"Lignes d'horizons", voyage dans l’univers d’Hugo Pratt au Musée des Confluences

Mis à jour le 12/04/2018 à 17H54, publié le 06/04/2018 à 18H01
Détail de l'affiche de l'exposition "Hugo Pratt, lignes d'horizons" au musée des Confluences.

Détail de l'affiche de l'exposition "Hugo Pratt, lignes d'horizons" au musée des Confluences.

© Cong S.A. Suisse/ Musée des Confluences

Plus qu’une exposition, c’est un voyage que propose le musée des Confluences de Lyon jusqu’au 24 mars 2019. Un voyage à travers l’œuvre de l’immense dessinateur Hugo Pratt. Pour la première fois dans la bande dessinée, les dessins entrent en dialogue avec les collections du musée. "Lignes d’horizons" est une fenêtre ouverte sur l’imaginaire qui aurait sans doute beaucoup plu à l’artiste.

"Le désert et la mer me fascinent : il me suffit de voir une ligne d’horizon pour me demander ce qu’il y a au-delà. Une sorte de recherche dans le rêve". Ce sont ces mots d’Hugo Pratt, publiés dans la revue "Il millimetro" en 1988 qui ont inspiré la nouvelle grande exposition du musée des Confluences ("Lignes d’horizons", du 7 mars 2018 au 24 mars 2019). L’horizon pour seule limite, pour seule frontière. Citoyen du monde, Hugo Pratt a vécu sur les cinq continents.
Hugo Pratt à Venise en 1945.

Hugo Pratt à Venise en 1945.

© Cong S.A. Suisse / Tous droits réservés.
Né à Rimini (250 km au sud de Venise) dans une famille aux origines multiples (anglaise, turque, espagnole), celui qui s’appelait alors Ugo Prat a connu une existence romanesque. En 1937, il a 10 ans lorsque son père les fait venir sa mère et lui en Abyssinie (l’actuelle Ethiopie) fraîchement conquise par l’Italie de Mussolini. C’est sa première rencontre avec l’Afrique. Une aventure qui se termine mal : en 1942 les troupes britanniques aident Hailé Sélassié 1er à reconquérir son royaume, le père d’Hugo Pratt est fait prisonnier et meurt en détention. Un épisode douloureux retracé dans la première partie de l’exposition baptisée "Hugo Pratt, créateur du Grand Large".

Ce sont d’ailleurs des voiles qui accueillent le visiteur et l’invitent à larguer les amarres. Cap sur l’aventure et la naissance du double imaginaire d’Hugo Pratt, Corto Maltese, dont la première apparition remonte à 1967 dans "La ballade de la mer salée". Pratt a alors 40 ans et Corto sera désormais son ambassadeur à travers le monde.
Corto Maltese, le double imaginaire d'Hugo Pratt.

Corto Maltese, le double imaginaire d'Hugo Pratt.

© Cong S.A. Suisse / Tous droits réservés.

A la découverte de la géographie prattienne

L’exposition "Lignes d’horizons" imaginée en collaboration avec des proches de l’artiste (parmi lesquels sa collaboratrice pendant 17 ans, Patrizia Zanotti et son ami, l’historien Michel Pierre), est une invitation au voyage mais aussi à la liberté. Ainsi, si le parcours est divisé en quatre parties, le visiteur peut à sa guise se perdre dans les méandres de l’oeuvre et de la géographie "prattienne". Une géographie très personnelle façonnée par les différents séjours de Pratt à l’étranger et représentée au sein de l’exposition par une table d’orientation interactive. En effleurant les continents, apparaissent les principaux personnages rencontrés au fil des albums. 
Corto Maltese - La Ballade de la mer salée (1967).

Corto Maltese - La Ballade de la mer salée (1967).

© Cong S.A. Suisse / Tous droits réservés.
Afrique, Océanie, Amériques, Asie… Hugo Pratt s’est aventuré partout où son imagination le portait. Pas comme un simple touriste mais plutôt comme un ethnologue, assoiffé de rencontres et de découvertes. Un aventurier, autodidacte de génie, nourri par les livres (il en possédait plus de 30 000 !), la bande dessinée (notamment celle de l’Américain Milton Caniff) mais aussi par les films d’aventure, d’où cette approche très cinématographique de la BD (qu’il préférait appeler "littérature dessinée").

Un dialogue entre l'oeuvre et les collections

Un aspect extrêmement visuel que la graphiste Tiphaine Massari et le scénographe Gilles Mugnier ont très bien su traduire. Des cases de bande dessinée en très grand format immergent littéralement le visiteur dans cet univers en noir et blanc. Un univers dans lequel imaginaire et réalité historique se côtoient comme par magie. Et c’est là la principale originalité de cette exposition : mettre en résonnance les collections du musée avec l’œuvre d’Hugo Pratt. 94 pièces (masques, sculptures armes et même têtes réduites !) sont mises en relation avec leur représentation graphique. Dans des vitrines dites "apparitions", le dessin rétro éclairé révèle l’objet.
A gauche, un masque de Papouasie Nouvelle Guinée issu des collection du musée des Confluences et à droite, un dessin tiré de La Ballade de la mer salée.

A gauche, un masque de Papouasie Nouvelle Guinée issu des collection du musée des Confluences et à droite, un dessin tiré de La Ballade de la mer salée.

© Olivier Garcin – musée des Confluences / Cong S.A. Suisse
Autre moment fort de l’expo, cette lanterne magique au centre de laquelle le visiteur se place. Autour de lui sont projetées des images issues de l’œuvre d’Hugo Pratt. Visages qui succèdent aux paysages pour un effet hypnotique assez troublant.
Tarao portrait © Cong S.A. Suisse / Tous droits réservés.
Le voyage touche à sa fin. Dans une petite salle sobrement baptisée "bibliothèque" où l’on peut feuilleter les différents albums d’Hugo Pratt, un mur entier est consacré aux personnages qui peuplent ses récits. 390 visages vous contemplent. Parmi eux, celui d’Hugo Pratt, preuve s’il en était besoin, que 23 ans après sa mort, l’artiste est bien vivant.

"Hugo Pratt, lignes d'horizons", le teaser de l'exposition

Reportage : France 3 Grand Lyon S. Goldstein  / M. Boudet / C. Thomas

https://videos.francetv.fr/video/NI_1219151@Culture