dès lors en un manifeste pour la liberté. Simple, presque pudique malgré les mots crus. "Le film part de la réalité et va jusqu’à l’utopie", nous dit le réalisateur, Antoine Desrosières. "D’ailleurs, le témoignage dont il est inspiré ne finit pas comme le film. Le film ne se contente pas de dénoncer les abus, il propose un monde dans lequel le sexe et l’amour consensuel et le respect de l’égalité du droit au désir et au plaisir des filles et des garçons seraient une réalité. Il lorgne vers cette utopie-là en ne la présentant pas comme inaccessible".

Retrouvez l'interview croisée réalisée à Cannes du réalisateur Antoine Desrosières, de Souad Arsane et d'Inas Chanti, les deux comédiennes qui jouent les deux sœurs

LA FICHE

Genre : Comédie
Réalisateur : Antoine Desrosières
Pays : France
Acteurs : Souad Arsane, Inas Chanti, Sidi Mejai, Mehdi Dahmane
Durée : 1h38min
Sortie : 20 juin 2018

Synopsis : En l'absence de sa sœur Rim, que faisait Yasmina dans un parking avec Salim et Majid, leurs petits copains ? Si Rim ne sait rien, c'est parce que Yasmina fait tout pour qu'elle ne l'apprenne pas. Quoi donc ? L’inavouable… le pire… la honte XXL, le tout immortalisé par Salim dans une vidéo potentiellement très volatile.