Le Corps, objet de laboratoire, s'expose au Garage à Béthune

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 18/11/2011 à 11H02
Le corps selon le collectif Art Orienté Objet

Le corps selon le collectif Art Orienté Objet

© Benoît Mangin / Art Orienté Objet

Un voyage au carrefour de l'art et de la science, c'est ce que propose l'exposition "Corps, prothèses et bio-objets" présentée au Garage à Béthune jusqu'au 18 décembre 2011. Invités par l'Université d'Artois, quatre artistes livrent leur réflexion sur le corps et sur les manipulations que l'homme peut en faire. Fascinant mais déroutant.

Pas facile d'aborder une exposition qui peut-être aussi fascinante que dérangeante tant elle donne à voir un autre rapport au corps. Un corps que les mutations biologiques et les progrès médicaux permettent aujourd'hui de disséquer, de modifier, de prolonger. Mais si ces progrès fascinent, ils touchent aussi à certains tabous. Raison de plus pour se confronter aux regards des 4 artistes présents à Béthune.

 

https://videos.francetv.fr/video/NI_127833@Culture

Certains se sont impliqué corps et âme dans leur démarche. C'est le cas de Marion Laval-Jeantet, du Collectif Art Orienté Objet (AOO, qui a également assuré le commissariat d'exposition). Pour réaliser la performance intitulée "Que le cheval vive en moi", son partenaire Benoît Mangin lui a injecté pendant plusieurs mois des immunoglobulines de cheval puis en février 2011 du plasma de sang de cheval.

Une expérience préparée pendant plus de trois ans, avec des chercheurs, pour être sûre que le corps de Marion ne fasse pas de rejet massif au moment de l'injection. Dans le même temps, des prothèses spéciales, reproduisant les membres inférieurs du cheval ont été fabriqués puis portés par l'artiste.

Cette performance, qui a été filmée, permet selon le duo d'artistes de "modifier la sensibilité du public par l'expérience de l'étrangeté et surtout de reposer la question de la barrière des espèces qui a poussé l'homme à négliger les aspects essentiels de la diversité des écosystèmes".
 

 

A voir aussi dans le cadre de l'exposition au Garage, les morceaux de peau qui ont rendus célèbre le binôme AOO. Réalisés en 1996, ils sont le résultat de cultures des épidermes des artistes,  décorés du best-of des animaux les plus tatoués aux Etats-Unis.

"Que le cheval vive en moi" par le Collectif AOO

"Que le cheval vive en moi" par le Collectif AOO

© Miha Fras

Quant au belge Martin uit den Bogaard, il a travaillé avec Gildas Morvan, du Laboratoire de Génie Informatique et d'Automatique de l'Artois. Ensemble, ils ont conçu une installation permettant de capter l'énergie d'un corps mort, qui est ensuite transformé en son et qui varie dans le temps.

Après les avoir laissé à l'air libre, l'artiste enferme les cadavres d'animaux dans une enceinte hermétique, empêchant ainsi les insectes nécrophages de se développer normalement. Pour Gildas Morvan, "le geste de l'artiste altère donc la réalité, celle-ci devenant inexplicable par les outils scientifiques".

Après les cadavres d'animaux, passons à l'oreille interne mise en scène par le japonais Jun Takita. Il s'agit d'une oreille humaine conservée par plastination, une technique qui consiste à préserver les tissus biologiques en remplaçant l'eau et la graisse par des résines comme le silicone. Un procédé médiatisé en 2008 lors de l'exposition "Our body - A corps ouverts" où l'on voyait de vrais corps humains écorchés.


Au milieu de ces performances qui peuvent déstabiliser le visiteur voire le laisser de marbre, celle de Lisa Bufano, présentée sous la forme d'une vidéo, semble la plus "accessible". Peut-être parce qu'elle témoigne d'une histoire douloureuse que l'artiste a su dépasser. A l'âge de 21 ans, Lisa Buffano, danseuse, se voit amputée des pieds et des doigts suite à une infection bactérienne. Une épreuve qu'elle va dépasser en transformant ses prothèses en sculptures mécaniques. Avec elles, elle ose présenter son corps en public. Un corps prolongé, sorte de créature imaginaire qui fait totalement oublier son handicap.

Lisa Buffano

Lisa Buffano

© Gerhard Aba
 

 

L'exposition "Corps, prothèses et bio-objets" est visible jusqu'au 18 décembre 2011 au Garage à Béthune, du mardi au dimanche. Entrée libre