A Visa pour l'image, le photojournalisme regarde le monde en face

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 02/09/2018 à 11H24, publié le 31/08/2018 à 17H16
Visiteurs à une des expositions de Visa pour l'Image, à Perpignan.

Visiteurs à une des expositions de Visa pour l'Image, à Perpignan.

© Mazen Saggar

Depuis ses débuts, Visa pour l'Image regarde le monde tel qu'il est et tel qu'il va, droit dans les yeux. Les crises en tout genre sont donc une fois de plus au centre de la majorité des 25 expositions que présente à partir de samedi 1er septembre le festival international du photojournalisme de Perpignan. Parfois difficile, toujours passionnant.

"On vous montre le monde tel qu'il est, avec ses drames, ses joies et ses problèmes. Et nos informations sont vérifiées, ce qui n'est pas toujours le cas sur les réseaux sociaux", insiste l'emblématique directeur de la manifestation Jean-François Leroy. 
 
Plus de 1.500 photos, 25 expositions, des conférences et rencontres avec des photoreporters venus du monde entier. En plus, "on a réussi à maintenir la gratuité pendant 30 ans, ce n'était pas évident", souligne-t-il. Et le public est au rendez-vous: en moyenne quelque 200.000 visiteurs à chaque édition.

Reportage : A. Richard / F. Savineau / J. Marin / S. Colpaert

Une sélection 2018 eclectique

Si l'année dernière, tous les nominés au Visa d'Or Paris Match News, le plus prestigieux de ce rendez-vous incontournable du photojournalisme, avaient documenté la stratégique bataille de Mossoul en Irak, la sélection 2018 est nettement plus éclectique.

Pour cette 30ème édition, les nominés sont la Française Véronique de Viguerie (The Verbatim Agency pour Time et Paris Match) avec "Yémen: la guerre qu'on nous cache", Khalil Hamra (Associated Press), né de parents palestiniens, avec "Pourquoi Gaza ?", l'Italien Emanuele Satolli (Time), déjà nominé dans cette catégorie en 2017, avec "Gaza Border Killings", et Daniele Volpe, né en Italie, avec "Guatemala, le volcan de feu".
Des Palestiniens tentent de sauver quelques affaires des décombres de leur maison après une frappe aérienne israélienne pendant la nuit. Gaza, 8 juillet 2014. 

Des Palestiniens tentent de sauver quelques affaires des décombres de leur maison après une frappe aérienne israélienne pendant la nuit. Gaza, 8 juillet 2014. 

© Khalil Hamra / The Associated Press

Crise des Rohingyas

La crise des migrants tient toujours le haut de l'affiche avec l'Américaine Paula Bronstein, qui témoigne depuis 2012 des discriminations et persécutions dont est victime la minorité musulmane des Rohingyas. Et aussi sur le même thème, la belle exposition du Canadien Kevin Frayer. 
Palong Khali, Bangladesh, 9 octobre 2017. Des milliers de réfugiés rohingyas ont fui leurs villages, marché pendant des jours et enfin franchi la frontière. Épuisés, ils continuent en traversant des rizières. 

Palong Khali, Bangladesh, 9 octobre 2017. Des milliers de réfugiés rohingyas ont fui leurs villages, marché pendant des jours et enfin franchi la frontière. Épuisés, ils continuent en traversant des rizières. 

© Paula Bronstein / Getty Images

Désastre écologique au Bangladesh

Ne pas manquer également les images stupéfiantes du Belge Gaël Turine sur le désastre écologique qui frappe les cours d'eau traversant Dacca, capitale du Bangladesh et ses 18 millions d'habitants. Chaque jour, quelque 10.000 mètres cubes de déchets toxiques, essentiellement d'origine industrielle, y sont directement évacués.
A Dacca (Bangladesh), le quartier de Keraniganj qui abrite de nombreux ateliers de confection, le lit d’un canal qui se jetait dans la rivière Buriganga est rempli de détritus. L’eau n’atteint plus la rivière en raison de la masse de déchets accumulés tout au long du canal. 

