Rome découvre l'Italie de Picasso dans une grande rétrospective

Par @Culturebox
Mis à jour le 20/10/2017 à 23H31, publié le 20/10/2017 à 18H20
Le rideau monumental peint par Picasso pour le ballet "Parade", Rome, 1917

Le rideau monumental peint par Picasso pour le ballet "Parade", Rome, 1917

© Mimmo Frassineti/ PHOTOSHOT/MAXPPP

Il y a 100 ans, Picasso découvrait le "Bel Paese", le "beau pays" comme disent les Italiens pour le décrire. Un voyage qui bouleversera sa vie et marquera son art, mis à l’honneur aujourd'hui dans l’exposition "Picasso, entre cubisme et classicisme : 1915 - 1925 " à Rome. L’occasion de découvrir la relation entre le peintre espagnol et l’Italie.

Rome accueille les œuvres de Pablo Picasso depuis fin septembre et jusqu'au 21 janvier 2018 dans deux hauts lieux de l'art, le Palais Barberini et le musée des Écuries du Quirinal, en face du siège de la présidence de la République italienne. 

A Rome, entre le Palais Barberini et les Ecuries du Quirinal

Avec ses 17 mètres de hauteur sur 10 mètres de largeur, le rideau de scène peint par Picasso pour le Ballet Russe "Parade" laisse les visiteurs bouche bée.
Le rideau monumental peint par Picasso pour le ballet "Parade".

Le rideau monumental peint par Picasso pour le ballet "Parade".

© Mimmo Frassineti/PHOTOSHOT/MAXPPP
Avec de telles mesures, c'est au Palais Barberini d'accueillir entre ses murs la plus grande oeuvre peinte par l'artiste espagnol. Prêtée exceptionnellement par le Centre Pompidou le temps cette exposition unique sur Picasso, elle se fond à merveille dans les fresques du salon Pietro da Cortona. A l’arrière-plan, un paysage évoquant l’Italie, où Picasso séjourne en 1917. 

Le Palais Barberini est un crochet obligatoire pour les visiteurs, avant de découvrir le reste des œuvres exposées, à quelques minutes de là, au musée des Ecuries du Quirinal. C’est là que sont exposés les plus de 100 chefs-d’œuvre prêtés pour l'occasion par des musées des quatre coins du monde : le Musée Picasso et le Centre Pompidou à Paris, le Tate Modern à Londres, le Guggenheim à New York, le Berggruen à Berlin ou encore le Musée Picasso de Barcelone.

Entre des portraits d’arlequins et de saltimbanques inspirés du monde du cirque et de la "commedia dell’arte", des croquis de la villa Médicis, des photos de Picasso et de Cocteau au milieu des vestiges de Pompéi, l’exposition permet de découvrir des "morceaux" d’Italie à travers les yeux de l’artiste.

La Dolce Vita du peintre espagnol

17 février 1917 : Pablo Picasso pose pour la première fois ses valises à Rome. La ville éternelle est la première étape d’un voyage intense à travers l’Italie. Picasso accompagne Jean Cocteau dans un périple de deux mois. Le dramaturge français a demandé au peintre de participer à la production de "Parade", un ballet inspiré de l'un de ses poèmes. La pièce devait être mise en scène par les Ballets Russes de Sergel Djagilev. Or, à ce moment-là, la compagnie se trouve à Rome.
Une femme visitant l'exposition "Picasso, entre cubisme et classicisme : 1915 - 1925" s'attarde sur "Deux femmes courant sur la plage (La course)" de 1922 et "Femme assise en chemise" de 1923.

Une femme visitant l'exposition "Picasso, entre cubisme et classicisme : 1915 - 1925" s'attarde sur "Deux femmes courant sur la plage (La course)" de 1922 et "Femme assise en chemise" de 1923.

© ALESSANDRO DI MEO/EPA/Newscom/MaxPPP
Pendant huit semaines, un nouvel univers s’ouvre à Picasso, lui qui n’avait connu que l’Espagne et la France. Séjournant principalement à Naples et Rome, en passant par Pompéi, il absorbe leurs atmosphères riches et stimulantes. Deux mois intenses, qui suffiront à ouvrir une faille dans la vie et l’art du peintre espagnol. Les trésors archéologiques de Rome et de Pompei, les couleurs de la vie populaire de Naples vont le pousser vers une déclinaison très personnelle et pour tout dire inattendue, du "classicisme".

Picasso et le classicisme

Giovanni, ingénieur de 26 ans installé à Rome, n'est pas un grand connaisseur de Picasso. Il ne voulait pas rater cette occasion de découvrir le peintre et n'est pas déçu. "J’aime beaucoup son art 'méditerranéen'. Je ne savais pas qu’il avait vécu à Rome pendant quelques semaines, mais ça ne m’a pas surpris. Même si l’atmosphère romaine au temps de Picasso et Cocteau devait être très différente de celle d’aujourd’hui, je pense qu’aujourd’hui encore Rome est une étape obligée dans la formation des grands artistes. Même pour des visiteurs lambda comme moi, on remarque facilement l’influence de l’art romain et classique dans certaines de ses œuvres".

A Rome, Picasso rencontre l’art de Raphaël. A Naples, il admire l’Hercule Farnèse - une sculpture en marbre de plus de trois mètres - et autres chefs d’œuvres classiques de son Musée Archéologique. La visite de Pompéi et de ses fresques mystérieuses et fascinantes vont le bouleverser. Un voyage clé pour son art, mais aussi pour sa vie personnelle. C’est dans la ville éternelle qu’il rencontre la danseuse des Ballets Russes Olga Khokhlova. Il l'épouse un an plus tard.

"Picasso avait été plus marqué par la monumentalité et la sensualité cachée des statues antiques, que par leurs formes et proportions. (...) A la Rome Antique et à la Renaissance, il préférait les Etrusques, les fresques érotiques de Pompéi, les masques de la 'commedia dell’arte', la vie frénétique de la 'via Margutta' (ndlr : rue où l’artiste a vécu durant son séjour à Rome) et celle des ruelles de Naples", explique Olivier Berggruen, le commissaire de l’exposition.
"Arlequin et femme au collier", Rome, 1917.

"Arlequin et femme au collier", Rome, 1917.

© MARIO OSORIO / NOTIMEX
L'exposition est une occasion pour les visiteurs italiens de découvrir les traces laissées par leur pays à l’artiste. "Je savais que Picasso était venu en Italie, mais découvrir au fil des œuvres à quel point son séjour a marqué, non seulement lui, mais son parcours artistique, est vraiment intéressant. Je pense notamment au tableau 'Arlequin et femme au collier', où les chaussures et la coiffure de la femme rappellent les traditions d’un village près de Rome", raconte Carla, jeune étudiante romaine passionnée par l'art.