Donald Trump veut emprunter un Van Gogh, le Guggenheim lui propose des toilettes en or

Mis à jour le 26/01/2018 à 10H04, publié le 26/01/2018 à 09H44
"America", de Maurizio Cattelan : ces toilettes en or tout à fait opérationnelles ont servi au public du Guggenheim pendant des mois. L'artiste a proposé de le prêter à la Maison Blanche, qui voulait emprunter un Van Gogh

"America", de Maurizio Cattelan : ces toilettes en or tout à fait opérationnelles ont servi au public du Guggenheim pendant des mois. L'artiste a proposé de le prêter à la Maison Blanche, qui voulait emprunter un Van Gogh

© William Ewards / AFP

La Maison Blanche voulait emprunter au Guggenheim un tableau de Van Gogh. Dans un mail plein d'ironie, la directrice artistique du musée new-yorkais refuse le prêt et propose en échange des toilettes en or de l'artiste iconoclaste Maurizio Cattelan qui ont déjà servi pendant des mois au public du musée new-yorkais.

L'administration de Donald Trump avait demandé le prêt du "Paysage enneigé" (1888) de Vincent Van Gogh pour les appartements privés du président et de la Première dame. Dans un courrier électronique envoyé mi-septembre, la directrice artistique et conservatrice du Guggenheim, Nancy Spector, a décliné la demande, a indiqué le musée new-yorkais au Washington Post, qui publie sa réponse
 
Nancy Spector se réjouit que le couple présidentiel "manifeste son soutien à l'art en mettant en valeur les trésors des institutions culturelles de la nation". Mais elle fait valoir que la toile va être exposée au Guggenheim Bilbao, avant de revenir à New York et d'y rester "dans un avenir prévisible". Elle propose, à la place, les toilettes en or massif conçues par l'artiste italien Maurizio Cattelan, exposées au Guggenheim de septembre 2016 à l'été 2017.

Des toilettes en or qui ont servi un an au Guggenheim

Pendant un an, le Guggenheim a exposé l'oeuvre, intitulée "America", dans les toilettes publiques au cinquième étage du musée situé face à Central Park. Elle comprend siège, cuvette et chasse d'eau opérationnels et a été utilisée par quelque 100.000 personnes pendant son exposition.
 
Celle-ci étant terminée, les toilettes sont disponibles, "si le président et la Première dame veulent les installer à la Maison Blanche", propose Nancy Spector.
 
L'artiste "voudrait l'offrir à la Maison Blanche pour un prêt à long terme", écrit la directrice artistique du Guggenheim. "Elle est, bien sûr, d'une valeur exceptionnelle et assez fragile, mais nous vous fournirions toutes les instructions pour l'installation et l'entretien."

Pas de commentaire de la Maison Blanche

"Nous sommes désolés de ne pouvoir satisfaire votre demande initiale", conclut-elle, "mais nous gardons l'espoir que cette offre exceptionnelle puisse vous intéresser."
 
Sollicité par l'AFP, le Guggenheim s'est refusé à tout commentaire. La Maison Blanche n'a pas souhaité s'exprimer non plus. Le Washington Post se demande si le président pourrait vouloir accueillir des toilettes qui ont déjà servi à des milliers de personnes, compte tenu de sa phobie notoire pour les microbes.
 
La conservatrice a critiqué publiquement Donald Trump à plusieurs reprises depuis son élection, décrivant une présidence "marquée par le scandale et définie par la réduction volontaire d'un nombre incalculable de libertés individuelles".

Les demandes de prêt d'oeuvres, une pratique courante à la Maison Blanche

En août, dans un blog, elle avait expliqué que si l'oeuvre de Maurizio Cattelan pouvait être interprétée de diverses façons, c'est "la référence à Trump qui a trouvé le plus d'écho" durant son séjour au Guggenheim.
 
La quantité de métal précieux utilisée pour la confection de l'oeuvre n'a pas été révélée, mais Nancy Spector avait indiqué qu'elle avait été réalisée avec des "millions de dollars d'or".
 
Maurizio Cattelan, lui, avait présenté ces toilettes comme une oeuvre égalitariste, "de l'art du 1% (comprenant les personnes les plus riches de la planète) pour les 99 autres pour cent".
 
Les demandes de prêt d'oeuvres par la Maison Blanche sont une pratique qui remonte à plusieurs décennies. Sous l'administration Obama, plusieurs tableaux de Mark Rothko ou d'Edward Hopper, entre autres, avaient été prêtés par des musées à la présidence.