"Casablanca", film mythique de Michael Curtiz, fête ses 75 ans

Mis à jour le 26/11/2017 à 15H23, publié le 25/11/2017 à 19H04
"Casablanca" de Michael Curtiz - Humphrey Bogart - Ingrid Bergman 1942 © DR

Considéré comme l'un des plus grands films jamais réalisés, "Casablanca", histoire intemporelle sur l'amour, la perte et la rédemption sur fond de lutte contre les Nazis, avec ses héros incarnés par les légendaires Humphrey Bogart et Ingrid Bergman, marque ce dimanche le 75e anniversaire de sa sortie.

Sorti sur les écrans de New York le 26 novembre 1942 avec l'intention de capitaliser sur l'invasion alliée de l'Afrique du Nord, "Casablanca" est devenu un succès mondial qui a remporté trois Oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario adapté) en 1944.

Réalisé par Michael Curtiz, le film est emblématique : une histoire d'amour dévastatrice mettant en vedette Humphrey Bogart et Ingrid Bergman dans le rôle de Rick Blaine et Ilsa Lund, des amants maudits dont l'union doit être sacrifiée pour la lutte contre les Nazis, dans la ville de Casablanca, contrôlée par le gouvernement de Vichy.

"Le triomphe de l'idéalisme sur le cynisme"

Pour Nora Fiore, auteure du blog "Nitrate Diva" consacré aux classiques du cinéma, "Casablanca" parle du triomphe de l'idéalisme sur le cynisme. "+Casablanca+ offre une allégorie de l'Amérique qui prend ses distances avec son isolationnisme et son égoïsme pour aider les autres, en particulier les réfugiés", dit-elle à l'AFP.

Inspiré d'une pièce de théâtre de Murray Burnett et Joan Alison, le scénario oscarisé de Howard Koch, Julius Epstein et son frère jumeau Philip est aussi remarquable par le nombre de ses répliques devenues des slogans célèbres, de "Nous aurons toujours Paris" à "Arrêtez les suspects habituels".
Une célèbre scène de "Casablanca", avec l'actrice Madeleine Lebeau, donne à entendre "La Marseillaise", chantée pour faire taire un chant allemand dans le café de Rick...
Choisi par les parlementaires britanniques comme leur film préféré de tous les temps selon un sondage de 2006, et consacré troisième plus grand film américain un an plus tard par l'American Film Institute, "Casablanca" fait encore salle comble lors des projections spéciales. En 2012, l'Oscar du meilleur réalisateur remporté par Michael Curtiz s'est vendu pour 2,1 millions de dollars aux enchères à Santa Monica, en Californie, tandis que le célèbre piano qui ornait le Rick's Cafe a rapporté 3,4 millions de dollars, à New York, deux ans plus tard.

"C'est un film qui a captivé le public pendant les heures les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale, et son message reste pertinent", relève Amanda Garrett, écrivain, basée dans l'Ohio et spécialisée dans les films de l'âge d'or de Hollywood. "Casablanca met chacun de ses personnages dans une situation désespérée - sous un régime totalitaire - et les force ensuite à décider comment ils vont réagir face à un mal inimaginable."

Bogart et Bergman, couple mythique de "Casablanca"

Beaucoup de légendes circulent sur le tournage de "Casablanca", l'une des plus connues étant que l'alchimie entre Ingrid Bergman et Humphrey Bogart était basée sur une réelle attraction mutuelle. Toutefois, divers membres de leurs familles, dont les actrices Isabella Rossellini et feu Lauren Bacall, ont insisté sur le fait que Humphrey Bogart et Ingrid Bergman ne s'estimaient pas particulièrement et ne faisaient pas grand cas du film.

Ingrid Bergman, décédée à l'âge de 67 ans en 1982, n'avait jamais vraiment voulu faire "Casablanca" mais avait accepté le rôle après avoir été initialement refusée pour le film qui l'intéressait vraiment : "Pour qui sonne le glas", de Sam Wood (1943), avec Gary Cooper, film pour lequel elle sera finalement retenue. L'actrice suédoise s'est vu offrir le rôle dans "Casablanca" après le refus de Hedy Lamarr, le premier choix. Michèle Morgan fut également pressentie mais le rôle lui a échappé pour des questions financières.
Sam (Dooley Wilson), le pianiste de Rick, joue à contrecœur, sur la demande insistante d'Ilsa, "As time goes by" qui symbolisa autrefois son histoire d'amour avec Rick... jusqu'à ce que celui-ci surgisse, furieux, car la chanson était bannie de son établissement. La séquence musicale démarre à la 55e seconde : "Play it, Sam, play As time goes by"...
Les historiens du cinéma notent que le scénario a été écrit et réécrit des dizaines de fois pendant le tournage, laissant Ingrid Bergman dans l'inconnu : son personnage finirait-il par se retrouver avec Rick ou Victor Laszlo, incarné par Paul Henreid ? Elle pressait de questions les scénaristes, mais eux-mêmes n'en avaient aucune idée.

L'actrice a été obligée de montrer un visage le plus neutre possible pendant la scène de fin dans le Rick's Cafe - d'où son expression faciale mystérieuse et tant admirée. "+Casablanca+ illustre la force du système des studios hollywoodiens, avec un grand réalisateur, des stars, des acteurs de genre, des scénarios, des costumes et des scénographies qui travaillent ensemble pour produire un film absolument réjouissant", s'enthousiasme Nora Fiore. "C'est un hommage au talent et la qualité du vieux Hollywood et à la pertinence des films que les studios ont produits à leur apogée."