Vasarely au Centre Pompidou : 5 points à retenir sur un artiste phare des années 1960-1970

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Journaliste, responsable de la rubrique Arts de Culturebox

Mis à jour le 11/02/2019 à 17H33, publié le 07/02/2019 à 12H32
L'exposition Vasarely au Centre Pompidou, un visiteur regarde un tableau intitutlé "Amy" (1967-1968), le 5 février 2019

L'exposition Vasarely au Centre Pompidou, un visiteur regarde un tableau intitutlé "Amy" (1967-1968), le 5 février 2019

© François Guillot / AFP

Victor Vasarely, figure de l'art des années 1960-1970 dont les motifs étaient omniprésents dans l'imaginaire visuel de l'époque et qui fut le père de l'art optique et le promoteur d'un art populaire et universel, n'avait pas eu d'exposition majeure depuis 55 ans. Le Centre Pompidou lui consacre une grande rétrospective. Jusqu'au 6 mai 2019.

Des lignes qui vibrent, en noir et blanc ou en couleur, le logo de Renault, de grandes compositions murales dans le hall de la gare Montparnasse à Paris ou bien des posters, des couvertures de livres, tout le monde a dans la tête un des motifs de cet artiste très populaire dans les années 1960 ou 1970.

https://videos.francetv.fr/video/NI_1359293@Culture

Pourtant, il n'y avait pas eu de grande exposition consacrée à Victor Vasarely (1906-1997) à Paris depuis celle de 1963 au Musée des arts décoratifs. La rétrospective qui vient d'ouvrir au Centre Pompidou, 300 œuvres depuis les débuts de l'artiste d'origine hongroise, répare le relatif oubli dans lequel il était tombé ces dernières années. Voici cinq points forts que l'on peut retenir de l'exposition : 
1
Les motifs caractéristiques de Vasarely étaient déjà présents dès les années 1930
Quand Vasarely a connu le succès il avait autour de 60 ans. On est surpris de voir dès le début de la rétrospective une affiche publicitaire de 1938 ("Mitín") où déjà un damier se gonfle, à la façon des tableaux qui seront célèbres dans les années 1960. De voir ses zèbres aux bandes vibrantes des années 1930 également. De voir une "Fille-fleur" de 1936 inspirée du folklore hongrois, habillée d'une robe aux motifs géométriques colorés qui semblent issus de son futur "vocabulaire plastique".
 
Formé en 1929-1930 au Műhely, école d'arts appliqués à Budapest inspirée du Bauhaus, Vasarely a appris les techniques du design graphique. "Car dans l'esprit du Bauhaus, il s'agit pour l'artiste d'abord d'apprendre un métier, avant de penser à faire de l''art. C'est dans cette forme d'expression que Vasarely met au point un certain nombre de bases de son vocabulaire ultérieur", fait remarquer Arnauld Pierre, co-commissaire de l'exposition. Vasarely s'installe en 1930 à Paris où il travaille comme graphiste dans la publicité, avant de se consacrer à l'art après la guerre. 
Victor Vasarely, "Vega", 1956, Collection particulière, Belgique

Victor Vasarely, "Vega", 1956, Collection particulière, Belgique

© Photo © Centre Pompidou / Philippe Migeat © Adagp, Paris, 2018
2
Il est le père de l'art cinétique ou art optique, dit "op art"
Vasarely introduit le temps et l'instabilité dans l'art abstrait. Quand dans les années 1950 il imagine des tableaux en noir et blanc dont les contrastes produisent des phénomènes optiques, l'œuvre se met à vibrer, clignoter et à scintiller et il faut l'envisager non dans l'instant précis mais dans la durée. Il a inventé là "une forme d'instabilité perceptive, sa grande marque de fabrique", selon les mots d'Arnauld Pierre.
 
"Il a le sentiment d'un réel en mouvement. Il se démarque ainsi du formalisme américain qui imaginait une œuvre saisie en un flash. Vasarely réintroduit le temps dans notre saisie de la peinture", souligne Michel Gauthier, l'autre commissaire de l'exposition. Ces tableaux, "vous ne pouvez pas en fixer l'image. Ce que vous voyez est différent de ce que vous verrez deux ou trois secondes plus tard. Le tableau est instable. C'est cette instabilité fondamentale et la réintroduction du temps dans l'expérience picturale qui est une des caractéristiques fondamentales de l'art de Vasarely".
 
