Carole Bouquet : "Le cinéma m'a aidée à vivre, à grandir et m'a protégée de la solitude"

Mis à jour le 05/03/2018 à 16H12, publié le 05/03/2018 à 16H07
Carole Bouquet sur le plateau de France 2

Carole Bouquet sur le plateau de France 2

© France 2 / Culturebox

La comédienne Carole Bouquet est l'invitée du magazine "20h30 le dimanche" sur France 2. Féministe, militante et engagée auprès de l'association "La Voix de l’Enfant", elle s'élève contre les violences sexuelles faites aux enfants. Elle est rejointe en fin d'émission par une autre femme forte, Tatiana de Rosnay auteure de "Sentinelle de la pluie", un nouveau roman autour du thème de la famille.

Porte-parole de "La Voix de l’Enfant", la comédienne Carole Bouquet a profité de son invitation sur le plateau du magazine "20h30 le dimanche", pour exprimer ses passions et ses colères. Le cinéma, la protection des enfants, le droit des femmes, les différences de salaire...  A 60 ans Carole Bouquet est sans peur et sans reproche.

Protéger les enfants d'agressions sexuelles dès la naissance

Lorsqu'elle évoque des cas concrets de maltraitance et de viol d'enfant, Carole Bouquet ne cache pas son émotion mais  rappelle, en lisant un texte, "qu’il y a deux affaires judiciaires de deux fillettes de onze ans victimes d’un rapport sexuel avec pénétration, dont un viol. C’est un alarmant constat que le déni du viol de fillette requalifié d’atteinte sexuelle. En 2009, un homme de 22 ans au moment des faits aborde une petite fille de 11 ans qui joue en bas de son immeuble. Il l’entraîne dans un parc voisin et l’oblige à une relation sexuelle. Elle découvrira quelques mois plus tard qu’elle est enceinte, ce qui alerte sa famille sur ce qui s’est passé. La famille de la fillette a porté plainte pour viol, expliquant que la petite fille avait dit combien elle avait eu peur. Tétanisée, elle était incapable de se défendre. Les jurés ont considéré que cette relation sexuelle était… consentie." Carole Bouquet, s’est notamment élevée contre de récentes décisions de justice concernant des violences sexuelles sur enfants. Elle a d’autre part annoncé que l’association allait travailler avec Brigitte Macron et des spécialistes de l’enfance sur un fascicule à l’intention des professionnels travaillant notamment dans les crèches. 

Porte-parole de La Voix de l’Enfant depuis trente ans, Carole Bouquet poursuit sa lecture : "Onze ans ! La justice dit ne pas avoir pu retenir la violence, la menace, la contrainte ou la surprise qui constituent les éléments du viol. Dans cette affaire, l’avocat général avait requis huit ans de prison et un suivi judiciaire. L’accusé, présumé auteur, a été acquitté et les jurés de la cour d’assises de Melun n’ont pas tenu compte de l’âge de la victime, ni de son état de sidération et de terreur." Carole Bouquet précise que l’association qu’elle représente a fait appel. "Une petite fille de 11 ans !", répète-t-elle en colère et incrédule devant une telle décision judiciaire.

Dès la maternelle, on peut apprendre à un enfant à dire non

"La majorité sexuelle est de 15 ans, rappelle la comédienne, qu’aurait-elle dû faire cette petite fille, puisqu’il y a quatre mots : la contrainte, la menace, la violence ou la surprise ? Comme elle ne s’est pas roulée par terre en se mettant à hurler… Bien évidemment, un prédateur sexuel avec des enfants est charmant. Il ne fait pas peur, sinon, l’enfant n’irait pas du tout vers lui ou vers elle. Alors, Brigitte Macron a convoqué Martine Brousse, de La Voix de l’Enfant, il y a quelques jours. Nous allons travailler avec elle pour faire un groupe pluridisciplinaire avec des juristes, des pédiatres, des pédopsychiatres, un professeur de neurosciences… pour réfléchir à comment protéger les enfants dès la maternelle."

