Quatre oeuvres de Banksy en vente à Paris : suspense chez Artcurial

Mis à jour le 25/10/2018 à 12H16, publié le 23/10/2018 à 12H06
Deux oeuvres de Banksy en vente chez Artcurial ("Soup can Yellow / Emerald / Brown", 2005, et "Queen Vic", 2004), octobre 2018

Deux oeuvres de Banksy en vente chez Artcurial ("Soup can Yellow / Emerald / Brown", 2005, et "Queen Vic", 2004), octobre 2018

© Philippe Lopez / AFP

Suspense à la maison de ventes Artcurial à Paris, qui met aux enchères mercredi soir quatre oeuvres de l'artiste Banksy, dont l'un des tableaux s'était partiellement autodétruit début octobre chez Sotheby's. Toutes les précautions sont prises mais une nouvelle provocation n'est jamais à exclure.

"On attend sereinement la vente, mais s'il doit se passer quelque chose, ce ne sera pas une redite", estime auprès de l'AFP Arnaud Oliveux, expert en charge de la mise aux enchères, le 24 octobre chez Artcurial, de quelque 130 œuvres d'art contemporain, parmi lesquelles trois sérigraphies et un objet (un rat en résine qui tient un pinceau) de Banksy.
 
Début octobre, l'autodestruction partielle devant un public médusé d'une oeuvre, juste après son acquisition pour 1,042 million de livres (1,185 million d'euros) chez Sotheby's à Londres, avait jeté le trouble dans le marché de l'art.
 
Cette reproduction en peinture acrylique et aérosol de l'une des plus célèbres oeuvres de Banksy, montrait une petite fille laissant s'envoler un ballon rouge en forme de coeur. Juste après avoir été adjugée pour 1,042 million de livres, la toile était passée partiellement à travers la partie inférieure de son cadre, découpée en fines lamelles verticales, alors que les appareils photo des portables crépitaient.
"Stop and Search" (2007), une sérigraphie de Banksy en vente chez Artcurial (octobre 2018

"Stop and Search" (2007), une sérigraphie de Banksy en vente chez Artcurial (octobre 2018

© Philippe Lopez / AFP

Un dispositif de sécurité qui se veut discret

Le mystérieux artiste de Bristol qui maintient l'anonymat avait revendiqué ce pied de nez au marché de l'art, voulant dénoncer sa "marchandisation". Ce qui n'avait pas empêché l'oeuvre de prendre encore de la valeur, à plus de deux millions d'euros.
 
Dans toutes les hypothèses, il y avait forcément des complices de Banksy dans la salle pour déclencher la batterie permettant l'autodestruction de "Girl With Balloon". Si ce n'est Banksy lui-même, avait-on spéculé.
 
"Nous serons particulièrement vigilants. Nous avons mis en place un dispositif de sécurité mais on cherche à le maintenir discret, sous-jacent, le plus light possible. Il n'y aura pas dix gorilles dans chaque pièce !", assure l'expert d'Artcurial.

Des visiteurs curieux

"Artcurial n'est pas un coffre-fort, on cherche l'agrément des acheteurs et des visiteurs", ajoute-t-il, soulignant qu'une maison de ventes n'est pas une institution publique. "On sent bien frémir un petit brouhaha, l'histoire amuse et ça excite. Les gens veulent faire partie du spectacle. Il y a des demandes supplémentaires par rapport à d'autres ventes. Certains demandent à s'enregistrer par mail.'" Alors "on leur demande de montrer patte blanche, de s'identifier, on se renseigne un petit peu" sur eux, note Arnaud Oliveux.
 
D'ores et déjà, dans l'élégante maison de ventes sur le rond-point des Champs Elysées, les visiteurs de la salle où sont déjà exposées les oeuvres de Banksy ralentissent et s'arrêtent devant elles, les examinant avec curiosité.

Des encadrements choisis

Mais, souligne Arnaud Oliveux, les encadrements ne posent pas problème cette fois : "Ce sont des cadres tout minces, qui ne faisaient partie de ces pièces, qui se trouvaient dans un tube roulé", précise-t-il. Autre chose que l'épais cadre en bois dorés de "Girl With Balloon" où se dissimulait la machine infernale qui avait permis sa destruction.
 
Sur Instagram, un message signé Banksy avait mis les points sur les i : "Certains pensent que ça ne s'est pas découpé. Si. Certains pensent que la maison d'enchères était au courant. Non."

Sotheby's avait effectivement assuré avoir été prise de court. Elle avait annoncé que la vente avait bien été validée et l'oeuvre renommée "Love Is In the Bin" (L'amour est à la poubelle). "Bansky n'a pas détruit une oeuvre d'art lors des enchères, il en a créé une", avait affirmé Alex Branczik, chef du département d'art contemporain Europe de Sotheby's.
 
Quant à l'acheteuse, une collectionneuse européenne dont le nom n'est pas révélé, elle avait expliqué avoir "d'abord été choquée", précise Sotheby's. "Mais graduellement j'ai réalisé que j'allais posséder mon bout d'histoire de l'art", avait-elle ajouté.
 
Banksy avait posté sur YouTube une vidéo assurant que l'oeuvre aurait dû être entièrement détruite, et non à moitié. Il affirmait que, lors de "répétitions", le broyage avait fonctionné "à chaque fois". Des images montraient des tests lors desquels d'autres reproductions ressortaient entièrement déchiquetées.