Raymond Depardon lance un collectif pour la rémunération des photographes

Par @Culturebox
Publié le 15/07/2018 à 17H05
Exposition "Depardon USA, 1968-1999" aux Rencontre d'Arles 2018 

Exposition "Depardon USA, 1968-1999" aux Rencontre d'Arles 2018 

© BERTRAND LANGLOIS / AFP

A l'occasion des Rencontres d'Arles (2 juillet - 23 septembre 2018), la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a présenté plusieurs propositions pour une meilleure rémunération des photographes. Elle répondait ainsi aux souhaits d'un collectif de photographes professionnels et d'agences de photos emmené par Raymond Depardon.

Chaque année, les Rencontres d'Arles donnent l'occasion à de jeunes photographes de faire connaître leur travail. Une mission solitaire, parfois dangereuse et bien souvent, mal payée. "Il y a une photo sur cent qui est payée sur internet", rappelle Pierre Ciot, Président de la société des auteurs des arts visuels et de l'image fixe.

Aurore Valade expose pour la première fois aux Rencontres. Dans le métier depuis treize ans, elle court après les financements et donne des cours pour joindre les deux bouts."J'ai accumulé beaucoup de capital symbolique et très peu de capital matériel", souligne-t-elle. 

Reportage : France 3 Provence-Alpes - H. Bouyé / M. Mouamma

https://videos.francetv.fr/video/NI_1266085@Culture

Le cri d'alarme des photographes

Lundi dernier, de nombreux photographes ont lancé un cri d'alarme dans Libération, dans une tribune signée par des indépendants ou membres d'agences et de collectifs (Raymond Depardon, Bernard Plossu, Françoise Huguier, l'agence Myop, le collectif Tendance Floue). La pétition est en ligne sur Change.org.

La photographie ne s'est jamais aussi bien portée en France, les photographes jamais aussi mal

Les signataires de la tribune

Lors de l'inauguration des Rencontres d'Arles, son directeur Sam Stourdzé a annoncé une rémunération d'un montant de 500 euros pour les expositions individuelles de photographes au festival.

Les propositions de la ministre

Pour sa part, ministre de la culture a détaillé un dispositif général à mettre en place. En voici les grands points.

  • Une convention cadre photojournaliste
Le ministère de la Culture souhaite notamment que le versement des aides à la presse soit bloqué si les délais de paiement des photojournalistes ne sont pas respectés, avec des "conventions cadres en faveur des photojournalistes et de leurs agences", a affirmé Mme Nyssen lundi à l'ouverture des Rencontres de la photographie d'Arles. "Au 1er avril, cette année, on comptait près d'un demi-million d'euros de factures impayées, avec un délai de paiement allant jusqu'à 174 jours", a-t-elle souligné.
  • Une rémunération systématique en cas d'exposition
 Les photographes devraient également être rémunérés systématiquement quand leurs photos sont exposées, avec "un nouveau système" proposé d'ici le mois d'octobre."Il n'est plus acceptable que les artistes ne soient plus rémunérés par les institutions et manifestations culturelles qui présentent leurs oeuvres. Ce fut la pratique pendant des années. J'estime qu'elle n'a plus sa place", a martelé Françoise Nyssen. Les Rencontres d'Arles ont montré la voie cette année, en versant une rémunération à tous les photographes exposés, s'est félicitée la ministre. 

Faire le choix d'être artiste ne doit pas, dans ce pays, signifier systématiquement faire des sacrifices

Françoise Nyssen - Ministre de la Culture

  • Le choix de la vente aux agences
Chaque photographe devrait aussi pouvoir "choisir ou non de revendre ses images à des groupes de presse sans passer par l'agence photographique qui l'accompagne".

La ministre souhaite également "qu'une discussion s'ouvre" entre les agences de photographes et les agences de presse, pour que les photographes soient rémunérés selon les supports de diffusion, notamment dans les cas où une photo est utilisée à la fois pour un support papier et pour un support numérique".

Enfin, le ministère veut ouvrir un chantier "relatif aux conditions de travail des agences de presse (...) qu'elles puissent exercer leur activité dans des règles de concurrence loyale et au bénéfice d'une meilleure visibilité pour les photographes".