68e Berlinale : l'Ours d'or à "Touch me not", exploration sur la sexualité

Mis à jour le 25/02/2018 à 12H53, publié le 24/02/2018 à 20H32
Touch me not © Unlimited LTD

La Berlinale a surpris samedi soir en décernant son Ours d'or à "Touch me not" de la réalisatrice roumaine Adina Pintilie, une exploration à mi-chemin entre fiction et documentaire sur l'intimité et la sexualité. Les récompenses du 68e festival de Berlin ont mis les femmes à l'honneur après une édition marquée par la polémique #MeToo et les débats sur la place des femmes dans le 7e art.

Intimité et sexualité

"Nous aimerions ouvrir dans le monde le dialogue proposé par le film, donc nous invitons les spectateurs à dialoguer", a déclaré la réalisatrice de 38 ans, surprise par cette récompense pour "Touch me not", que la critique n'avait pas classé parmi les favoris. C'est à la surprise générale donc que la Berlinale a récompensé samedi soir de son Ours d'Or, ce film de la réalisatrice roumaine Adina Pintilie.

"Touch me not" c'est l'histoire d'une cinéaste et ses personnages qui s'aventurent dans une recherche personnelle sur l'intimité. A la frontière entre réalité et fiction, le film suit les parcours émotionnels de Laura, Tomas et Christian. Cette soif d'intimité les effraie, mais ils travaillent à vaincre les vieux schémas, les mécanismes de défense et les tabous. Le film s'attache à comprendre comment on peut atteindre l'intimité de manières totalement inattendues, comment aimer l'autre et se perdre soi-même.

Les femmes à l'honneur

Le jury, emmené par le réalisateur allemand Tom Tykwer "Cours Lola, cours"), a également récompensé une autre femme, la Polonaise Malgorzata Szumowska, qui a remporté le Grand prix du jury pour son film "Twarz" ("Mug") sur un jeune homme défiguré après un grave accident. Recevant son prix, elle s'est dite "ravie d'être une femme réalisatrice".

Sur fond d'onde de choc #MeToo, cette 68e édition du festival du film de Berlin, le premier de l'année de cette envergure en Europe, a mis à l'honneur les femmes à l'écran, malgré la présence de seulement quatre réalisatrices en compétition sur 19 films. "Je crois que cette semaine (de festival) l'a montré par les films présentés, réalisés par des femmes formidables et sur des femmes formidables, qui sont un peu différentes", a résumé samedi soir le directeur de la Berlinale, Dieter Kosslick. "On riposte et je pense que c'est très bien comme cela", a-t-il ajouté dans une allusion au débat autour des agressions sexuelles contre les actrices dans le monde du cinéma.
Les femmes à l'honneur à l'écran, comme dans "Las Herederas" de Marcelo Martinessi, un premier film du Paraguay faisant le tableau d'une femme s'émancipant sur le tard (Ana Brun sacré meilleure actrice) et d'où les hommes sont quasiment absents. L'actrice a dédié son film aux "femmes" dans son pays qui sont "des combattantes". Le réalisateur a quant à lui reçu le prix Alfred Bauer, à la mémoire du fondateur du festival.

Le cinéma latino a encore été à l'honneur avec "Museo" du Mexicain Alonso Ruizpalacios (meilleur scénario), avec Gael Garcia Bernal, sur le vol d'oeuvres au musée anthropologique de Mexico en 1985 par un duo de pieds nickelés.

Le prix du meilleur acteur à Anthony Bajon et l'Ours d'argent pour "L'île aux chiens" de Wes Anderson

Le jeune Anthony Bajon a été sacré meilleur acteur pour "La prière" du Français Cédric Kahn, sur d'anciens toxicomanes en quête de rédemption. Découvert il y a à peine trois ans, en 2015, dans "Les Ogres" de Léa Fehner, il est aujourd'hui le 7e Français sacré meilleur acteur à la Berlinale, après des géants comme Gabin, Léaud, Piccoli ou Trintignant.

Wes Anderson est reparti avec l'Ours d'argent du meilleur réalisateur pour L'île aux chiens, son film d'animation. C'est l'acteur Bill Murray, une des voix du film, qui est allé chercher le prix. "Je n'aurais jamais cru qu'en jouant un chien, je repartirais avec un ours", a-t-il plaisanté, face à un public acquis. Présenté en ouverture de la Berlinale, "L'île aux chiens" était un des favoris, avec "U-22 juillet", une reconstitution controversée de la tuerie d'Utoya en 2011 en Norvège, finalement repartie bredouille.


BERLINALE : LE PALMARES

- Ours d'or du meilleur film : "Touch me not" d'Adina Pintilie (Roumanie/Allemagne/République tchèque/Bulgarie/France)
- Grand prix du jury, Ours d'argent : "Twarz" ("Mug") de Malgorzata Szumowska (Pologne)
- Ours d'argent du meilleur réalisateur : Wes Anderson avec "L'île aux chiens" (USA)
- Ours d'argent de la meilleure actrice : Ana Brun dans "Las Herederas" de Marcelo Martinessi (Paraguay)
- Ours d'argent du meilleur acteur : Anthony Bajon dans "La prière" de Cédric Kahn (France)
- Ours d'argent de la meilleure contribution artistique : "Dovlatov" d'Alexeï German Jr (Russie/Pologne/Serbie)
- Ours d'argent du meilleur scénario : "Museo" d'Alonso Ruizpalacios (Mexique)
- Prix Alfred Bauer, à la mémoire du fondateur du festival pour un film qui ouvre de nouvelles perspectives : "Las Herederas" de Marcelo Martinessi (Paraguay)
- Prix du meilleur documentaire : "The Waldheim Waltz" de Ruth Beckermann (Autriche)
- Prix du Meilleur premier film : "Touch me not" d'Adina Pintilie (Roumanie/Allemagne/République tchèque/Bulgarie/France).
- Ours d'or du meilleur court-métrage : "The Men Behind the Wall", Ines Moldavsky, Israël
- Teddy Bear (récompensant le meilleur film sur une thématique LGBT) : "Hard Paint" de Marcio Reolon et Filipe Matzembacher