Décès du photographe franco-iranien Abbas, pilier de l'agence Magnum

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 26/04/2018 à 09H23, publié le 26/04/2018 à 09H15
Le photographe Abbas le 9 juin 1988 à Alger

Le photographe Abbas le 9 juin 1988 à Alger

© AFP

Le photographe français d'origine iranienne Abbas, un des piliers de Magnum, qui a couvert de nombreux conflits et révolutions dans le monde, et qui voulait être celui qui "écrit avec la lumière", est décédé mercredi à Paris à l'âge de 74 ans, a annoncé l'agence.

"C'était un parrain pour toute une génération de jeunes photojournalistes", écrit le président de Magnum, Thomas Dworzak, sur le site de l'agence. "Iranien transplanté à Paris, Abbas était un citoyen du monde qu'il ne cessait de documenter, avec ses guerres, ses désastres, ses révolutions et ses soulèvements", ajoute-t-il.

Sur toutes les guerres et les révolutions

Abbas, qui avait rejoint Magnum en 1981 après avoir travaillé pour les agences Sipa et Gamma, a notamment signé des reportages au Biafra, au Bangladesh, au Vietnam, au Moyen-Orient, en Iran, au Chili, à Cuba et en Afrique du Sud pendant l'apartheid.
 
De 1978 à 1980, Abbas avait couvert la révolution islamique dans son pays, avant de vivre un exil volontaire de dix-sept ans. Une expérience qui l'a conduit à se lancer plus tard dans un projet au long cours sur les grandes religions.
 
Combinant expositions et livres, il s'était d'abord intéressé à la montée de l'islamisme à travers le monde ("Allah O Akbar : un voyage dans l'Islam militant"),  avant de se concentrer sur le christianisme en 2000, puis sur l'animisme, le bouddhisme (2008 à 2010) et l'hindouisme (2013).

Au Mexique comme un romancier

Dans une approche quasi littéraire, Abbas avait également sillonné le Mexique, entre 1983 et 1986, et tenté de décrire les contradictions de ce pays à la manière d'un romancier, en s'intéressant à la société et à la vie quotidienne des habitants.
 
"Quand j'étais petit, j'avais une image héroïque du journaliste qui voyage, va à la guerre, couvre des événements historiques", écrivait Abbas en 2017. Un photographe qui se décrivait comme un "historien du présent", rapporte Magnum.
 
"Abbas était un grand parmi les grands. Son oeuvre est considérable et couvre tant de domaines", a affirmé sur Twitter Pierre Haski, grand reporter et président de RSF.
 
Abbas était "un grand monsieur et un des meilleurs photographes que j'ai connus", a écrit sur Twitter Jean-Francois Leroy, directeur du festival Visa pour l'image de Perpignan.

De grands projets très engagés

"C'est quelqu'un qui avait de grands projets documentaires très engagés, et dans la durée", explique à l'AFP l'historienne de la photographie Clara Bouveresse, auteure d'un ouvrage de référence sur l'agence Magnum.
 
"Son livre sur la révolution iranienne en 1980 était une façon de raconter cet événement en détail avec une séquence, une narration, c'était quelqu'un pour qui la façon d'organiser les images, de les séquencer comptait énormément", souligne-t-elle.
           
"Pour lui, le travail du photographe ne s'arrêtait pas au moment où il appuie sur l'obturateur il se poursuit dans la sélection des images, la relecture de l'oeuvre et dans la production d'un récit", ajoute Clara Bouveresse.
 
En tant que président de Magnum à la fin des années 1990, "il s'était aussi engagé pour que cette coopérative fonctionne en tant qu'entreprise, en tant qu'institution", rappelle encore l'historienne. "Il a beaucoup travaillé récemment, avant sa mort, pour que les archives de l'agence, le patrimoine de Magnum soit préservé."