Décès de l'artiste portugaise Helena Almeida, qui avait mis son corps au centre de son oeuvre

@Culturebox

Journaliste, responsable de la rubrique Arts de Culturebox

Publié le 01/10/2018 à 11H43
Helena Almeida en juin 2003 à Madrid, où elle avait reçu le prix PhotoEspaña

Helena Almeida en juin 2003 à Madrid, où elle avait reçu le prix PhotoEspaña

© Lavandeira JR / EFE / Newscom / MaxPPP

La grande artiste portugaise Helena Almeida, que le public parisien avait pu découvrir à l'occasion d'une rétrospective au Jeu de Paume en 2016, est décédée chez elle à Sintra, près de Lisbonne, à l'âge de 84 ans. Passée de la peinture à la photographie, elle avait mis le corps, son propre corps, au centre de son œuvre.

Sur une photo de 1975, Helena Almeida recouvrait de peinture bleue sa propre image, dédoublée dans un miroir. Son corps concret et physique était un corps universel et devenait lui-même un médium, disait-elle : "J'ai commencé à devenir la peinture, j'ai commencé à devenir mon œuvre, à devenir la chose créée. Et en même temps j'en suis le créateur."
 
Née en 1934 à Lisbonne, fille du sculpteur Leopoldo de Almeida pour qui elle avait l'habitude de poser, elle avait étudié les Beaux-Arts à l'Université de Lisbonne et passé trois ans à Paris, de 1964 à 1967, grâce à une bourse.

En finir avec la peinture

Dans les années 1960, dans des œuvres abstraites, elle explore la matérialité du tableau, le déshabille pour faire apparaître le cadre, la toile glisse du châssis, tombant en plis lourds. "Mon but n'était pas de faire de l'art abstrait, et peu à peu, tous ces éléments sont sortis du tableau. Ensuite la toile a commencé à s'autodétruire. C'était (…) une nécessité d'en finir avec la peinture", disait-elle.
 
 
Puis elle introduit la photographie, qu'elle allie avec la performance, et "devient la peinture" : dans la série "Tela habitada" (toile habitée), elle s'habille d'une grande robe de toile blanche, tenant un cadre sous le menton. Le corps devient alors omniprésent. A travers son œuvre, elle ne cesse d'explorer l'espace, le corps, la maison, le sol…
 
En 1979, elle se met en scène un bâillon sur la bouche et un bandeau sur les yeux, la bouche cousue, sur laquelle elle écrit "Ouve-me" (écoute-moi).

Les limites de la capacité expressive du corps

Plus tard, elle avait intégré dans son travail dessin, photographie, vidéo et chorégraphie, explorant de façon très émouvante les limites de la capacité expressive du corps, de son propre corps, dans toute sa force et aussi sa fragilité : son atelier, qui avait été celui de son père, était devenu l'espace de ses chorégraphies. Au début des années 2000 (elle avait près de 70 ans), elle avait créé la série "Seduzir" où elle montrait son corps fragmenté effectuant des étirements : elle dessinait d'abord des formes, puis elle s'entraînait pour les réaliser. Des œuvres encore où elle était le modèle, un modèle qui fait l'œuvre d'art.
 
Il y a quelques jours encore, Helena Almeida était à Madrid pour inaugurer une exposition de nouvelles œuvres à la Galeria Helga de Alvear, rapporte le journal portugais Observador. Elle y présentait une série intitulée "Dentro de mim" (à l'intérieur de moi), où elle apparaissait, assise sur une chaise, le corps se tordant, entièrement couvert de noir à l'exception des mains ou de l'avant-bras, couvert de rouge. Elle est également à la Tate Modern jusqu'au 4 novembre.
 
Helena Almeida avait eu une grande rétrospective à Paris, au Jeu de Paume, en 2016.