A Dacca (Bangladesh), le quartier de Keraniganj qui abrite de nombreux ateliers de confection, le lit d’un canal qui se jetait dans la rivière Buriganga est rempli de détritus. L’eau n’atteint plus la rivière en raison de la masse de déchets accumulés tout au long du canal. 

© Gaël Turine / MAPS

Ou encore celles du Français Samuel Bollendorff qui a fait un tour du monde de zones contaminées par l'Homme et ses industries chimiques, minières ou nucléaires, "laissant des pans entiers de notre planète souillés en héritage pour les générations à venir".

Tour du monde de la défécation en plein air

Autre sujet peu traité dans les médias et présenté à Perpignan, l'absence de latrines et la défécation en plein air. L'Américaine Andrea Bruce, a quitté les terrains de guerre en Irak et en Afghanistan pour se rendre en Haïti, au Vietnam et en Inde afin de documenter ce fléau sanitaire. Aujourd'hui, près de 950 millions de personnes défèquent encore en plein air, dont 569 millions en Inde où l'eau insalubre et l'absence d'assainissement provoquent maladies et épidémies.
Cap-Haïtien, Haïti. Dans les bidonvilles d’Haïti, la plupart des habitants font leurs besoins dans les ruelles entre les maisons. Les rues sont régulièrement inondées, ce qui favorise le risque de choléra qui s’est propagé dans le pays depuis le séisme de 2010. 

Cap-Haïtien, Haïti. Dans les bidonvilles d’Haïti, la plupart des habitants font leurs besoins dans les ruelles entre les maisons. Les rues sont régulièrement inondées, ce qui favorise le risque de choléra qui s’est propagé dans le pays depuis le séisme de 2010. 

© Andrea Bruce / NOOR Images pour National Geographic Magazine

Afrique(s)

Le festival rend hommage par ailleurs au travail des photojournalistes de l'AFP sur le continent africain avec l'exposition de John Wessels en République Démocratique du Congo, celle de Luis Tato sur les élections au Kenya ainsi que la projection de Mohamed Abdiwahab sur la Somalie. Sans oublier l'hommage rendu à Shah Marai, chef de la Photo à Kaboul, tué dans un attentat en avril.
Une Congolaise blessée par balle et amputée. Depuis août 2016, le conflit dans la province du Kasaï, entre la milice locale Kamwina Nsapu et les militaires de l’armée congolaise, a déplacé plus de 1,4 million de personnes. Tshikapa, RDC, 23 octobre 2017.

Une Congolaise blessée par balle et amputée. Depuis août 2016, le conflit dans la province du Kasaï, entre la milice locale Kamwina Nsapu et les militaires de l’armée congolaise, a déplacé plus de 1,4 million de personnes. Tshikapa, RDC, 23 octobre 2017.

© John Wessels / AFP

 

Précarisation croissante des photojournalistes

Difficile enfin de ne pas évoquer la précarité croissante des photojournalistes, dans un contexte plus général de crise des médias. 
De nombreux photographes ont lancé cet été un cri d'alarme dans une tribune publiée par Libération et signée par des indépendants ou membres d'agences et de collectifs (Raymond Depardon, Bernard Plossu, Françoise Huguier, l'agence Myop, le collectif Tendance Floue). 

"La photographie ne s'est jamais aussi bien portée en France, les photographes jamais aussi mal", relevaient les signataires. La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a présenté plusieurs propositions pour une meilleure rémunération des photographes.Selon elle, "au 1er avril, cette année, on comptait près d'un demi-million d'euros de factures impayées, avec un délai de paiement allant jusqu'à 174 jours".
 
"Visa pour l'image" se déroule à Perpignan du 1er au 16 septembre 2018

Cox’s Bazar, Bangladesh, 1er novembre 2017. Après avoir fui leur village, des réfugiés rohingyas, dont beaucoup avaient déjà marché pendant des semaines, traversent le fleuve Naf à la frontière entre la Birmanie et le Bangladesh.

Cox’s Bazar, Bangladesh, 1er novembre 2017. Après avoir fui leur village, des réfugiés rohingyas, dont beaucoup avaient déjà marché pendant des semaines, traversent le fleuve Naf à la frontière entre la Birmanie et le Bangladesh.

© Kevin Frayer / Getty Images