La peau révèle ses secrets au Musée de l'Homme à Paris

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 13/03/2019 à 13H12, publié le 13/03/2019 à 12H52
Simulation de la scénographie de l'exposition "Dans ma peau"

Simulation de la scénographie de l'exposition "Dans ma peau"

© L'Oréal

La peau est au cœur d'une exposition au Musée de l'Homme à Paris conçue comme une exploration immersive du plus grand organe humain. A découvrir jusqu'au 3 juin.

La peau a la taille d'un drap de lit et pèse deux fois plus que notre cerveau, elle couvre une surface de 1,5 m2 à 2 m2 selon les individus et elle pèse entre 3 kg et 5 kg chez un adulte.

Elle protège l'intérieur de notre corps du monde extérieur

"On appréhende souvent la peau par rapport à son esthétique, son apparence. On ne réalise pas toujours que c'est elle qui permet aux organes internes de fonctionner correctement, en protégeant l'intérieur de notre corps du monde extérieur", souligne Françoise Bernerd, chercheuse chez L'Oréal, le groupe de cosmétiques qui a conçu l'exposition avec le musée public. 
Bactéries à la surface de la couche cornée (microscopie électronique à balayage)

Bactéries à la surface de la couche cornée (microscopie électronique à balayage)

© L'Oréal
Pour commencer la visite, il faut se faufiler dans un tunnel dont les murs reproduisent en images les différentes strates de la peau. En s'enfonçant, on passe de la couche cornée à l'épiderme puis au derme avec ses fibres longues. Toujours grâce à l'imagerie, on comprend de l'intérieur la différence entre une peau claire et une peau foncée, beaucoup plus riche en mélanine, un pigment sombre qui protège des rayons du soleil. Le visiteur est invité à déterminer la couleur de sa propre peau, en glissant la tête dans une sphère qui illumine le visage sans faire d'ombre. Cela permet d'identifier précisément chaque nuance de peau.

L'Homo sapiens avait la peau foncée

Si le volet biologique a été confié aux équipes de recherche de l'industriel, l'exposition comporte des ouvertures anthropologiques, chères au musée de l'Homme. "Pour nous, les questions de peau sont absolument essentielles car c'est ce qui discrimine les gens", explique Alain Froment, biologiste et anthropologue au musée de l'Homme. L'homme moderne (Homo sapiens) est une espèce africaine apparue il y a près de 300.000 ans. Sa peau était de couleur foncée, la mélanine le protégeant des effets nocifs des rayons UV (brûlures, cancers), rappelle le scientifique.
Différentes couleurs de peau, exposition "Dans ma peau au musée de l'Homme".

Différentes couleurs de peau, exposition "Dans ma peau au musée de l'Homme".

© Matteo L’Oréal R&I

Puis vers 100.000 ans, le départ d'Afrique d'hommes modernes vers des régions moins ensoleillées, notamment l'Europe, a favorisé l'éclaircissement progressif de leur peau. Dans ces zones, une peau foncée était de nature à faire écran aux UVB nécessaires à la synthèse de la vitamine D, elle-même indispensable pour éviter le rachitisme. Les hommes à peau plus claire avaient donc un avantage évolutif dans ces régions nordiques.

La peau, récepteur sensoriel

L'exposition souligne également que la peau est l'organe du toucher. Grâce à un dispositif interactif, le visiteur peut vérifier ce qui se passe lorsque la peau est pincée, frottée, ou confrontée au froid ou au chaud : à chaque stimulation, un récepteur sensoriel de la peau s'affiche sur un mur.

Le processus de vieillissement de la peau est illustré par une séance d'animation visuelle ("morphing") qui montre l'évolution du visage de trois femmes (asiatique, africaine, européenne) au fil des ans, selon que la peau est protégée ou pas. Une séquence parlante surtout lorsqu'on sait que 80% des signes de vieillissement sont dus à l'exposition solaire. Si les UVB, très puissants, sont responsables des coups de soleil, les UVA, présents en très grande quantité, sont beaucoup plus insidieux car ils sont très pénétrants et "on ne sent rien" alors qu'ils endommagent les cellules, pointe Françoise Bernerd, qui étudie ces questions au centre de recherche de L'Oréal à Aulnay-sous-Bois, près de Paris.
Modèle de peau reconstruite (épiderme et derme).

Modèle de peau reconstruite (épiderme et derme).

© I. Walter L’Oréal R&I
L'exposition se termine par un chapitre sur la reconstruction de la peau humaine, technique apparue dans les années 1970. Utilisée pour les greffes des grands brûlés, elle permet aussi d'éviter l'expérimentation sur l'animal. Et la bio-impression 3D, qui démarre, ouvre de nouvelles perspectives, notamment grâce à sa précision.