"Outside In": quand des artistes britanniques à la marge accèdent à la notoriété

Par @Culturebox
Publié le 19/01/2018 à 18H20
Exposition "Outside In : Journeys" chez Sotheby's à Londres, le 11 janvier 2018. Ici James Lake, "Running figure" (2012)

Exposition "Outside In : Journeys" chez Sotheby's à Londres, le 11 janvier 2018. Ici James Lake, "Running figure" (2012)

© Guy Bell/Shutterstock/SIPA

De la prison ou l'hôpital psychiatrique aux grandes maisons d'enchères : une association, "Outside in", aide des artistes en marge à se faire un nom et entend bien bousculer ainsi le monde de l'art. Une trentaine parmi ces artistes souvent catalogués "art brut", ont été exposés ce mois-ci dans la prestigieuse salle de ventes Sotheby's, à Londres.

Créée à la galerie Pallant House dans le sud de l'Angleterre, il y a un peu plus de dix ans, "Outside in" est devenue une association indépendante qui soutient actuellement plus de 2.600 artistes. 

Travail intuitif

"Outside in aide des artistes qui rencontrent des obstacles pour accéder au monde de l'art. Cela peut être un trouble mental, un handicap, un problème de santé, la pauvreté...", a expliqué à l'AFP le directeur de l'association, Marc Steene.
Exposition "Outside In : Journeys" chez Sotheby's à Londres, le 11 janvier 2018. Ici Ian Sherman, "Monument to time", 1997.

Exposition "Outside In : Journeys" chez Sotheby's à Londres, le 11 janvier 2018. Ici Ian Sherman, "Monument to time", 1997.

© Guy Bell/Shutterstock/SIPA
En janvier, une trentaine d'entre eux ont pu être exposés dans la prestigieuse salle de ventes Sotheby's, à Londres. "Dans cette exposition, vous verrez des artistes dont le travail vient du coeur, est purement intuitif, ou avec lequel ils essaient de résoudre des problèmes personnels", a-t-il décrit à l'AFP dans les locaux de Sotheby's. "Le lien entre ces artistes et leurs oeuvres est très puissant".

Art mûri en prison

Parmi ces oeuvres, une femme nue, accroupie, jette un regard perçant derrière son smartphone. Ce dessin en noir et blanc est celui de Dannielle Hodson, 37 ans. "Je fais beaucoup de portraits, je travaille avec spontanéité et automatisme", explique doucement cette Anglaise, installée à Londres depuis vingt ans. Son travail "parle toujours de liberté, ça vient aussi peut-être de mon histoire" ajoute-t-elle.
Exposition "Outside In : Journeys" chez Sotheby's à Londres, le 11 janvier 2018. Ici Dannielle Hodson : "The Flasher" (à gauche) et "like me" (à droite).

Exposition "Outside In : Journeys" chez Sotheby's à Londres, le 11 janvier 2018. Ici Dannielle Hodson : "The Flasher" (à gauche) et "like me" (à droite).

© NIKLAS HALLE'N / AFP
Elle a entendu parler de l'association en 2008 alors qu'elle "griffonnait" entre les quatre murs d'une cellule de prison. "Quand vous êtes en prison, ou dans une institution, vous n'êtes pas connecté au monde extérieur", raconte-t-elle. "Sans formation et expérience, c'est difficile de trouver un endroit pour ses oeuvres". Dannielle Hodson a remporté un concours organisé par Outside in. A sa sortie de prison, elle exposait pour la première fois. "Je faisais quelque chose que j'aimais et j'étais payée pour cela", se rappelle avec bonheur la trentenaire, qui se consacre désormais entièrement à son art.

"Bousculer la culture"

Outside in se targue d'avoir aidé des artistes à percer, comme Albert, exposé pour la première fois en 2009 et dont le travail "figure maintenant dans des collections très importantes comme la collection ABCD / Bruno Decharme à Paris", qui rassemble des pièces d'art brut, souligne Marc Steene. C'est le cas aussi de Manuel Bonifacio, 70 ans, qui fréquente un centre de jour pour adultes souffrant de troubles de l'apprentissage, où il crée de manière prolifique dessins, peintures et céramiques.

"Parce que nous avons amené son travail dans des lieux très importants, ses oeuvres sont maintenant dans la Collection de l'Art Brut, à Lausanne (Suisse)", se félicite Marc Steene.
Outside in aide les artistes à exposer leurs oeuvres, à monter un site internet, et les soutient dans leurs démarches. "Il y a tellement de risques d'exploitation, ils risquent de ne pas réaliser quelle valeur leur art peut avoir", souligne Marc Steene, lui-même artiste. Avec Outside in, "ce que nous essayons de faire, c'est de bousculer la culture, d'élargir son horizon", affirme le directeur.

Carlo Keshishian, qui exposait à Sotheby's une peinture intitulée "Un millier de mots", faite de centaines de lettres enchevêtrées, raconte que l'association l'a "aidé à gagner confiance en lui" et lui a ouvert de nombreuses "opportunités". "Je me suis retrouvé à parler devant des centaines de personnes, j'ai rencontré de nombreux artistes, conduit des ateliers d'art (...) entre autres choses que, sans leur soutien, j'aurais eu du mal à accomplir". Parmi les artistes soutenus, beaucoup de styles différents, mais une chose que Dannielle Hodson "retrouve chez tous: la volonté de faire de l'art malgré les circonstances."