"Jakuchu, le royaume coloré des êtres vivants" : encore une semaine pour admirer le maître japonais

Par @Culturebox
Mis à jour le 05/10/2018 à 10H08, publié le 02/10/2018 à 13H01
Précieusement conservées dans les réserves impériale du Japon, c'est la première fois que les oeuvres de Jakuchu sont présentées en Europe.

Précieusement conservées dans les réserves impériale du Japon, c'est la première fois que les oeuvres de Jakuchu sont présentées en Europe.

© Agence de la Maison impériale

Depuis le 15 septembre, le Petit Palais, à Paris, accueille une exposition unique : "Jakuchū, le royaume coloré des êtres vivants". Dans le cadre des "Japonismes 2018", ces magnifiques rouleaux de soie du maître du XVIIIe siècle ont été exceptionnellement prêtés par les réserves impériales de Tokyo. Un peintre quasiment inconnu en France mais qui attire les foules.

Dès le premier regard, l’oeil est saisi. Saisi par ce souci du détail, ces couleurs vives et ces animaux qui semblent se mouvoir sur l’écrin de soie. Itō Jakuchū fascine quiconque observe ses oeuvres. Né en 1716, il est considéré comme l’un des plus grands artistes japonais de l'histoire.

Un artiste redécouvert

Pourtant son nom est quasi-inconnu en Europe et en France. Et même au Japon. L'artiste a été redécouvert il y a une dizaine d'années après une campagne de restauration des oeuvres exposées au Petit Palais. Cet ensemble monumental est considéré comme le chef d'oeuvre de Jakuchū. Précieusement enroulés dans des boîtes en bois, et conservés dans les réserves de la collection de l’Agence de la Maison impériale du Japon, les rouleaux de soie ne voient le jour que très rarement. Ils n’ont quitté le Japon qu’une seule fois, en avril 2012, pour être présentés à la National Gallery de Washington. Ce qui explique aussi leur incroyable état de conservation. C'est leur premier voyage en Europe.

30 oeuvres merveilleuses exposées un mois seulement

L'exposition ne dure qu’un petit mois en raison de la très grande fragilité des œuvres. "Voir cet ensemble est un évènement exceptionnel car ces rouleaux ne seront pas exposés avant trois ans, même au Japon", rappelle Manuela Moscatiello, responsable des collections japonaises au musée Cernuschi et commissaire de l'exposition. Inaugurée par le prince impérial du Japon, elle s'inscrit dans les festivités du 160e anniversaire des relations franco-japonaises.
La conservation des rouleaux dans des boites explique la grande qualité de conservation des oeuvres de l'artiste.  

La conservation des rouleaux dans des boites explique la grande qualité de conservation des oeuvres de l'artiste.  

© Agence de la Maison impériale

Bestiaire fantastique 

Oiseaux, coqs, poissons, arbres… Présenté dans des caissons lumineux, un véritable bestiaire s'offre au visiteur. Une nature représentée par une incroyable finesse du trait et aux couleurs étonnement vives grâce notamment à la pose de pigments sur l’envers du tissu. La maîtrise de la peinture sur soie est inouïe. La surface extrêmement fragile ne permet pas d'esquisse. Tout est réalisé d'un seul jet. L'erreur n'est pas tolérée. "Jakuchū est un autodidacte, il a travaillé auprès d'un artiste de l'école académique nippone mais a rapidement décidé de trouver sa voie en représentant la nature", explique Manuela Moscatiello.
Parmi tous les animaux observés, Jakuchu était particulièrement fasciné par les coqs.

Parmi tous les animaux observés, Jakuchu était particulièrement fasciné par les coqs.

© Agence de la Maison impériale
Inspirée de la peinture chinoise du XIe et XIIe siècle, la représentation de la faune et de la flore est quasi-scientifique. Certains rouleaux comportent plus de cents espèces. Comme une peinture de Bruegel, l'œil passe de longues minutes à scruter le moindre détail, la moindre petite bestiole cachée derrière un feuillage. Apparait alors la seconde facette de Jakuchū : un univers presque fantastique où les perspectives sont inversées, les motifs très géométriques. "Il y a toujours un élément improbable chez cet artiste", renchérit la spécialiste.

Exposée en face de ce bestiaire, une triade bouddhique de Jakuchū illustre son grand attachement à la spiritualité. 
Très attaché au Bouddhisme l'artiste choisit de donner son chef d'oeuvre au monastère Shōkoku-ji, accompagné de cette triade bouddhique intitulée "Shaka Sanzon-zō".

Très attaché au Bouddhisme l'artiste choisit de donner son chef d'oeuvre au monastère Shōkoku-ji, accompagné de cette triade bouddhique intitulée "Shaka Sanzon-zō".

© Agence de la Maison impériale

40 000 visiteurs en 15 jours 

Faire venir un maximum de visiteurs sur un temps d'exposition restreint, qui plus est pour un artiste inconnu du grand public, le défi était de taille. "J'étais très inquiète", confie Manuela Moscatiello. Une crainte rapidement levée. Les chiffres de fréquentation dépassent toute espérance. Près de 3 000 visiteurs par jour, et 40 000 en 15 jours, soit davantage que l'exposition "Les impressionnistes à Londres." Le bouche-à-oreille fonctionne à plein !

"Le public a saisi le caractère exceptionnel de l'événement et a largement contribué à la réussite de cette exposition", salue la responsable des collections japonaises du Musée des Arts de l'Asie de Paris. Le chef-d'oeuvre de Jakuchū est à admirer jusqu'au 14 octobre. Avant de retourner dans les réserves impériales de Tokyo.