BNF : un magasinier condamné à 18 mois de prison ferme pour le vol de 200 gravures anciennes

Par @Culturebox
Mis à jour le 30/11/2017 à 19H44, publié le 30/11/2017 à 19H43
Les réserves de la BNF, site Richelieu

Les réserves de la BNF, site Richelieu

© NICOLAS MESSYASZ/SIPA

A la Bibliothèque nationale de France, c'était un employé irréprochable jusqu'au jour où, surendetté, il se mit à voler des gravures anciennes (Brueghel...) qu'il a, pour beaucoup, "mutilées" et revendues sur internet. Il a été condamné, jeudi, à 18 mois de prison ferme.

"Malheureusement, j'ai pris la mauvaise voie": visage fin et collier de barbe, visiblement angoissé, l'homme de 43 ans dit ses "excuses" et sa "honte" à la barre du tribunal correctionnel de Paris, qui le juge pour vol de biens culturels et dégradations.

Un dossier de surendettement

Ex-magasinier dans les locaux historiques de la BNF, dans le centre de Paris, il était chargé des prêts d'oeuvres au département des estampes et de la photographie - la plus grande collection d'images au monde, un trésor de quelque 15 millions de pièces. Salarié "impeccable", selon la BNF, il avait ouvert en 2013 un dossier de surendettement pour des dettes liées à des crédits à la consommation. 

"Au troisième étage des réserves", il remarque un jour "peut-être cinq boîtes pas rangées", raconte-t-il. "C'est comme ça que ça a commencé". "A l'intérieur, j'ai trouvé des gravures de Brueghel. Une n'était pas estampillée. Je l'ai prise, je l'ai vendue sur eBay. Malheureusement, ça a continué". Il reconnaît avoir ainsi dérobé au compte-gouttes, en 2014 et jusqu'à début 2015, des dizaines de gravures en sortant avec "un rouleau ou un porte-documents sous le coude", "vers 19H30, quand il y avait moins de monde".

Sur 226 oeuvres volées, 132 ont été mutilées

Il grattait l'estampille indiquant leur provenance et en découpait certaines pour les extraire de leur contour. Au total, la BNF a recensé 226 oeuvres volées. Elle en a retrouvé 178, dont 132 sont "gravement mutilées puisque la légende a été coupée", selon Me Alexandre de Konn, avocat de la bibliothèque. "Elles ont perdu leur valeur artistique", résume l'une des représentantes de la BNF. "C'est comme si vous découpiez un morceau d'un tableau".

L'ex-salarié a visité "le fonds général" et "la réserve, où sont conservées les oeuvres les plus précieuses", mais a également volé de nombreux portraits de souverains, soulignent-elles. "Les portraits de roi, c'était plus personnel", "une passion", explique le quadragénaire. Une vingtaine de gravures avaient été retrouvées chez lui: elles "étaient magnifiques", se souvient-il.

Des ventes sur eBay

La bibliothèque avait constaté les premiers vols en février 2015 : plusieurs dizaines de gravures manquantes des XVIe et XVIIe siècles, reproduisant des dessins du peintre flamand Brueghel l'Ancien. Les enquêteurs avaient confondu le magasinier grâce à son adresse mail sur eBay, à la suite du signalement d'un vendeur néerlandais qui lui avait acheté ces gravures. Ils avaient retrouvé trace de nombreuses ventes.
 
Le prévenu avait au total empoché quelque 45.000 euros, sans pour autant apurer ses dettes. "J'ai fait des voyages, je me suis payé des vêtements ou des meubles, une pendule", explique-t-il. Il avait démissionné sans attendre une sanction disciplinaire. Après trois mois en détention provisoire, il avait travaillé comme serveur ou "même dans la police municipale, un métier très difficile, je ne suis pas resté". Il est aujourd'hui agent d'accueil.

"Il a porté atteinte au rayonnement du patrimoine culturel de la France", a lancé la procureure. Sévère, elle lui reproche de ne pas avoir présenté ses excuses "à l'Etat et à chacun de nous". "Vous avez raison, j'aurais dû m'excuser auprès des Françaises et des Français", répond-il - jusqu'au bout dans "l'autoflagellation", selon son avocat, Me Richard Sédillot.

Condamné à quatre ans d'emprisonnement, dont 30 mois de sursis assortis d'une obligation de travailler et d'indemniser les victimes, une peine aménageable, il devra également payer 10.000 euros d'amende et verser plus de 90.000 euros à la BNF en réparation de son préjudice matériel.