Carole Bouquet développe la démarche à mener auprès des plus petits : "Il s’agit de leur apprendre, avec les mots adaptés à la petite enfance, ce que c’est que leur corps, comment dire non. Et faire aussi un fascicule qui aiderait aussi les professionnels qui travaillent dans les crèches et les PMI, pour qu’ils ne soient pas totalement démunis, car ils sont confrontés dès le plus jeune âge aux maltraitances. Et cela concerne autant les filles que les garçons. Quand j’ai commencé à me battre contre les violences sexuelles sur les enfants, j’ai reçu beaucoup de photos de nourrissons que des prédateurs sexuels utilisaient. Des photos avec des sexes dans la bouche, des pénétrations. Comme le nourrisson n’a aucun moyen de se défendre mais qu’il est dans les crèches, les adultes présents ne doivent pas être démunis, mais savoir à qui s’adresser et comment faire. Dès la maternelle, on peut apprendre à un enfant à dire non, ce que c’est que l’intimité, le respect."

Egalité salariale homme / femme mais pas de quotas

A 60 ans, l'actrice totalise plus d'une cinquantaine de rôles. De "Buffet Froid" à "Lucie Aubrac", en passant par "Trop Belle pour toi" ou "Grosse Fatigue". Cette beauté dite "froide" sait aussi souffler sur les braises quand il s'agit de s'engager. Et notamment concernant les inégalités salariales entre les hommes et les femmes. Carole Bouquet cite son propre exemple avec le film "Trop belle pour toi" et se souvient "j'avais demandé des droits sur les cassettes. J'étais bien évidemment moins payée que tout le monde, et on m'avait répondu : "Mais enfin, Carole..." Idem lors du tournage du film Lucie Aubrac de Claude Berri en 1997 : "J'étais beaucoup moins payée que mon partenaire masculin à l'écran, Daniel Auteuil. Et de souligner que "c'est dans le cinéma", mais "c'est partout pareil." 

C'est dans le cinéma mais c'est partout pareil !

Mais si elle milite pour plus d'égalité dans ce domaine, elle ne valide pas la proposition faite par une centaine de professionnels du cinéma, dont Juliette Binoche et Agnès Jaoui, dans une tribune, parue jeudi dans Le Monde d'instaurer des quotas.

Des quotas ? Sûrement pas, et pourtant, Dieu sait si je suis féministe. Non je vous en supplie, ne me parlez pas de quotas. C'est vrai que nous avons des progrès immenses à faire pour que la parole des femmes soit entendue, que nous ayons les mêmes salaires que les hommes...


Le harcèlement sexuel 
 

Carole Bouquet est rejointe sur le plateau par la romancière Tatiana de Rosnay pour expliquer la pétition dont elles sont signataires. Une tribune signée par une centaine de journalistes, actrices et écrivaines qui dénonçait en novembre 2017, un "insupportable déni collectif" face aux violences sexuelles et réclamaient au Président Emmanuel Macron des mesures pour améliorer la prise en charge des femmes victimes. Elevée par son père, son éducation austère l'a rendue forte et combattante. Très jeune elle côtoie les plus grands, de Buñuel à Warhol en passant pas Roger Moore, elle a voyagé dans le monde entier et la révolte ne l'a jamais lâchée. "Féministe", elle plaide pour une égalité de salaires entre femmes et hommes. Mais quand on lui demande son rapport au cinéma aujourd'hui, elle répond simplement : "Le cinéma m'a aidée à vivre à grandir et m'a protégée de la solitude" et d'ajoute,  "J'apprends de plus en plus à profiter du jour et de l'instant". 

J'ai adoré dansé et flirté, mais si un garçon s'approchait trop de moi sous prétexte que j'avais dansé un slow avec lui, il se recevait une baffe

Interrogée sur les récents mouvements de dénonciation de harcèlement via les réseaux sociaux (#balancetonporc), l'actrice a expliqué qu'elle n'aimait "ni balance ni ton porc". Pour elle il est plus positif d'utiliser des expressions comme "#Metoo" ou "maintenant passons à l'action" plutôt que ce type de message.

Nous avons des progrès immenses à faire pour que la parole des femmes soit entendue 

A l'occasion de la journée internationale des femmes, Carole Bouquet est sur les planches du Théâtre Bobino le  8 mars 2018 pour lire le texte "Monologue du Vagin" aux côtés de Muriel Robin et d'Anne Le Nen. 

La comédienne sera prochainement à l'écran dans "Voyez comme on danse", la suite d'Embrassez qui vous voudrez 15 ans après, réalisée par Michel Blanc.