Biennale de l'image de Nancy : les éclats du miroir brisé du monde

Par Culturebox @Culturebox
Mis à jour le 02/05/2018 à 12H28, publié le 01/05/2018 à 10H51
Les contrastes de la Turquie à la Biennale internationale de l'image de Nancy.

Les contrastes de la Turquie à la Biennale internationale de l'image de Nancy.

© France3/Culturebox

La Biennale internationale de l'image de Nancy donne à voir jusqu'au 13 mai les photographies d'une cinquantaine de reporters. Du bout du monde au coin de la rue, le grand reportage est au coeur de cette vingtième édition qui habite les espaces de l'ancien site Alstom.

Dans les vastes espaces de l'ancienne usine Alstom, la Biennale internationale de l'image de Nancy juxtapose, jusqu'au 13 mai, des  photographies essentiellement prises par des journalistes. Certains ont couru le monde, comme le Président d'honneur de cette vingtième édition, Philippe Rochot, grand reporter à France 2. D'autres sont photographes de terrain dans des journaux régionaux comme l'Est Républicain ou Vosges-Matin. L'intelligence de la Biennale est là, dans cette diversité : le reportage est grand dès qu'il touche juste.

Reportage France 3 Lorraine : M. Boudiba / L. Dumenil / L. Jacques

https://videos.francetv.fr/video/NI_1227779@Culture

Grands reportages

Les couleurs crues de la série de photographies d'Hubert Sacksteder accentuent l'insolite misère de ces familles philippines qui vivent dans le cimetière de Manille, avec pour toits les mausolées des morts.

Mais la petite fille qui visite pour la première fois la Biennale internationale de l'image de Nancy s'arrête plutôt devant une image saisie pendant un match de football féminin; les joueuses lui semblent danser, elle en est transie d'émotion.

Hubert Sacksteder © Hubert Sacksteder

Nous sommes les archivistes de faits qui n'ont duré qu'un centième de seconde"

Paul Leboeuf
Journaliste-photographe


Denis Freppel en rigole encore. Pourtant son cliché a été pris aux jours les plus noirs de la guerre civile irlandaise qui déchira l'Irlande du Nord  à partir de la  fin des années 60. Un policier est assis dans la rue sur un fauteuil bancal, casqué et abrité par son bouclier, clope au bec. Il  attend les projectiles en même temps que la fin hypothétique du conflit. La fataliste fatigue du flic en dit plus sur cette guerre d'usure que bien des analyses géopolitiques. "La chance vient un peu avec nous, mais pour cela, il faut se déplacer et savoir courir", explique simplement Freppel qui a couvert la guerre du Vietnam et photographié les cimetières à bateaux bretons.

Denis Freppel Londonderry © Denis Freppel

Au-delà de l'actualité

Plus loin, le travail de Christophe Hargoues, mené pendant trois ans dans les chambres d'une résidence pour personnes gravement handicapées. Un environnement où la maladie rend la parole impossible. Reste l'image. Les photographies des personnages se peuplent alors de leur univers fantasmatique, l'irréalité et l'imaginaire supplantent la condition humaine et souffrante. Onze résidents ont participé aux prises de vue, trois ont disparu depuis. Hargoues ne se situe plus dans le champ du journalisme, ses photographies abordent pourtant une réalité tellement difficile à regarder en face.
Christophe Hargoues © Christophe Hargoues