Les Rencontres d'Arles 2018 célèbreront les Etats-Unis et l'année 1968

Valérie Oddos
Par @valerieoddos
Journaliste, responsable de la rubrique Arts de Culturebox
Mis à jour le 22/03/2018 à 17H49, publié le 22/03/2018 à 17H36
A gauche, l'affiche des 49e Rencontres d'Arles - A droit, Manifestation du 6 mai 1968. Reportage sur les barricades construites par les étudians. Service de la mémoire et des Affaires culturelles

A gauche, l'affiche des 49e Rencontres d'Arles - A droit, Manifestation du 6 mai 1968. Reportage sur les barricades construites par les étudians. Service de la mémoire et des Affaires culturelles

© Avec l'aimable autorisation de la Préfecture de police de Paris

En attendant leurs 50 ans l'an prochain, les Rencontres de la photographie d'Arles fêteront cet été les 50 ans de 1968 dans le monde, des journées de mai à Paris à l'assassinat de Robert Kennedy. Du côté des grands maîtres, hommage sera rendu à Robert Frank, et on réfléchira au bouleversement d'aujourd'hui, celui de "l'avènement de l'homme numérique".

Les Rencontres d'Arles présenteront à partir du 2 juillet prochain leur 49e édition. En attendant leurs 50 ans, c'est le cinquantenaire de 1968 qu'on fête, et les Rencontres vont mettre l'accent sur cette "année des grands bouleversements, un des rares moments où le monde a basculé", a annoncé leur directeur Sam Stourdzé lors d'une conférence de presse de présentation jeudi (une première conférence de presse avait eu lieu à Arles même mercredi soir).
Paul Fusco, série "RFK Funeral Train", 1968, avec l'aimable autorisation de la Danziger Gallery

Paul Fusco, série "RFK Funeral Train", 1968, avec l'aimable autorisation de la Danziger Gallery

© Paul Fusco / Magnum Photos

1968, des journées de mai à l'assassinat de Robert Kennedy et Auroville

Regroupées sous le titre "Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi", quatre expositions seront proposées, "sur le mois de mai mais pas exclusivement". Une exposition dévoilera les archives de la préfecture de police de Paris, "un point de vue étonnant mais le meilleur point de vue sur les manifestants", avec des enregistrements sonores et des notes de police. Et aussi les grands moments de l'année 1968 dans le monde.
 
1968 c'est aussi l'année de l'assassinat de Robert Kennedy : "The Train" montrera la série de Paul Fusco de Magnum, embarqué sur le train New York-Washington qui emportait le corps  de l'homme politique et qui a photographié les hommages des Américains rendu le long des voies lors de son dernier voyage. Ses photos seront accompagnées du contrechamp, des photos faites par les gens le long du parcours et tirées de leurs albums de famille.
 
1968 c'est l'année de l'inauguration de Fos-sur-Mer, de la création du parc régional de Camargue et de la construction de la cité balnéaire de la Grande Motte. Une exposition reviendra sur ces aménagements du delta du Rhône.
 
Enfin, une exposition de Christophe Draeger et Heidrun Holzfeind revient sur la création en 1968 de la cité utopique d'Auroville au nord de Pondichéry en Inde. 
Robert Frank, "New York City", 1950

Robert Frank, "New York City", 1950

© avec l'aimable autorisation de l'artiste et de la Collection Fotostiftung Schweiz

Hommage à Robert Frank et autres regards sur les Américains

Autre grand thème des Rencontres 2018, les Etats-Unis, avec cinq expositions sous le titre "America Great Again", en hommage à Robert Frank qui, dix ans avant 1968, a marqué l'histoire de la photographie en publiant son ouvrage "Les Américains". L'Espace Van Gogh reviendra sur toute la carrière du photographe depuis la Suisse.
 
On pourra aussi voir le regard sur l'Amérique de quatre photographes de générations différentes. Raymond Depardon dévoile l'ensemble de ses photos des Etats-Unis depuis 1968. Le Britannique Paul Graham présentera ses séries américaines. Le photographe palestinien Taysir Batniji montrera son travail sur une famille de cousins américains ("Home Away From Home"). Laura Henno revient à Arles avec sa série "Rédemption" sur une ville perdue de Californie, Slap City, refuge de communautés itinérantes et de marginaux. 
Cristina de Middel & Bruno Morais, "Sans titre", de la série "Minuit à la croisée des chemins".  Benin, 2016.  Avec l’aimable autorisation des artistes.

Cristina de Middel & Bruno Morais, "Sans titre", de la série "Minuit à la croisée des chemins".  Benin, 2016.  Avec l’aimable autorisation des artistes.

