Alexandre Ouairy : le peintre français qui a réussi sous une identité chinoise

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 03/05/2016 à 15H03
Alexandre Ouairy devant les oeuvres de son double chinois Tao Hongjing

Alexandre Ouairy devant les oeuvres de son double chinois Tao Hongjing

© GREG BAKER / AFP

C'est une histoire assez insolite, le peintre nantais Alexandre Ouairy a réussi sa carrière grâce à un pseudonyme chinois. Ainsi, Tao Hongjing, artiste contemporain multi-exposé à Tokyo, Paris ou New York a dopé sa côte en dupant tout le marché de l'art. L'aventure du double aura duré dix ans et permis à l'artiste de se bâtir une notoriété.

Avoir un pseudonyme pour un artiste est plutôt commun, ce qui l'est moins, c'est se faire passer pour un autre et ainsi duper le marché de l'art.

C'est ce qu'a fait Alexandre Ouairy, un peintre nantais dont les ventes ne décollaient pas, ni en Europe ni en Chine.

Suite à un voyage à Shangai en 2000, il décide de changer de nom et de se faire passer pour un artiste chinois. Tao Hongjing crée et remporte alors un certain succès dans l'Empire du milieu et à travers le monde. 

Reportage : Stéphanie Pasgrimaud et Boris Vioche

https://videos.francetv.fr/video/NI_693723@Culture

L'imposture qui rapporte 

En quelques mois, Alexandre Ouairy-Tao Hongjing et son galeriste voient la tendance s'inverser.  "On vendait une ou deux œuvres par mois, contre une ou deux par exposition avant.". Pour ajouter encore au mystère de l'artiste de génie, Alexandre Ouairy reste dans l'ombre, c'est son galeriste chinois qui répond aux interviews des journalistes.
Le véritable Tao Hongjing, philosophe chinois du Ve siècle après J-C qui a inspiré Alexandre Ouairy

Le véritable Tao Hongjing, philosophe chinois du Ve siècle après J-C qui a inspiré Alexandre Ouairy

© DR

Et  le prix de ses créations explose, atteignant près de 30 000 euros pour une sculpture quand une sérigraphie ne se vendait que 220 euros à ses débuts. 

Pendant 10 ans il vit en Chine, s'imprègne de la culture asiatique et surfe sur la vague des artistes montants de Shangai. "Les artistes chinois sont devenus extrêmement chers grâce à l'engouement des collectionneurs. Il y a un côté spéculatif", conçoit-t-il
Gravure authentique de Tao Hongjing

Gravure authentique de Tao Hongjing

© France 3 / Culturebox / capture d'écran

Alexandre Ouairy à découvert

Alexandre Ouairy, 36 ans, est originaire de Nantes et a été formé aux Beaux-Arts à Grenoble. Après son aventure chinoise, l'artiste n'a plus de double. Il a laissé tomber les sculptures inspirées du bouddhisme ou les peintures sur papier de riz et son art est reconnu en tant que tel. Une évolution qu'il a mûri lors de son séjour en Chine.

Installations, néons, sculptures, tableaux, l’oeuvre de Tao Hongjing est multiple. Elle questionne les codes artistiques asiatiques et les changements économiques qui affectent la Chine. 
TITANIUM NIM  Aquarelle sur papier d'art.  72x72cm. 2014.

TITANIUM NIM  Aquarelle sur papier d'art.  72x72cm. 2014.

© Courtesy of the Artist and ifa gallery

Aujourd'hui Alexandre Ouairy a acquis une réputation honorable et expose à Paris, Bruxelles, New York ou Shanghai. "L'art conceptuel, mon domaine, suscite beaucoup plus d'intérêt qu'il y a dix ans, les différences culturelles s'étant estompées entre Chinois et étrangers. J'ai désormais acquis une notoriété suffisante", déclarait-il à l'AFP en novembre 2015. 

Alexandre Ouairy expose actuellement ses oeuvres au Art Museum of Nanjing, Nanjing (Chine), et un solo show ouvrira à Ifa gallery de Bruxelles vendredi 13 mai 2016

L'engouement pour les artistes contemporains chinois

Près de 17 créateurs chinois figurent dans le top 50 mondial de l’art sur la période juillet 2014-juin 2015, si l’on en croit une étude du cabinet Artprice. Les artistes venus de l’Empire du Milieu représentent à eux seuls 21 % des recettes mondiales, talonnant les Américains qui caracolent à 39 %.