Que reste-t-il de Paul Gauguin à Pont-Aven ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 29/10/2017 à 19H38, publié le 29/10/2017 à 16H09
Durant huit ans Paul Gaugin séjourne à Pont-Aven (Finistère) où il crée le mouvement des Nabis, une école et laisse une empreinte artistique indélébile à la ville bretonne

Durant huit ans Paul Gaugin séjourne à Pont-Aven (Finistère) où il crée le mouvement des Nabis, une école et laisse une empreinte artistique indélébile à la ville bretonne

© France 3 / Culturebox / Capture d'écran

Niché à la pointe sud du Finistère, Pont-Aven connaît sa célébrité en partie grâce à Paul Gauguin (1848-1903) qui y séjourna entre 1886 et 1894. Inspiré par les hommes et les paysages, le peintre y forge son style et devient le chef de file de l’Ecole de Pont-Aven et le maître des Nabis.

Il a voyagé à travers le monde, expérimenté des styles de peinture différents, connu la plus grande misère, Paul Gauguin a révolutionné l'impressionnisme à la fin du XIXe siècle grâce à son originalité. C’est à Pont-Aven, en Bretagne, que son art se révèle, il crée même "L'école de Pont-Aven" tant il aime le village du Finistère.

Comment Pont-Aven, est-il devenu une source d'inspiration inépuisable pour Paul Gauguin ? C'est l'enquête du 19/20.

Reportage : M. Berrurier / A. Berthiau / L. Harper / M. Laporte

https://videos.francetv.fr/video/NI_1097589@Culture

En 1886, Gauguin part loin de Paris où il suffoque. À la recherche de la pureté et de la sincérité, la Bretagne lui semble alors l’endroit idéal pour trouver l’inspiration. Elle offre, à moindres frais, au bout du chemin de fer, un dépaysement culturel (la langue, les costumes traditionnels, la ferveur catholique teintée de croyances populaires...). 

De la misère à la gloire : Itinéraire de Gauguin à Pont-Aven

La petite ville de 3 000 habitants conserve bien précieusement toutes les traces laissées par le peintre. En découvrant Pont-Aven, le visiteur ressent le même charme qui a emporté Gauguin en 1886. La rivière qui coule au milieu du village, plusieurs fois représentée en peinture, et tous les lieux que Gauguin fréquentait reviennent dans les toiles du maître. "La pension Gloanec" sur la place rebaptisée au nom du peintre figure comme une maison incontournable de Pont-Aven. Il y séjourne quatre fois et paye sa chambre quand il le peut. "On a retrouvé des lettres qui traduisent l’absence de matériaux, il était extrêmement pauvre", rapporte l’historien André Carion. C'est dans cette pension familiale qu'il croise les artistes Émile Bernard, Paul-Émile Colin, Paul Sérusier, Charles Filiger, Maxime Maufra, Henry Moret, et Ernest de Chamaillard. Ensemble, ils créent "L'école de Pont-Aven". 
Pension Gloannec Pont-Aven © France 3 / Culturebox
Trois sentiers de promenade invitent les visiteurs à parcourir Pont-Aven et Nizon sur les lieux d’inspiration des peintres. Tel un chemin de croix, les parcours sont jalonnés de 21 étapes présentant une reproduction et un double commentaire sur l’œuvre et sur le lieu.

Aujourd’hui, le village est entièrement dédié à Gauguin et à l’école des Nabis. Sur la fontaine de la place de l’Hôtel de Ville trône le buste de Gauguin sculpté par Emile Vaillant. Et puis, il y a le musée de Pont-Aven récemment restauré et rouvert au public. Un écrin pour les peintures de Gauguin.

Paul Gauguin passe son dernier séjour à l’hôtel Gloanec en 1894. Il quitte définitivement la France métropolitaine pour Tahiti puis Hiva Oa, une des îles Marquises où il meurt en 1903.

Les thèmes récurrents de son œuvre bretonne

Parmi les œuvres de Gauguin peintes en Bretagne, plusieurs thèmes abordés à Pont-Aven peuvent apparaître comme le fil conducteur du répertoire breton. Paul Gauguin, cherche à saisir l’âme du pays et de ses habitants, il représente les villageois vêtus en costumes traditionnels. Sur chacun de ses tableaux, les femmes portent tantôt des vêtements de travail, tantôt des habits de cérémonie ou même de deuil.

J’aime la Bretagne : j’y trouve le sauvage, le primitif. Quand mes sabots résonnent sur ce sol de granit, j’entends le ton sourd, mat et puissant que je cherche en peinture

Paul Gauguin
Certains de ces villageois sont particulièrement bien représentés sur "La Danse des quatre bretonnes", "La Ronde des petites bretonnes", "Les Paysannes Bretonnes" ou encore "La Belle Angèle". Cette dernière n’a guère remporté l’enthousiasme de la famille. Aujourd’hui encore les descendants se souviennent  "Les yeux porcins, les mains larges, ils ont réagi tout de suite très négativement", rapporte Jean Le Reste de la famille de La belle Angèle qui est, bien malgré elle, entrée dans la mémoire de la peinture française.
"La Belle Angèle" photo et peinture du modèle 

"La Belle Angèle" photo et peinture du modèle 

© France 3 / Culturebox
C’est à Pont-Aven que Paul Gauguin découvre l’art sacré. En 1889, il peint plusieurs tableaux à thème religieux : "Le Christ Vert" inspiré de la pietà du calvaire de Nizon.
"Le Christ Vert" - Paul Gauguin

"Le Christ Vert" - Paul Gauguin

© France 3 / Culturebox / Capture d'écran
C’est aussi à l’automne 1889 qu’il peint "Le Christ jaune" d’après le christ en bois polychrome du XVIIe de la chapelle de Trémalo. Une sorte d’autoportrait douloureux qui exprime sa souffrance. "Le Christ étant le symbole de la souffrance universelle, de la personne qui est rejetée, Gauguin s’identifie à cette figure de l’exclu et au Christ", analyse l’historienne Catherine. Avec cette œuvre emblématique, il savait cependant que ce sacrifice avait été utile, car il avait le sentiment d’avoir accompli sa vocation.
"Le Christ de Jaune" modèle de la Chapelle Trémalo peint par Paul Gauguin

"Le Christ de Jaune" modèle de la Chapelle Trémalo peint par Paul Gauguin

© France 3 / Culturebox
S'il n'a ni argent ni succès public, c'est à Pont-Aven que Paul Gauguin va peindre ses plus grandes toiles. Malgré les critiques, Gauguin va forger son fameux style. "Personne avant lui n'avait osé utiliser ces grands aplats (...) Ça annonce bien la modernité", explique l'artiste Roger Rode.

L’École de Pont-Aven

Très vite, la petite ville de Pont-Aven en Finistère devient sous influence de Gauguin l’un des centres artistiques les plus en pointe de France. Un groupe de jeunes gens se forme autour de lui : Paul Sérusier, Maurice Denis, Émile Bernard… Beaucoup de ces artistes sont à la recherche d’un nouveau souffle, d’une conception nouvelle de l’art. Les paysages du Finistère, les hommes qui y vivent et la lumière si particulière de la pointe de la Bretagne leur inspirent de grands aplats de couleurs vives, des contours et des formes simplifiés.