Mort du photographe franco-haïtien Gérald Bloncourt à 91 ans

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 30/10/2018 à 21H04, publié le 30/10/2018 à 20H55
Le photographe Gérald Bloncourt en 2016

Le photographe Gérald Bloncourt en 2016

© Thomas SAMSON / AFP

Le photographe franco-haïtien Gérald Bloncourt est décédé le 29 octobre à Paris. Ancien reporter engagé dans la lutte contre le la dictature en Haïti, il était devenu photographe en France après son expulsion d'Haïti. Son oeuvre raconte un demi-siècle de mémoire ouvrière et immigrée.

Gérald Bloncourt est décédé le 29 octobre à Paris, à quelques jours de ses 92 ans. Les funérailles auront lieu le 5 novembre au cimetière du père Lachaise, à Paris. Malade depuis trois ans, "il a toujours continué à écrire, à dessiner", a fait savoir son épouse. Gérald Bloncourt avait achevé en avril une fiction aux accents autobiographiques, dans lequel "il livre une sorte de son testament aux générations futures d'Haïti".

"C'était un conteur extraordinaire et aussi un militant très dur", a dit sa femme, Isabelle Repiton, en référence à l'engagement sans faille du photographe.

Intellectuel dissident en Haïti

"Son rêve de jeunesse, ça aurait été d'être peintre. Mais il était trop militant et actif", a-t-elle ajouté. Enfant métis de parents français, né le 4 novembre 1926 dans le sud d'Haïti, il crée en 1944 avec l'aquarelliste américain DeWitt Peters et d'autres intellectuels le Centre d'art d'Haïti, pour la promotion de la création artistique. Deux ans plus tard, en janvier 1946, il est l'un des leaders de la révolution des Cinq Glorieuses. En cinq jours, le pouvoir est renversé mais la junte qui s'installe traque les jeunes communistes. Gérald Bloncourt est expulsé.

"Il est resté viscéralement attaché à son île", a poursuivi sa femme. "En 1986, quand la dictature tombe, il créé un comité pour faire juger les Duvalier. Il a fait tout ce qu'il a pu pour que ce type ne meure pas tranquille. C'est un combat qu'il n'a jamais lâché".

Une demi-siècle de mémoire ouvrière et immigrée

A Paris, après son expulsion d'Haïti, il obtient des papiers sous la protection d'Aimé Césaire et se met à la photo. Embauché par "L'Humanité", il découvre les immenses bidonvilles de la région parisienne. 

Devenu reporter indépendant en 1958, il couvre la manifestation anti-OAS du 8 février 1962 qui fit neuf morts au métro Charonne. "Il s'est mis à photographier les conditions de travail", résume sa femme. 

Une exposition lui est consacrée à Roubaix, où il a photographié la vie ouvrière dans le nord de la France des années 1950 à 1970.

Il suivra la construction de la tour Montparnasse (1969-1973) "étage par étage" et se fondra dans la communauté portugaise, dont le destin lui tient à coeur.
D'ailleurs il est à Lisbonne pour la Révolution des oeillets en 1974 et immortalise les capitaines d'avril.