Vasarely a inventé ici l'art optique, ou op art, qui va avoir un succès fou dans les années 1960-1970. Il va faire école.
Victor Vasarely, "Majus", 1967-1968, Collection Lahumière, courtesy Galerie Lahumière

Victor Vasarely, "Majus", 1967-1968, Collection Lahumière, courtesy Galerie Lahumière

© Adagp, Paris, 2018
 
3
Son art abstrait reste connecté au réel et s'inspire de la science
Les œuvres de Victor Vasarely restent toujours connectées au réel, comme ces collages qu'il réalise à partir de microphotographies. "Son abstraction ne sera jamais coupée du réel, un réel visité dans ses dimensions les plus profondes, dans les microstructures de la matière ou dans ses dimensions cosmiques", explique Arnauld Pierre. Ses tableaux en mouvement s'inspirent des particules constitutives de la matière qui bougent, tout comme les corps célestes qui le fascinent également.
 
Parmi ses œuvres les plus connues, les "Vega", damiers carrés de couleurs vives qui semblent partir en trois dimensions sous l'effet de la déformation, portent le nom d'une étoile. Sept originaux ont été rassemblés au Centre Pompidou. On verra aussi une sérigraphie que Vasarely a voulu envoyer dans l'espace et qu'il a réussi à confier en 1982 au spationaute français Jean-Loup Chrétien, qui partait avec une mission soviétique.
Victor Vasarely, "Kalota II", 1960-1964, Collection particulière, Bruxelles

Victor Vasarely, "Kalota II", 1960-1964, Collection particulière, Bruxelles

© Photo © Centre Pompidou / Philippe Migeat © Adagp, Paris, 2018
4
Il crée un alphabet plastique pour créer un art populaire
Au début des années 1960, Vasarely imagine un alphabet plastique, un répertoire de quelques formes de bases déclinées en différentes couleurs. Il s'agit pour lui de mettre à disposition de chacun une espèce d'"esperanto visuel", pour créer un nouvel art populaire, ce qu'il appelle un nouveau "folklore planétaire", percevant très tôt les enjeux liés à la mondialisation. Il ne revendique pas la propriété intellectuelle de son répertoire, il partage ses formes. "A une civilisation mondiale doit correspondre un langage plastique mondial, simple, beau et acceptable par tous. Mieux : utilisable par tous", dit-il.
 
Au cours du temps, il va décliner l'alphabet plastique de différentes façons, sous forme de collage d'une infinité de "gommettes" de papier sérigraphié et découpé dans nombre de nuances, faisant surgir comme des sources lumineuses dans un tableau. Plus tard, il nuancera les couleurs de gris.
 
Il va même réfléchir à une façon d'utiliser l'intelligence artificielle pour créer à partir des éléments de son vocabulaire. Vasarely s'est intéressé très tôt à l'informatique et a travaillé avec IBM sur un projet de production de tableaux qui sera abandonné.
Vue de l'exposition Vasarely au Centre Pompidou : le logo de Renault et la pochette de "Space Oddity" de David Bowie

Vue de l'exposition Vasarely au Centre Pompidou : le logo de Renault et la pochette de "Space Oddity" de David Bowie

© Photo Centre Pompidou, Philippe Migeat
5
Il ne revendique pas la propriété de son art qu'il veut voir se multiplier
Son alphabet plastique, Vasarely le décline à partir des années 1960 sur une quantité de supports. C'est l'époque où il est partout. Sur la pochette du deuxième album de David Bowie, "Space Oddity" (1969), sur la couverture des livres de la collection "Tel" de Gallimard, sur l'hôtel de ville de Maubeuge, le siège social de KLM, sur un décor d'émission de Jean-Christophe Averty. "Il est présent dans la mode, dans les films : tous les films qui veulent montrer qu'ils sont de leur temps, il y a des Vasarely dedans", s'amuse Michel Gauthier. "Il est présent comme aucun autre artiste n'a été présent dans la culture populaire visuelle."
 
L'artiste développe une véritable stratégie du multiple. En héritier du Bauhaus, il remet en question la séparation entre l'art et la vie : il édite des posters en tirage illimité, qui ont décoré les murs de nombreux appartements, ses motifs ornent des sacs, de la vaisselle.
 
"Je ne suis pas pour la propriété privée des créations. Que mon œuvre soit reproduite sur des kilomètres de torchon m'est égal ! Il faut créer un art multipliable", dit Vasarely. D'ailleurs lui-même se dégage rapidement de la réalisation des tableaux. Dès qu'il peut, il a un atelier qui se charge de l'exécution et il se limite à la conception. Il va même jusqu'à comparer ses créations à des partitions musicales, qui peuvent très bien être interprétées par d'autres.
Victor Vasarely, "Zèbres-A", 1938, Collection particulière, en dépôt à la Fondation Vasarely, Aix-en-Provence

Victor Vasarely, "Zèbres-A", 1938, Collection particulière, en dépôt à la Fondation Vasarely, Aix-en-Provence

© Photo © Fabrice Lepeltier © Adagp, Paris, 2018

Reportage Télé : France 3 Paris Ile-de-France, B.Lopez / O. Badin / P. Noublanche