Le Louvre expose ses pastels du siècle des Lumières

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Journaliste, responsable de la rubrique Arts de Culturebox

Mis à jour le 14/08/2018 à 11H16, publié le 09/08/2018 à 15H12
Rosalba Carriera, "Nymphe de la suite d'Apollon" (détail), Musée du Louvre

Rosalba Carriera, "Nymphe de la suite d'Apollon" (détail), Musée du Louvre

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado

Après le Petit Palais, c'est au tour du Louvre d'exposer ses pastels, des œuvres datant essentiellement du XVIIIe siècle, une époque où les portraits réalisés avec ces bâtons de couleur ont connu un engouement fou et quelques virtuoses comme Maurice Quentin de La Tour (jusqu'au 10 septembre 2018).

Le Louvre possède une collection exceptionnelle de 150 pastels des XVIIe et XVIIIe siècles, la plus importante du monde occidental, fait valoir le musée, qui a fait restaurer ces œuvres fragiles réalisées avec des bâtonnets de craie ou de plâtre mélangé à des pigments minéraux, organiques ou végétaux et solidifiés grâce à un liant, en général fait de gomme arabique.
 
A l'occasion de la parution de l'inventaire de sa collection de pastels, le Louvre en expose 120.
Quentin de La Tour "La marquise de Pompadour", musée du Louvre

Quentin de La Tour "La marquise de Pompadour", musée du Louvre

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Laurent Chastel

Le XVIIIe, âge d'or du pastel

S'il a été utilisé en Italie et en France à partir de la fin du XVe siècle, la vogue du pastel commence au XVIIe siècle et cette technique, entre dessin et peinture, connaît son âge d'or au XVIIIe. Il sert d'abord à rehausser des portraits dessinés mais, à la fin du XVIIe, ce sont des œuvres entières qui sont réalisées avec ces crayons.
 
Le pastel plaît pour ses couleurs, son rendu de la chair et des matières. Il est utilisé à l'époque pour des portraits, généralement de taille moyenne, parfois de grande dimension voire très grande, comme le magnifique portrait de la marquise de Pompadour par Maurice Quentin de La Tour, un artiste qui est sans conteste le plus grand virtuose du pastel. On le surnommait d'ailleurs "le prince des pastellistes". Il représente la favorite de Louis XV dans une somptueuse robe en soie aux motifs végétaux. Assise à une table, elle feuillette une partition devant l'Encyclopédie et l'"Esprit des lois" de Montesquieu, alors qu'une guitare est posée sur un fauteuil derrière elle.
Rosalba Carriera, "Nymphe de la suite d'Apollon", musée du Louvre

Rosalba Carriera, "Nymphe de la suite d'Apollon", musée du Louvre

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado


La Vénitienne Rosalba Carriera lance la mode du pastel à Paris

Le plus souvent, les portraits sont réalisés sur un fond uni. L'exposition s'ouvre sur une étude de Le Brun d'après le visage de Louis XIV. C'est lui qui a formé Joseph Vivien (1657-1734) : ce dernier développe et popularise la technique à la fin du XVIIe, obtenant de nombreuses commandes de la famille royale.
 
C'est une Vénitienne, Rosalba Carriera, qui lance véritablement la mode du pastel  en France quand elle séjourne en 1720-1721 à Paris où on se bouscule pour lui commander des portraits. Ses représentations vaporeuses de jeunes femmes en bleu, pleines de grâce et de fraîcheur, l'œil vif et des fleurs dans les cheveux, ont un succès fou.
 
Il y a le formidable autoportrait "à l'abat-jour et aux lunettes" de Chardin qui se met au pastel à la fin de sa vie.
Chardin, "Autoportrait à l'abat-jour et aux lunettes", musée du Louvre

Chardin, "Autoportrait à l'abat-jour et aux lunettes", musée du Louvre

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado-jpg

Maurice Quentin de La Tour, virtuose du pastel

Mais le maître du pastel, c'est Maurice Quentin de La Tour. Il se représente lui-même sous des traits sympathique et souriants. Il sait merveilleusement saisir la personnalité de ses modèles : l'autorité tranquille de Philibert Orry, comte de Vignory et ministre, la douceur de la reine Marie, le sourire chaleureux de Marie-Louise Gabrielle de La Fontaine Solare de La Boissière. Il rend avec maestria les détails de la fourrure d'un col, d'une étoffe ou d'une dentelle. Son portrait de Louis XV est jugé tellement ressemblant qu'il sert de modèle à d'autres artistes.
 
Si les commanditaires sont généralement des aristocrates, les portraits de bourgeois sont de plus en plus fréquents quand on avance dans le siècle. Un autre pastelliste de talent, en concurrence avec de La Tour, Jean-Baptiste Perronneau réalise des portraits aux couleurs subtiles de la société des Lumières et des notables de province, tandis que Joseph Ducreux dessine une vieille dame du peuple ou un directeur de journal.
Maurice Quentin de La Tour "Jean Le Rond d'Alembert", musée du Louvre

Maurice Quentin de La Tour "Jean Le Rond d'Alembert", musée du Louvre

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado-jpg

Quatre femmes à l'Académie

Quelques femmes sont aussi présentes dans les collections du Louvre : si elles sont nombreuses à pratiquer le pastel, quatre artistes femmes seulement sont admises à l'Académie royale, comme Marie-Suzanne Giroust, reçue en 1770 grâce à son portrait virtuose du sculpteur Jean-Baptiste Pigalle, dont Diderot apprécie la couleur "belle et vigoureuse". Elisabeth Louise Vigée Le Brun aussi, plus connue pour ses huiles, a été initiée au pastel par son père Louis Vigée, un autre spécialiste de la technique.
 
Après cet engouement, le succès du pastel s'éteindra au profit de la miniature. Il renaîtra dans la deuxième moitié du XIXe siècle, avec les paysages de Jean-François Millet, puis avec Odilon Redon, Edgar Degas, Mary Cassatt, Berthe Morisot, Auguste Renoir entre autres.
Jean-Baptiste Perronneau, "Marie-Anne Huquier tenant un petit chat", musée du Louvre

Jean-Baptiste Perronneau, "Marie-Anne Huquier tenant un petit chat", musée du Louvre

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado