Le corps masculin dévoilé au Musée d'Orsay

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 23/09/2013 à 11H53
Camille Félix Bellanger (1853-1923), Abel, 1875-75, Paris Musée d'Orsay

Camille Félix Bellanger (1853-1923), Abel, 1875-75, Paris Musée d'Orsay

© Musée d'Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt

L’exposition inédite et très attendue du Musée d’Orsay sur le nu masculin ouvre ses portes mardi. Elle rassemble des centaines de photos, peintures et sculptures d’hommes déshabillés. Ses organisateurs ne la veulent pas choquante mais "savante et amusante", même s’ils s’attendent à des réticences des "bourgeois bien pensants" (exposition prolongée jusqu'au 12 janvier 2014).

Reportage : M.Berrurier, F.Blevis, M.Félix, PM.Noublanche

https://videos.francetv.fr/video/NI_138649@Culture

"C’est une exposition qui ne se prend pas au sérieux. Il y a beaucoup d’humour dans la présentation", annonce Guy Cogeval, le président du musée d’Orsay, qui l’a souhaitée "savante et amusante".
 
"Masculin/Masculin", qui ouvre mardi, présente près de 200 oeuvres de 1.800 à nos jours. Soixante-dix peintures, une vingtaine de sculptures, des dessins et beaucoup de photographies célèbrent le corps masculin jusqu'au 2 février.
Paul Cézanne, Baigneurs, vers 1890, Paris, musée d'Orsay

Paul Cézanne, Baigneurs, vers 1890, Paris, musée d'Orsay

© RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
 
L’homme nu fait encore scandale
Alors que le nu féminin est exposé régulièrement et naturellement, l'homme nu "fait encore scandale", estime Guy Cogeval. Il n'y avait jamais eu d'exposition sur ce thème dans un musée avant celle du Leopold Museum de Vienne à l'automne 2012, dont s'est inspiré Orsay, souligne-t-il.
 
La charge homoérotique de certaines oeuvres est délibérément mise en valeur, surtout à la fin du parcours, consacrée à "l'homme objet du désir". "La  tentation du mâle" est explicitement montrée avec des dessins de Jean Cocteau ("Les Amants") ou des oeuvres de l'Américain Paul Cadmus ("Le bain", 1951).
 
Le musée a opté pour une approche thématique, mêlant avec jubilation les époques. Une "Académie d'homme" (1780) de Jacques-Louis David voisine avec un "Achille sur fond rose", réalisé en 2011 par Pierre et Gilles.
Eadweard Muybridge (1830-1904), Lutte de deux hommes nus, 1887, Musée d'Orsay

Eadweard Muybridge (1830-1904), Lutte de deux hommes nus, 1887, Musée d'Orsay

© Musée d'Orsay, dist. RMN / Alexis Brandt
 
Une sculpture nazie vue "en commençant par les fesses"
"Il y a certains ‘acostements’ qui étonnent et qui sont très beaux", considère Guy Cogeval. Il cite en exemple la cohabitation dans la même salle de l'oeuvre "Vive la France" (trois joueurs de foot nus) de Pierre et Gilles, et d'une statue monumentale d'Arno Breker. Intitulée "La vie active", elle a été réalisée en 1939 par cet artiste allemand qui travaillait pour Hitler. "Elle est présentée de façon telle qu'on la voit en commençant par les fesses. C'est la meilleure façon de voir une sculpture nazie", commente Guy Cogeval en souriant.
 
L'exposition débute avec l'idéal classique puis aborde le nu héroïque et les athlètes. Vient ensuite le corps dans toute sa vérité et sa crudité, les autoportraits torturés de l'Autrichien Egon Schiele (1890-1918). Mais aussi l'étonnante sculpture du "Père mort" (1996) de Ron Mueck, qui représente le cadavre de son géniteur dans une taille réduite.
 
Le thème de l'homme dans la nature offre une respiration joyeuse et colorée. Avant que n'arrive celui de la douleur, magnifiquement évoqué avec des oeuvres de Francis Bacon mais aussi avec "Le coup de grisou", marbre gris d'Henri Greber réalisé dans les années 1890.
 
Saint Sébastien, une figure ambiguë
L'exposition met également en avant la représentation du Christ et celle du  martyre de Saint Sébastien. "Montrer à quel point un Saint Sébastien, figure religieuse, peut être ambigu entre douleur et plaisir, touche à des choses qui sont du ressort de l'intime et cela peut troubler ou choquer certains visiteurs", convient Xavier Rey, co-commissaire de l'exposition.
 
"Mais pour certains, l'exposition paraîtra peut-être très sage. En soi il n'y a rien de choquant", estime Ophélie Ferlier, co-commissaire de l'exposition. "Nous nous attendons même à ce que les gens nous disent que nous avons été  très pudibonds. Pour parler crûment, il y a très peu d'érections", précise Xavier Rey.
 
Guy Cogeval s'attend toutefois à ce que le musée "perde une partie de son  public qui va avoir peur de venir ici". "Je sens une petite réticence des bourgeois bien pensants d'une manière générale. Mais je pense que l'exposition est si belle qu'elle va finir par les convaincre", ajoute-t-il.
 
Renseignements pratiques sur le site du Musée d’Orsay
Du 24 septembre 2013 au 12 janvier 2014