Washington : l'hôtel de Trump, tribune de la colère d'un artiste américain

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Publié le 31/01/2018 à 20H51
Message anti-Trump sur la façade de son hôtel à Washington : "Donald Trump a harcelé ou agressé vingt femmes" (30 janvier 2018)

Message anti-Trump sur la façade de son hôtel à Washington : "Donald Trump a harcelé ou agressé vingt femmes" (30 janvier 2018)

© Andrew Caballero-Reynolds / AFP

Le président américain Donald Trump compte beaucoup d'ennemis parmi les artistes aux États-Unis et au-delà. Parmi eux, depuis un an, Robin Bell illumine régulièrement la façade du Trump International Hotel à Washington pour dénoncer "visuellement" les agissements de l'hôte tonitruant de la Maison Blanche.

Mardi soir, il a projeté "Donald Trump a harcelé ou agressé vingt femmes" et "Congrès: enquêtez sur Trump" au-dessus d'une des entrées de l'hôtel luxueux de l'ancien magnat de l'immobilier, situé sur l'avenue Pennsylvania, à quelques encablures du Capitole peu avant le discours très attendu du président.

"Le jour du discours sur l'état de l'Union, c'est important de souligner que Donald Trump est un prédateur sexuel", accuse Natalie Green, de l'organisation Ultraviolet qui collabore à l'opération.

En décembre, trois femmes ont demandé au Congrès d'ouvrir une enquête sur les agissements du président, deux d'entre elles ayant notamment assuré avoir été victimes d'agression sexuelle de sa part. "Le Congrès a le devoir constitutionnel de croire ces femmes et de déclencher une enquête, et ce sera une honte nationale s'il ne le fait pas", ajoute Natalie Green.

Une projection menée comme une opération Commando

La projection a été préparée comme une opération commando. Robin Bell fait ses essais hors de portée des policiers en faction devant l'hôtel puis l'installe sur le trottoir en face, jusqu'à l'intervention de la police. La performance dure "entre deux et quarante minutes, cela dépend de la vitesse de réaction de la sécurité de l'hôtel", dit-il à l'AFP.

Bell, qui prône la non-violence et utilise l'art comme arme politique, assure être dans la légalité : il fait usage de sa liberté d'expression, protégée par le premier amendement de la Constitution américaine, reste sur le domaine public et ne commet pas de dégradations sur le bâtiment. "Je suis content, notre message est passé", dit-il après une dizaine de minutes.

"Notre pays est fondé sur des gens venus du monde entier et sur la façon dont nous interagissons", explique-t-il. "Je pense que ce que fait l'administration Trump est tout simplement honteux et nous faisons tout ce que nous pouvons pour mettre en lumière cela et dire non, ce n'est pas correct."

Samedi soir, Bell avait marqué le premier anniversaire du décret migratoire de l'administration Trump en projetant les slogans "#nomuslimbanever" ("Le +Muslim Ban+, jamais") et "Reject Trump Hate" ("Rejetez la haine de Trump"). Cette mesure, prise au nom de la lutte contre le terrorisme, est dénoncée comme discriminatoire envers les musulmans.

Près d'une vingtaine d'opérations déjà menées

Âgé de 39 ans et originaire de la capitale fédérale, Robin Bell a organisé près d'une vingtaine d'opérations nocturnes depuis l'élection de Donald Trump en novembre 2016. Pour lui, le Trump Hotel est le symbole d'un mélange des genres dangereux pour la démocratie. "Il y a un conflit d'intérêts quand des dignitaires et les gouvernements étrangers le choisissent afin d'obtenir un accès direct au président", accuse l'artiste à la barbe taillée et au bras droit tatoué.

L'important, estime-t-il, c'est que ses messages politiques soient vus par le plus grand nombre. Mi-janvier, il a notamment projeté le mot "shithole" que Donald Trump aurait utilisé pour qualifier des pays africains lors d'une rencontre avec des parlementaires. Ces propos ont provoqué un tollé international même si le président américain a nié les avoir tenus. "Pas un habitant de Washington ? Besoin d'un logement ? Essayez notre hôtel de merde", proclamait un autre message au milieu "d'emojis caca".

Ses performances deviennent virales sur le web

Plusieurs performances, postées sur les réseaux sociaux, sont devenues virales. La photo du "shithole" a fait au minimum six millions de vues en 24 heures dans le monde entier, assure l'artiste.
Robin Bell ne s'attaque pas qu'au milliardaire et à son hôtel. Il a ainsi dénoncé la politique de relance des énergies fossiles par l'administration Trump sur la façade du salon de l'automobile de Washington et sur celle de l'Agence de la protection de l'environnement. Il a aussi travaillé à New York et à Los Angeles. "C'est très purificateur, affirme-t-il. Je me suis demandé ce que j'aurais fait quand des choses terribles arrivaient pendant la Seconde Guerre mondiale. Je projette juste des choses sur un mur, mais au moins c'est quelque chose".

> Reportage AFP sur l'artiste militant Robin Bell (29 janvier 2018)