"La Zone", les bidonvilles des faubourgs de Paris au cœur d'une expo photo

Mis à jour le 18/11/2018 à 22H21, publié le 16/11/2018 à 14H44
Photographe anonymeVue sur la Zone vers la Porte de Clignancourt. Au loin la ville de Saint-Ouen. 
France, vers 1940

Photographe anonyme
Vue sur la Zone vers la Porte de Clignancourt. Au loin la ville de Saint-Ouen.
France, vers 1940

© Courtesy Galerie Lumière des roses

La galerie Lumière des Roses à Montreuil en Seine-Saint-Denis propose une exposition de 150 photos consacrée à "La Zone", cet espace de l'immédiate périphérie parisienne occupée jusque dans les années 70 par des bidonvilles. Les photos ont été collectées dans les administrations et chez des particuliers. Elles émeuvent mais mettent aussi mal à l'aise.

On l'appelait "La zone". Jusqu'en 1970, elle occupait les abords immédiats de la ville de Paris, de l'autre côté des anciennes fortifications, les fameuses fortif's. C'était un habitat de bric et de broc, bidonville où des miséreux, prolétaires français mais surtout familles étrangères, vivaient de petits boulots parfois à la limite de la légalité. Certains y ont passé des dizaines d'années, beaucoup y sont nés et y ont vécu une grande partie de leur vie. Entre les deux guerres mondiales, on y a compté jusqu'à 42 000 habitants.

Reportage : France 3 Paris Île-de-France E. Ferret / I. Audin / M. Chekkoumy / S. Sonder

Les zoniers

On appelait les habitant des "zoniers", une expression qui n'est pas restée dans le vocabulaire commun mais qui a dérivé, au fil des années vers le mot "zonard" qui une connotation plus négative. A l'origine, elle désignait simplement des gens pauvres, habitants de ces bidonvilles, en se métamorphosant, elle s'est alourdie d'une acception plus ancrée dans la délinquance.

Pour ceux qui ont passé une partie de leur vie, notamment leur enfance dans ces conditions de précarité indignes de la société française des années 60, les souvenirs sont mitigés, entre la misère et les moments d'insouciance partagés avec de nombreux autres enfants.

C'était une cabane en bois, mes frères disaient qu'en regardant à travers, on voyait chez le voisin !

Jacqueline Boghossian
enfant à la Zone dans les années 30  


Photographe anonyme
Chiffonnières sur la Zone 
France, vers 1940

Photographe anonyme Chiffonnières sur la Zone France, vers 1940

© Courtesy Galerie Lumière des roses

 

Entre des murs de planches disjointes

Il y aura bientôt 50 ans que "la zone" a disparu. Ses habitants ont pour beaucoup rejoint les grands ensembles des banlieues plus lointaines. La plupart des étrangers qui vivaient là sont devenus français, les enfants sont aujourd'hui sexa ou septuagénaires. Pour beaucoup, ils auront passé les "30 glorieuses" entre des murs de planches disjointes et sans eau courante. L'exposition de Montreuil prouve que c'était hier, alors que dans d'autres quartiers, pas si loin ou par exemple sous le périphérique qui a remplacé les fortifs, d'autres misérables vivent aujourd'hui dans les mêmes conditions, venus de Syrie ou d'Afrique sub-saharienne.