Histoires de thé au musée Guimet à Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 04/10/2012 à 15H55
Bol, lianzi, Porcelaine, Chine Jingdezhen, époque Yongle (1403-1421)

Bol, lianzi, Porcelaine, Chine Jingdezhen, époque Yongle (1403-1421)

© RMN-Grand Palais (musée Guimet, Paris / Thierry Ollivier

Le musée Guimet raconte des histoires de thé dans une belle exposition qui couvre deux millénaires. La boisson la plus bue dans le monde après l’eau est évoquée depuis ses débuts en Chine jusqu’à nos jours (jusqu’au 7 janvier 2013), essentiellement en Orient

« Ce qui m’intéressait, c’était de révéler des trésors, comme les peintures prêtées par le musée de Taipei, et aussi de nombreuses œuvres que le musée Guimet a en réserve et dont certaines n’ont jamais été présentées », explique le commissaire de l’exposition Jean-Paul Desroches. «  J’ai fui les tatamis et toute autre sorte d’exotisme », ajoute-t-il.

Trois figurines féminines préparant le thé, Chine, première moitié du VIIe siècle

Trois figurines féminines préparant le thé, Chine, première moitié du VIIe siècle

© RMN-Grand Palais (musée Guimet, Paris) / Thierry Ollivier
 

Le poids de la « Tonne de thé » d’Ai Weiwei
Si l’essentiel des pièces présentées sont des céramiques, des peintures et des documents anciens, l’exposition s’ouvre sur deux œuvres contemporaines. Après une courte introduction expliquant la culture du thé, on découvre la « Tonne de thé » de l’artiste dissident chinois Ai Weiwei. Il s’agit d’un gros cube de thé compacté, « œuvre tout à fait figurative qui montre l’impact de la Chine dans l’histoire du thé » et exprime  « le regard d’un artiste contemporain qui impose le poids de sa civilisation », remarque Jean-Paul Desroches. L’œuvre pèse bien une tonne : « On a été obligés de renforcer le sol », précise-t-il.

En regard de la « tonne », une peinture délicate du XIIIe siècle figure une branche de théier.

Un court-métrage a été réalisé spécialement pour l’exposition par l’auteur de « L’Odeur de la papaye verte », Tran Anh Hung, sur la Taiwanaise Tseng Yu Hui, seule femme maître du thé au monde. Les arômes du thé lui évoquent des saveurs et des odeurs qui sont traduites par des images.

Bol chawan, raku rouge, Japon, XVIIe siècle

Bol chawan, raku rouge, Japon, XVIIe siècle

© Musée Guimet, Paris, dist. RMN-Grand Palais / Benjamin Soligny / Raphaël Chipault
 

Le thé est lié au bouddhisme
Le théier, camellia sinensis, est un arbuste proche du camélia qui poussait à l’état sauvage dans la Chine du sud-ouest. Il a commencé à être cultivé aux alentours du début de notre ère pour entrer véritablement dans la civilisation chinoise vers les Ve et VIe siècles.

Le thé est lié au bouddhisme : une légende dit que le thé est né quand Bodhidharma, moine bouddhiste indien qui a prêché en Chine au VIe siècle, s’est arraché les paupières et les a jetées. A cet endroit ont poussé les premiers théiers.

Un manuscrit chinois du Xe siècle met en présence les univers du vin et du thé. Dans cette « confrontation entre le monde de l’ivresse et celui de la sérénité », le vin et le thé sont deux personnages qui s’affrontent. Une joute que vient au final départager l’eau, sans laquelle aucun des deux n’existerait.

"En préparant le thé" (détail), Wang Wen (1497-1576)

"En préparant le thé" (détail), Wang Wen (1497-1576)

© Musée national du Palais, République de Chine (Taiwan)
 

Aux origines, le thé était bouilli
Des pièces rares évoquent les débuts du thé, l’époque où il était bouilli : un moulin en argent ciselé, trois statuettes de femmes préparant le thé, datant du VIIe siècle. Aujourd’hui, la tradition du thé bouilli, « espèce de soupe stimulante » à laquelle on ajoute des épices et du beurre, a subsisté au Tibet et en Mongolie.

Au VIe siècle, on trouve les premiers bols et des « verseuses » en terre cuite. Selon Jean-Paul Desroches, cette boisson a « stimulé l’invention en céramique ».

Après le thé bouilli, la plante, réduite en poudre, est battue avec un fouet à partir du Xe siècle. C’est ainsi qu’il est introduit au Japon. La céramique évolue avec les céladons, à la glaçure bleu-vert, en Chine et le raku au Japon.

« On attache beaucoup d’importance au pied » d’un bol, explique Jean-Paul Desroches. Très étroit, « il doit avoir une assise dans la paume de la main ». Un bol est présenté à l’envers pour bien montrer le pied d’argile découverte,  « le corps rustique comme la terre et, par-dessus, le raffinement de la couverte ».

Théière, chahu, porcelaine, Chine, Jingdezhen, XVIIIe siècle

Théière, chahu, porcelaine, Chine, Jingdezhen, XVIIIe siècle

© RMN-Grand Palais (Musée Guimet, Paris) / Richard Lambert
 

Au Japon, le thé et la céramique étroitement liés
Le Japon invente la cérémonie du thé, évoquée par une maquette de salon. Dans ce pays, le thé est arrivé entre le IXe et le XIIe siècle, dans le contexte du zen. « La cérémonie est une manière de rencontrer l’autre. On est dans le culte de l’instant, considéré comme unique, hérité du zen », explique le commissaire de l’exposition.

Au Japon, « thé et poterie marchent vraiment ensemble », remarque-t-il. « On a de petits ateliers où l’idée du hasard, de la fragilité des choses » prévalent, pas la perfection comme en Chine. Ainsi, les formes des bols sont irrégulières, la matière craquelée.

La Chine moderne invente enfin le thé infusé, sous forme de feuilles entières, à la fin du XIVe siècle. C’est le thé des lettrés. On façonne les premières théières, les bols se font plus petits. La porcelaine se développe, c’est le début des blancs et bleus.

Le thé infusé, boisson des lettrés
Une peinture montre des lettrés buvant du thé dans un pavillon au toit de chaume, au milieu d’un paysage grandiose. Des tasses rouge ou jaune vif finement décorées témoignent du goût impérial.

Enfin, quelques pièces de porcelaine française, anglaise et néerlandaise, des théières mauritanienne ou nigérienne en métal ciselé témoignent de la diffusion du goût du thé dans le monde entier.

On n’échappe désormais plus aux sponsors des expositions, qui « collent » de plus en plus au sujet. Pour l’exposition « Cheveux chéris » au Quai Branly, on a une marque de shampooings. Ici, on a … une marque de thé prestigieux, qui a créé exprès un thé spécial, le « Thé Guimet ».

https://videos.francetv.fr/video/NI_133569@Culture

Le thé, histoires d'une boisson millénaire, Musée Guimet, 6 place d'Iéna, Paris 16e
Tous les jours sauf mardi, 25 décembre et 1er janvier, 10h-18h
tarifs : 8€ / 6€
du 3 octobre 2012 au 7 janvier 2013