"Foot en guerre" : le ballon rond comme enjeu politique, une expo au Musée de la Guerre 1870

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/07/2018 à 17H54, publié le 01/07/2018 à 17H29
Le 11 décembre 2014 à Comines-Warneton en Belgique, un monument et une cérémonie commémorent le matche de football de Noël 1914 entre soldats anglais et allemands.  

Le 11 décembre 2014 à Comines-Warneton en Belgique, un monument et une cérémonie commémorent le matche de football de Noël 1914 entre soldats anglais et allemands.  

© PHILIPPE HUGUEN / AFP

Avec la Coupe du monde en Russie, le foot a envahi les esprits et s’invite aussi dans les musées. A Loigny-la-Bataille en Eure-et-Loir, le Musée de la Guerre 1870 propose jusqu’au 31 octobre "Foot en guerre", une exposition qui montre comment ce sport est un révélateur de notre histoire, avec des enjeux socio-politiques qui dépassent parfois largement la surface de réparation !

Bonne idée que celle du Musée de la Guerre 1870 de coller à l’actualité en explorant la facette socio-politique du football. Car qu’on soit adepte ou pas de ce sport, impossible de nier les enjeux qui se cachent derrière un simple ballon rond.
Affiche "Foot en guerre" 2 © DR

Le foot pour surmonter la défaite

A ceux qui se demandent pourquoi ce musée consacre une exposition au "Foot en guerre", la réponse est dans le nom de ce lieu qui raconte l'affrontement du 2 décembre 1870, entre Français et Prussiens dans lequel 9000 soldats trouvèrent la mort en un seul jour autour de Loigny-la-Bataille.

Selon Bertrand Chabin, responsable du Musée, "le football naît en France sur les ruines de la défaite française de 1870. On a besoin de soldats physiquement prêts pour assurer la revanche de la France et le sport est un moyen de préparer les hommes".

Le football est alors est en pleine expansion : codifié par les Anglais et introduit en France via la bourgeoisie anglophile du Second Empire (1852-1870), il se développe peu à peu dans l'Hexagone pour atteindre 2000 clubs et 200.000 licenciés en 1914.
Expo "Foot en guerre" photo © France 3 Culturebox (capture d'écran)
Pendant la Grande guerre, le foot devient un moyen de tromper l’ennui des troupes : des tournois et des matchs sont organisés dans les unités et peut même servir de trait d’union - très temporaire - entre les nations ennemies à l’image de ce match du 24 décembre 1914 qui opposa soldats anglais et allemands avec un 3-2 dont la répartition finale est toujours sujette à discussion !

Reportage : France 3 Centre-Val de Loire - A. Heudes / A. Rigodanzo / J. Bores

https://videos.francetv.fr/video/NI_1259825@Culture

Pendant la seconde guerre mondiale, Hitler et Mussolini (qui n’étaient pas des adeptes du foot, sport trop anglais à leurs yeux) comprennent malgré tout les bénéfices qu’ils peuvent tirer de ce sport. Le chef nazi s’en servira pour glorifier l’idéal aryen, où le sport devient un outil pour façonner des guerriers pour la nation. Quant au dictateur italien, il obtient l’organisation de la Coupe du monde 1934 qui sera également remportée par l’Italie.
Sur cette affiche de la Coupe du monde 1938 organisée en France, la posture du footballeur et la couleur rouge de l’affiche sont tristement prémonitoires. Quelques mois après la compétition, l’Europe sera à la botte des armées nazies du IIIe Reich.

Sur cette affiche de la Coupe du monde 1938 organisée en France, la posture du footballeur et la couleur rouge de l’affiche sont tristement prémonitoires. Quelques mois après la compétition, l’Europe sera à la botte des armées nazies du IIIe Reich.

© Musée National du Sport, Nice.

1982, le match qui ravive la haine

Si le sport et le foot peuvent exalter de nobles vertus (effort, dépassement de soi, esprit d’équipe...), il sert aussi d’éxutoire aux élans plus sombres de l’âme humaine. Pour preuve, le tristement célèbre match des Bleus face à l’Allemagne de l’Ouest, en demi-finale de la Coupe du monde de foot 1982 à Séville. Durant le match, le gardien allemand, Harald Schumacher, percute intentionnellement le Français Patrick Battiston. Ce dernier est évacué, inconscient, et le gardien allemand n’est pas sanctionné.
"Ressortent alors des expressions oubliées comme 'Sale Boche' " rappelle Bertrand Chabin. Autre témoignage retranscrit dans l’exposition, celui de Michel Hidalgo alors sélectionneur de l’Equipe de France : "C’était un peu la guerre de 14 ou de 40 qui recommençait. Quand je suis rentré en France, je me suis retrouvé au milieu du public (...) et les gens disaient qu’ils allaient prendre un fusil, une mitraille pour les tuer ! ". Et Christian Chabin de rappeler que "quelques jours après, c’était fini sous l’action des politiques français et allemands qui ont œuvré pour qu’un match de foot ne vienne pas mettre à mal la réconciliation entre les deux pays".

Hélas, ces mauvais relents de patriotisme reviennent facilement. Jean-Luc Mélenchon et Manuel Bompard l’ont prouvé avec leurs tweets vengeurs qui ont suivi l’élimination de l’Allemagne dans la Coupe du monde face à la Corée du sud....
Mais le foot peut aussi être un outil de réconciliation. Des exemples ? Coupe du monde 1998 : joueurs américains et iraniens fraternisent avant le début d’un match ; en 2008, un match de football entre l’Arménie et la Turquie permet d’envisager un début de dialogue entre les deux pays. Des initiatives qui sont hélas, trop rares, et aussi la plupart du temps, sans lendemain.