Tableaux suspects : la directrice du musée de Gand suspendue

Mis à jour le 08/03/2018 à 13H46, publié le 08/03/2018 à 13H17
Le musée des Beaux-Arts de Gand (MSK Museum voor Schone Kunsten) le 6 mars 2018

Le musée des Beaux-Arts de Gand (MSK Museum voor Schone Kunsten) le 6 mars 2018

© Jonas Dhollander / Belga Mag / Belga

La directrice du musée des Beaux-Arts de Gand, en Belgique, a été suspendue de ses fonctions de manière "temporaire" par la ville qui lui a retiré sa confiance après l'exposition dans ce musée d'œuvres d'art russes issues d'une collection très controversée.

La suspension de Catherine de Zegher, votée mercredi soir par le collège des échevins (adjoints) et rapportée par la presse belge, a été confirmée jeudi à l'AFP par le cabinet d'Annelies Storms, échevine à la Culture. Il s'agit du dernier rebondissement en date dans ce qui est devenu, en Belgique, "l'affaire Igor Toporovski", du nom d'un collectionneur belgo-russe spécialisé dans l'avant-garde russe, mais qui est controversé dans le milieu de l'art.

Des historiens de l'art avaient alerté sur l'origine "douteuse" de certains tableaux

À la mi-janvier, un groupe d'historiens de l'art avait mis en cause l'origine "hautement douteuse" de 26 œuvres issues de sa collection - signées Malevitch, Kandinsky ou Gontcharova - et intégrées depuis quelques mois au fond du musée des Beaux-Arts (MSK) de Gand.

Leur lettre ouverte, relayée par plusieurs médias, avait eu de l'écho jusqu'en Russie. Des responsables de grands musées du pays, interrogés par l'AFP à Moscou, ont jugé le MSK très imprudent d'avoir accepté d'exposer des tableaux pour certains "clairement faux". Les experts jugent l'avant-garde russe, un mouvement artistique s'étendant de 1890 à 1930, particulièrement exposée à la contrefaçon.

Les œuvres controversées ont d'abord été retirées provisoirement du musée de Gand en vue d'une expertise, puis définitivement remballées fin février, lorsque le contrat de prêt avec la fondation d'Igor Toporovski a été rompu.

Le faux pas de la directrice

Le faux pas de la directrice est intervenu lundi soir quand elle a dû s'expliquer devant des élus et responsables culturels de la ville de Gand, son employeur.

En remontant la genèse du projet d'exposition avec Igor Toporovski, Catherine de Zegher a assuré avoir consulté "deux expertes externes" de l'art russe, qu'elle a nommément citées. Or aucune d'elles n'a jamais été sollicitée par la directrice, comme l'a révélé mercredi le journal flamand De Standaard après les avoir interrogées.

"Nous n'avons pas confiance en Mme de Zegher", en a conclu mercredi soir Annelies Storms, au moment de mettre au vote la décision d'écarter celle qui dirigeait depuis quatre ans le MSK (Museum voor Schone Kunsten) de Gand, musée parmi les plus réputés de Belgique. "La suspension est temporaire le temps que la sérénité revienne au musée", a-t-on précisé jeudi au cabinet de Mme Storms. Catherine de Zegher reste employée de la ville.