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Réalité virtuelle et autres spiritualités

Cinquante ans après 1968, "ce qui nous intéresse, c'est faire résonner hier avec aujourd'hui", a expliqué Sam Stourdzé : "Nous sommes de nouveau au cœur d'une période qui fait débat par l'enregistrement systématique de toutes nos données, leur partage et leur circulation. L'avènement de l'homme numérique tout à la fois inquiète et fascine, et chaque jour on annonce un peu plus la victoire de l'intelligence artificielle sur l'intelligence humaine."
 
D'où, le troisième grand thème des Rencontres : l'"Humanité augmentée", qui aborde aussi les nouvelles formes de spiritualité. Mathieu Gafsou s'est penché sur le "transhumanisme", enquêtant aussi bien sur une réalité quotidienne partagée, du stérilet au pacemaker, que sur les aspects les plus "science-fiction" du progrès technologique.
 
L'Espagnole Cristina De Middel et le Brésilien Bruno Morais se sont intéressés à un "esprit" de la tradition Yoruba, Exu. Ils l'ont suivi depuis le Bénin jusqu'au Brésil, Cuba et Haïti. Le Norvégien Jonas Bendiksen, lui, a enquêté sur sept personnages qui se présentent comme le nouveau Christ, au Brésil, en Afrique, au Japon, en Malaisie.
Grozny. Des femmes de ménage nettoient le sang des escaliers du Parlement à Grozny, après que quatre kamikazes se sont fait exploser le 19 octobre 2010, provoquant la mort de trois autres personnes. Avec l'aimable autorisation de Grozny : Neuf villes

Grozny. Des femmes de ménage nettoient le sang des escaliers du Parlement à Grozny, après que quatre kamikazes se sont fait exploser le 19 octobre 2010, provoquant la mort de trois autres personnes. Avec l'aimable autorisation de Grozny : Neuf villes

De Grozny à Cuba

Une section intitulée "Le Monde tel qu'il va" présentera un regard sur la scène contemporaine turque, avec onze photographes. On verra aussi les travaux de trois femmes photographes sur Grozny, ainsi que ceux d'une chinoise, Yingguang Guo, sur des femmes qui cherchent à marier leur fils.
 
A signaler aussi, une exposition de Michael Christopher Brown qui a photographié le cortège funéraire de Fidel Castro à Cuba, un hommage à René Burri, une exposition des chiens de William Wegman (c'est une de ses photos qui a servi à l'affiche du festival).
 
Et aussi une confrontation de regards, avec un dialogue improbable entre Godard et Picasso, "deux personnages qui chacun dans leur discipline ont voulu être les derniers, le dernier peintre et le dernier cinéaste", souligne Sam Stourdzé.
 
Autre rencontre, celle du Pigalle photographié par Jane Evelyn Atwood à la fin des années 1970 et du Barrio Chino de Barcelone par le photographe catalan Joan Colom, dans une série inédite en couleur des années 1980-1990.
Sinzo Aanza (RDC), "Epreuve d'Allégories", 2017 (sélectionné pour le Nouveau prix Découverte d'Arles), Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Galerie Imane Farès.

Sinzo Aanza (RDC), "Epreuve d'Allégories", 2017 (sélectionné pour le Nouveau prix Découverte d'Arles), Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Galerie Imane Farès.

Deux prix "Découverte"

Nouveauté, il y aura deux prix "Découverte" cette année, choisis d'un côté par un jury professionnel, de l'autre par le public, parmi dix candidats sélectionnés sur plus de 200, présentés par des galeries du monde entier.
 
Les Rencontres d'Arles avaient connu en 2017 une fréquentation record, avec 125.000 visiteurs, en hausse de 20% par rapport à l'année précédente. Plusieurs nouveaux lieux seront inaugurés cette année, tandis que d'autres seront agrandis. Le Monoprix, notamment, libère ses anciens espaces de stockage pour le festival, la Croisière et la Maison des peintres proposeront une plus grande superficie d'exposition.

Nouveaux lieux : un temple en bambou

Et l'architecte colombien Simón Vélez, qui ne construit qu'en bambou, édifiera un temple de 1000 m2 de l'autre côté du Rhône, en face d'Actes Sud, à Trinquetaille. Cette construction éphémère accueillera une trentaine de photographies du moine bouddhiste Matthieu Ricard le temps du festival, avant de voyager avec l'exposition.
 
La semaine d'ouverture des Rencontres d'Arles aura lieu du 2 au 8 juillet avec projections, débats, lectures de portfolios, conférences… Les expositions se poursuivront tout l'été jusqu'au 23 septembre.