La photographie toujours très minoritaire sur le marché de l'art

Publié le 07/11/2018 à 11H33
Photographies de la collection Gert Elfering en vente chez Christie's à New York (25 avril 1996)

Photographies de la collection Gert Elfering en vente chez Christie's à New York (25 avril 1996)

© Nils Jorgensen / Rex Fe / SIPA

La photographie pèse 1,1% seulement du produit de ventes aux enchères d'objets d'art dans le monde, et 160.000 clichés ont été vendus aux enchères en 2017 pour un total de 163 millions de dollars, selon un rapport d'Artprice, publié mercredi, à la veille de Paris Photo, la grande foire française de la photographie.

A 1,1%, le poids de la photographie dans le produit des ventes aux enchères est inférieur à celui de l'estampe (3,4%) et bien loin du chiffre d'affaires généré par la peinture (74%), la sculpture (11%) ou le dessin (11%), selon le rapport d'Artprice, le leader mondial des banques de données sur la cotation et les indices de l'art, dont l'AFP a l'exclusivité.
 
Souvent recommandée pour entreprendre une collection et gagner une première expérience sur le marché de l'art, la photographie a néanmoins gagné ses lettres de noblesse au XXIe siècle. C'est un long chemin parcouru depuis la toute première photographie réussie par Nicéphore Nièpce à Chalon-sur-Saône en 1826.
 
La photo d'art a obtenu non seulement une nouvelle visibilité à l'intérieur des musées et des galeries, mais aussi grâce aux innombrables prix, concours et foires qui lui sont dédiés.

La reproductibilité bride les prix

Les prix de la photographie restent en grande partie bridés, non seulement à cause de sa reproductibilité toujours plus grande qui dilue son marché, mais également par son utilité souvent double, voire ambiguë : le photojournalisme, la photographie de mode, la photographie d'architecture ou encore la photographie érotique ont longtemps placé la photographie à la frontière de la création artistique, observe le rapport d'Artprice, publié à la veille de Paris Photo.
 
Les tentatives se sont multipliées pour faire définitivement entrer ce médium dans les beaux-arts: André Kertész, Irving Penn, Robert Doisneau, etc. Il a fallu attendre la fin des années 1980 pour que la photographie intègre parfaitement la création contemporaine.
 
A partir de 1990, les ventes de photographies ont connu une croissance exponentielle. "The North American Indian" d'Edward S. Curtis a été la première oeuvre à dépasser le million de dollars aux enchères pour ce support, en 2005. Depuis lors, ce palier a été franchi à 116 reprises, relève Artprice.

Un prix moyen de plus de 10.000 dollars

Le prix moyen, qui avoisinait 5.000 dollars pour une photographie en 1990, atteint aujourd'hui 10.200 dollars, soit plus du double, selon cet expert des cotations sur le marché. Trois artistes dépassent régulièrement le million de dollars aux enchères : les Américains Richard Prince et Cindy Sherman et l'Allemand Andreas Gursky.
 
De nombreux photographes du XXe siècle reviennent aujourd'hui sur le devant de la scène. En 2017, Man Ray a battu par deux fois son record aux enchères. Les nus, notamment ceux de Helmut Newton, d'Edward Weston et de Hannah Wilke, retrouvent également les faveurs des collectionneurs.
 
Les périodes de l'art moderne et de l'après-guerre, remarque Artprice, ne sont pas les stars de ce marché de la photographie. C'est l'art contemporain qui y tient la toute première place avec 49% du chiffre d'affaires mondial.