Christine Spengler entre douleur et beauté, tout "L'Opéra du monde" en photos

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 28/05/2016 à 18H29
Christine Sprengler, : "Je suis toujours une femme engagée"

Christine Sprengler, : "Je suis toujours une femme engagée"

© France 2 Culturebox

"L’Opéra du monde", c’est le titre de l’exposition consacrée à la photographe Christine Spengler jusqu’au 5 juin à la Maison Européenne de la Photographie à Paris. Une rétrospective qui retrace ses années en noir et blanc comme journaliste dans les zones de guerre et celles plus lumineuses et colorées dédiées aux êtres qui lui sont chers.

Christine Spengler est comme ses photos. Elle ne peut pas laisser indifférent. Avec sa voix rocailleuse, ses cheveux noirs coupés à la Louise Brooks, ses sourcils dessinés au cordeau et sa bouche rouge sang, elle a composé un personnage baroque et mystérieux. Ceux qui la découvrent aujourd’hui ont du mal à imaginer que cette femme a arpenté avec son appareil photo, la plupart des zones de guerre de la planète : Cambodge, Iran, Irlande, Proche-Orient, Salvador, Rwanda...
 
L'exposition que lui consacre la Maison de la photographie montre bien que les clichés, la vie et la personnalité de Christine Spengler sont multi-facettes, riches de contradictions et - comme un opéra peut l'être- à la fois tragiques et magnifiques  Quatre salles sont consacrées à son travail : deux pour sa période de photojournaliste, avec les clichés  de guerre en noir et blanc, deux autres pour ses "années-lumière" (c’est ainsi qu’elle les nomme), photos des êtres chers transformées en ex-votos kitsch ornés de plumes et de perles.

Reportage : D. Wolfromm / D. Dahan / S. Girbal

https://videos.francetv.fr/video/NI_724647@Culture

Fille de bonne famille alsacienne, Christine Sprengler a grandi à Madrid, chez son oncle et sa tante qui l’ont élevée, elle et son frère Eric, après le divorce de leurs parents (sa mère, Huguette Spengler était une artiste surréaliste renommée). En 1970, c’est avec ce même frère qu’elle part traverser le Sahara pour rejoindre les Toubou, qui se battaient dans le Tibesti, au nord du Tchad, contre l'armée française. Ils passeront 23 jours en prison mais c’est là que Christine réalisa ses premières photos. A leur retour, Eric lui offre son premier Nikon 'exposé à la Maison Européenne de la photographie. "Je crois que je suis née pour ce métier", lui dit-elle alors.
Christine Spengler Combattants Toubous dans le Tibesti, Tchad, 1970 - “Ma premiè © Christine Spengler / Corbis
La suite de sa carrière le confirmera, avec des photos publiées dans tous les grands magazines : ­Paris Match, New York Times, Life, Newsweek... Dans un milieu essentiellement masculin, Christine Spengler impose son regard et devient l’une des photoreporters les plus reconnues et récompensées de son temps.
Femmes palestiniennes pleurant leurs martyrs, Beyrouth-ouest, 1982

Femmes palestiniennes pleurant leurs martyrs, Beyrouth-ouest, 1982

© Christine Spengler / Corbis

Oublier sa douleur dans la douleur des autres

Le suicide de son frère Eric à l’âge de 23 ans a failli la mettre à terre. Comme elle le confie dans une interview à Actuphoto, il lui a fallu un deuil plus grand pour pouvoir survivre. Trois jours après l’enterrement d’Eric, elle partira pour Saïgon, réalisant des clichés qui sont rentrés dans l’Histoire.

Toute cette douleur, la sienne et celle des femmes photographiées en Iran, à Beyrouth ou au Kosovo,  elle va réussir à la transformer en acte créatif. La photoreporter laisse alors place à l’artiste avec ses créations baroques où elle met en scène, elle, sa propre famille, les êtres qui lui sont chers, anonymes ou reconnus (Marguerite Duras, Christian Lacroix, Maria Callas).
"Ma mère, Huguette Sprengler, la dernière des surréalistes, Paris, 2016" - Photomontage d'après un portrait d'Irina Ionesco

"Ma mère, Huguette Sprengler, la dernière des surréalistes, Paris, 2016" - Photomontage d'après un portrait d'Irina Ionesco

© Christine Spengler / Corbis
Des photomontages baroques et hyper colorés qui ne lui font pourtant pas perdre le contact avec les réalités. Sa photo la plus récente a été prise en janvier 2016 dans la jungle de Calais. Celle d’un homme qui sourit dans son abri de fortune.

Une expo et un beau livre

Pour prolonger l'exposition, un ouvrage baptisé lui aussi "L'Opéra du monde" a été édité aux édiitions Le Cherche Midi. Il réunit les deux facettes de l'oeuvre de Christine Sprengler : dans une première partie, ses photos de guerre (la plupart en noir et blanc) ; dans la seconde, ses photos oniriques, entièrement en couleur. L'artiste et photographe a déjà publié plusieurs ouvrages : "Une femme dans la guerre" (éd Ramsay), "Entre la luz y la sombra" (Ed. El Pais Aguilar), "Les Années de guerre" et "Vierges et Torreros" aux éditions Marval. 
Livre Christine Sprengler © Le Cherche Midi
"L'Opéra du monde"
Christine Sprengler 

Ediitions Le Cherche Midi
168 pages
34 euros