"Retour au meilleur des mondes", le clin d’œil du Frac Auvergne à Aldous Huxley

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 10/08/2016 à 12H05
Une quarantaine d'oeuvres de la collection du Frac Auvergne sont exposées.

Une quarantaine d'oeuvres de la collection du Frac Auvergne sont exposées.

© capture d'écran France 3 / Culturebox

"Retour au meilleur des mondes." C’est le nom de l’exposition collective du Fonds Régional d’Art Contemporain (FRAC) d’Auvergne qui réunit une quarantaine d’œuvres de sa collection. Il s’agit d’un clin d’œil à l’auteur de science-fiction Aldous Huxley, à voir jusqu’au 2 octobre à Clermont-Ferrand.

En 1931, l’auteur de science-fiction britannique publie "Le Meilleur des mondes", un roman dans lequel il imagine une société qui utiliserait la génétique et le clonage pour contrôler les individus. Trente ans plus tard, en 1958, il écrit un essai intitulé "Retour au meilleur du monde", dans lequel il constate que ses prévisions étaient justes. L’exposition organisée par le FRAC réunit des œuvres multiples de différents artistes qui se posent les mêmes questions posées par Aldous Huxley.

Reportage : V. Mathieu / L. Pastural / B. Courtine

https://videos.francetv.fr/video/NI_774193@Culture

 

Des retouches historiques

Qu’ils soient visionnaires ou témoins privilégiés, les artistes s’inspirent souvent de l’histoire. Par exemple, l’artiste française Agnès Geoffray manipule les images d’archives et leur donne une autre réalité. Sur une photo, il y a une gueule cassée de la Guerre 14-18 et sur la photo modifiée d’à côté, elle lui a réparé le visage.

Autre "manipulation", une femme nue lynchée par le peuple à la libération, à qui elle a rajouté une robe. "Sur cette photo qui est très connue, elle rhabille la femme, elle lui redonne de la dignité", explique Jean-Charles Vergne, directeur du Frac Auvergne.
La photographie originale.

La photographie originale.

© capture d'écran France 3 / Culturebox
La photographie modifiée par l'artiste Agnès Geoffray.

La photographie modifiée par l'artiste Agnès Geoffray.

© capture d'écran France 3 / Culturebox

Certains artistes vont plus loin dans l’utilisation de photographies historiques, à l’image du dessinateur Jérome Zonder qui s’empare d’un cliché venu de l’enfer des camps de concentration. En août 1944, un prisonnier juif prend quatre photos clandestines, les uniques témoignages du crématoire d’Auschwitz en activité.

L’une d’elle représente des arbres en contrejour, l’artiste la reproduit à l’aide de milliers d’empreintes de ses doigts. "Quand j’ai vu ce dessin pour la première fois, c’était à Paris dans une exposition à la Maison Rouge, j’ai d’abord eu une réaction de colère. Je me disais : de quel droit peut-on faire une œuvre d’art avec un document de ce type-là ?", confie le directeur du Frac Auvergne. Mais la colère n’est que passagère, et Jean-Charles Vergne en reconnait les vertus pédagogiques. "Lorsqu’on rencontre un jeune artiste comme Jérôme Zonder qui s’empare de ce sujet-là, c’est important d’acquérir ses œuvres et rassurant de voir qu’une jeune génération d’artistes éprouve la nécessité de revisiter ça et d’en parler."

Transmettre l’histoire

De salle en salle, l’exposition "Retour au meilleur des mondes" explore de grands thème d’actualité à travers l’histoire et la fiction.

Ce n’est pas uniquement de la contemplation et du merveilleux, c’est également poser des jalons et transmettre aux générations futures un certain nombre de choses sur les évènements majeurs de notre histoire récente ou l’histoire du 20e siècle

Jean-Charles Vergne, directeur du Frac Auvergne.

Les références à la science-fiction sont nombreuses. Un photogramme morcelé de Blade Runner, une réunion de soleil vert et orange mécanique ou Frankenstein dans le métro, des œuvres achetées au fil des années, preuves de la cohérence de la collection. Quand Aldous Huxley imaginait "Le Meilleur des mondes", il prouvait déjà que l’art interroge le futur, comme cette exposition sombre qui accueille par un message d’espoir enfantin : "Même pas mort".