Escif au Palais de Tokyo : une peinture murale pour "ouvrir les frontières"

Par Valérie Oddos (avec AFP) @Culturebox
Publié le 01/05/2018 à 12H40
Peinture murale d'Escif sur une façade du Palais de Tokyo

Peinture murale d'Escif sur une façade du Palais de Tokyo

© Julien de Rosa / EPA / Newscom / MaxPPP

Des escaliers de secours, des serpents, des cailloux, mêlés à des slogans de Mai 68 et des graffitis trouvés dans les toilettes : avec ces motifs peints sur la façade latérale du Palais de Tokyo, le street artist Escif veut transgresser la fonction initiale du mur, introduire une "faille dans le système".

Le Palais de Tokyo entend interroger l'histoire et l'héritage de Mai 68 avec cette intervention monumentale sur un mur du bâtiment par Escif, artiste de Valence en Espagne. 
 
Escif a déplacé sur la façade, en trompe-l'œil, les éléments qui la composent : des drapeaux officiels, des portes, un escalier de secours, la végétation sauvage, y ajoutant les graffitis tracés dans les toilettes du Palais de Tokyo, ou les slogans qui ont accompagné les révoltes étudiantes de Mai 68. Des cailloux lui ont été inspirés par l'oeuvre d'un autre artiste, exposée à l'entrée du Palais de Tokyo. La composition reprend celle du jeu de société "Serpents et échelles", où le joueur évolue entre vice et vertu.
 
Escif a réalisé son oeuvre seul en douze jours. Il l'a intitulée "Open borders" (ouvrez les frontières), une des inscriptions qu'il a relevées dans les toilettes du Palais de Tokyo. Elle s'inscrit dans le cadre du projet LASCO, programme d'Arts urbains du Palais de Tokyo.

Une faille dans le système

"Je cherche la limite, comment peindre une peinture murale qui ne soit pas une peinture murale (…). Ce qui est le plus intéressant dans une peinture in situ est finalement ce qui n'est pas peint, le contexte de l'intervention. Le mur est une limite, un outil de pouvoir avec lequel on planifie, contrôle et manipule l'espace des villes", estime l'artiste. "Un mur peint est un mur effacé, c'est un acte de psychomagie, c'est une faille dans le système, c'est un message d'espoir qui révèle la possibilité de travailler pour un monde meilleur : ouvrir les frontières."
 
Aucun esthétisme dans son travail résolument antidécoratif, souvent ironique et engagé politiquement. "Escif répond toujours au lieu, il n'aime pas l'artiste qui s'impose dans l'espace public", explique le commissaire de l'intervention, Hugo Vitrani.
 
Pour Escif, la rue est "un bon lieu pour rechercher, étudier et expérimenter". Le graffiti, "c'est l'esprit des petites plantes qui poussent dans le ciment, l'esprit des oiseaux qui volent au-dessus des édifices. L'esprit du vent qui rentre par la fenêtre et casse cet objet de porcelaine si difficile à trouver".

Un artiste très engagé

Né en 1980, Escif vit et travaille à Valence en Espagne. Formé en école d'art, il s'invite dans l'espace public avec des peintures murales libertaires liées aux questions environnementales et aux mouvements de résistance contre les méfaits du capitalisme. Il est intervenu dans de nombreux pays, de l'Espagne à la Thaïlande, de la Pologne à l'Inde ou au Sénégal.
 
Il a réalisé des peintures sur la façade du Musée d'art moderne de Valence (2017), au musée Power Station of Art de Shanghai (2016) et dans le cadre du projet "Dismaland" de Banksy à Weston-surper-Mare en Angleterre (2015).
 
Il travaille actuellement sur un projet monumental de reforestation par l'art d'une colline du golfe de Sapri dans le sud de l'Italie : 5000 nouveaux arbres plantés dessinent les contours d'une batterie sur une hauteur qui domine la mer.