Faire voyager la Joconde ? Trop risqué, soulignent les experts

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox

Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox

Publié le 02/03/2018 à 09H44
La Joconde de Léonard de Vinci (détail)

La Joconde de Léonard de Vinci (détail)

© C2RMF / Wikipedia

Déplacer la Joconde, comme l'envisage la ministre de la Culture Françoise Nyssen, serait une entreprise trop risquée, selon les experts, pour un chef-d'œuvre âgé de 400 ans, si fragile, une icône absolue du Louvre et la tableau le plus célèbre du monde.

La ministre de la Culture a indiqué jeudi qu'elle allait "étudier sérieusement" un déplacement de ce tableau du début du XVIe siècle dans le cadre d'un "grand plan d'itinérance" d'œuvres d'art. Elle a rencontré jeudi le président du Louvre Jean-Luc Martinez.

Présentée depuis 2005 derrière une vitre blindée, protégée par un caisson spécial où l'humidité et la température sont contrôlées, "La Gioconda" au célèbre "sourire" voit défiler chaque année des millions de personnes, majoritairement asiatiques. Elle est, avec la Vénus de Milo et la Victoire de Samothrace, l'un des incontournables du plus grand musée du monde (8,1 millions de visiteurs).

Un tableau peint sur un mince panneau de bois

Le Louvre a depuis longtemps affirmé qu'un éventuel déplacement de Mona Lisa risquerait de causer des dommages irréversibles à cette œuvre peinte à l'huile sur un mince panneau de peuplier de 77 cm de haut sur 53 cm de large. Avec le temps, le panneau s'est courbé et présente une fente, visible sur le tableau et qui atteint presque le visage.

Pour le Louvre, La Joconde est l'une des œuvres qui ne pourront plus être déplacées, même à l'intérieur du musée. Ainsi elle ne sera pas exposée dans le cadre de la grande rétrospective que le musée organisera en 2019 pour le cinquième centenaire de la mort de Léonard de Vinci.

Ses précédents voyages : Japon, Russie, USA entre 1964 et 1974

La Joconde, dont l'histoire ancienne est très mal documentée, n'a pas quitté la Salle des États depuis 1974, année où elle a été exposée au Japon (après un court séjour à Moscou).

Dix ans plus tôt, elle avait traversé l'Atlantique, à l'instigation d'André Malraux, alors ministre de la Culture, et au grand dam des conservateurs du Louvre, obligeant le général de Gaulle à trancher. 1,6 million d'Américains se déplaceront pour admirer, souvent après plusieurs heures d'attente, le portrait supposé de Mona Lisa, exposé pendant trois mois au total, d'abord à la National Gallery of Art à Washington, puis au MoMA de New York.

Le tableau a subi un vol en 1911

Ce tableau a connu un épisode dramatique en 1911 lorsqu'il est dérobé par un ouvrier italien aux motivations confuses. la Joconde était loin d'être la star qu'elle est aujourd'hui et sa disparition n'est signalée que plusieurs jours après le vol. Elle sera retrouvée en bon état deux ans plus tard.

Le Louvre possède quatre autres tableaux de Vinci. Trois d'entre eux, la "Sainte Anne", "La Belle Ferronnière" et "Saint-Jean Baptiste" ont été restaurés pendant une période de six ans.

La Joconde conserve plein de mystères

À quand le tour de "La Joconde" ? "Ce n'est pas d'actualité", répondent invariablement les responsables du musée. À l'instar de son auteur, génie de la Renaissance dont on sait peu de choses, l'histoire de La Joconde n'est pas simple : "ni l'identité du modèle, ni la commande du portrait, ni le temps pendant lequel Léonard y travailla, voire le conserva, ni encore les circonstances de son entrée dans la collection royale française ne sont des faits clairement établis", affirme Le Louvre.

Il s'agirait du portrait de Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo, marchand d'étoffes florentin, dont le nom féminisé lui valut le "surnom" de Gioconda. Léonard l'aurait emporté avec lui en France. À sa mort, le tableau serait entré dans la collection de François Ier.

Françoise Nyssen justifie son projet "grand plan sur l'itinérance" par la nécessité de "lutter contre la ségrégation culturelle", l'un de ses objectifs politiques. Aux fortes réticences des conservateurs et experts sur un éventuel déplacement, elle répond : il y a eu "la même réaction quand on a proposé de sortir la Tapisserie de Bayeux". L'Elysée a décidé de prêter cette tapisserie à la Grande-Bretagne en 2022 à l'occasion d'importants travaux de restauration du musée qui l'abrite.