"Entre racines et horizon" : 9 artistes pieds-noirs racontent leur Algérie

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/04/2018 à 16H22, publié le 10/04/2018 à 10H25
90 toiles qui nous replongent dans l'Algérie des années 60, avant l'exode de milliers de pieds-noirs.

90 toiles qui nous replongent dans l'Algérie des années 60, avant l'exode de milliers de pieds-noirs.

© France 3 Culturebox (capture d'écran)

"Entre racines et horizon", c’est le titre d’une exposition proposée jusqu’au 22 avril à la villa Aurélienne, à Fréjus. A travers 90 oeuvres, neuf artistes d’origine pieds-noirs partagent leur vision d’une Algérie, celle de leur enfance ou celle de leurs parents. Pour tous, l’émotion et l’attachement sont les mêmes pour évoquer cette terre qui abrite leurs racines.

Elles/ils sont peintres, sculpteurs ou photographes. Ils ne se connaissent pas mais partagent un point commun : leurs racines sont là-bas, en Algérie. Josette Jomaray, Chantal Rombi, Jean-François Galéa, Nicole Guiraud, Joss Chatel ou encore Gaby Casini et Josette Spiaggia, Pierre Gimenez, et Marie-Claude San Juan sont tous des enfants d’Algérie.
 
Cinquante-six ans après l’exode qui a conduit leurs parents ou leurs proches à venir vivre en France, le regard de ces artistes en dit long sur le lien qui les unit à ce pays où certains ont passé une partie de leur enfance.

Reportage : France 3 Côte d'Azur - B. Persia / E. Felix / J. Juvigny

https://videos.francetv.fr/video/NI_1217077@Culture

Exorciser les drames

C’est le cas de Nicole Guiraud. Née en Algérie en 1946, elle vient d’avoir 10 ans quand elle perd son bras gauche dans l’attentat du Milk Bar à Alger, le 30 septembre 1956. Elle venait manger une glace avec son père quand la bombe posée par une militante du FLN âgée de vingt-deux ans, explose, faisant de huit à douze morts selon les sources et une douzaine de blessés.  Le père de Nicole restera sourd à vie du fait de la déflagration. Quant à Nicole, dont le visage fit le tour des journaux à l’époque, elle dut subir plusieurs opérations (on peut lire le témoignage de Nicole en 2008 ici). Ce drame et ces douleurs, elle les a exorcisés dans l’art en devenant plasticienne : 

C’est le miracle de l’art qui permet d’exprimer des choses terribles qu’on sublime. C’est la résilience. On arrive à vivre avec et à donner aux autres aussi."

Une des toiles de Nicole Guiraud, dans laquelle l'artiste évoque la tragédie du Milk Bar (détail).

Une des toiles de Nicole Guiraud, dans laquelle l'artiste évoque la tragédie du Milk Bar (détail).

© France 3 Culturebox (capture d'écran)

Raconter l'Algérie des parents

Si certains ont gardé en mémoire leur enfance à Alger, Mostaganem ou Oran, d’autres ne se souviennent de l’Algérie qu’à travers le récit de leurs parents. C’est le cas de Chantal Rombi dont les toiles abstraites évoquent la Méditerranée : "Des souvenirs, j’en ai très peu, sinon  ce que mes parents m’ont raconté de l’Algérie, surtout les paysages, magnifiques, et la beauté de la mer. Tout était ramené à la beauté de cette mer que j’essaie de retracer dans mes toiles."

Une des toiles présentées par Chantal Rombi (détail)

Une des toiles présentées par Chantal Rombi (détail)

© France 3 Culturebox (capture d'écran)
L’exposition n’a pas vocation à réécrire l’histoire ou à évoquer la guerre qui ensanglanta le pays pendant plusieurs années. L’idée c’est d’apporter un témoignage sur la vie de l’Algérie durant cette période. Autour de ces créations contemporaines, le public pourra ainsi découvrir des documents iconographiques, des écrits d’époque, des conférences (3 au total du 10 au 20 avril) ainsi qu'une lecture autour de textes sur la guerre, qui vont donner à cette exposition un caractère historique et sociologique. Une façon pour les participants de garder vivante l'histoire des pieds-noirs et de participer au devoir de mémoire.