Electricien de Picasso : des témoins détruisent l'hypothèse d'un don

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 11/02/2015 à 15H18
Maya Ruiz-Picasso, fille du peintre à l'entrée de la salle d'audience du procès Pierre Le Guennec/Picasso

Maya Ruiz-Picasso, fille du peintre à l'entrée de la salle d'audience du procès Pierre Le Guennec/Picasso

© VALERY HACHE / AFP

Les témoins se sont succédé mercredi à la barre à Grasse excluant formellement l'hypothèse que Picasso ou sa dernière épouse Jacqueline aient pu faire don d'une boîte de 271 oeuvres à leur électricien Pierre Le Guennec, aujourd'hui soupçonné de "recel".

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Tout est dédicacé ou signé

"J'ai vécu au milieu de chez Picasso", "homme généreux et très gai", raconte Gérard Sassier, artiste peintre et fils d'Inès, femme de chambre de l'artiste durant 34 ans, à compter de 1937 dans ses deux ateliers parisiens (rue de la Boétie et rue des Grands-Augustins), puis dans le sud de la France. 

"J'ai toujours vu Picasso faire des dédicaces à des gens qu'il aimait", sur des dessins souvent créés sur place et immédiatement donnés, se souvient-il. "Il faisait un portrait de ma mère tous les ans, il lui a donné des lithographies et des céramiques. Pour mon baptême, il avait fait un dessin de moi", détaille-t-il. 

Mais tout est dédicacé ou signé ! De son vivant, Picasso établit aussi un document stipulant qu'Inès est bien propriétaire de tous les biens de son logement de fonction.

A sa mère, gardienne des clefs de l'atelier, il avait dit à la suite d'une tentative de cambriolage: "De toute façon, on ne peut rien me voler, rien n'est signé." Donner à son électricien 180 oeuvres et un carnet de 91 dessins non dédicacés ou signés, "c'est quelque chose d'inimaginable".

Il confirme en revanche que "tout le passé" de Picasso stocké à l'atelier parisien a été déménagé dans des boîtes et caisses, en 1959 et 1967 par les soins de ses parents, vers la villa cannoise La Californie de Picasso. A l'époque, le maître vit déjà dans son mas de Mougins, où il décédera en 1973.

"La Californie, c'était un lieu de stockage, il y avait des caisses partout, tout était empilé", décrit-il. "Il était attaché à ses oeuvres, à tout ce qu'il avait fait, c'était lui", résume le fils de la femme de chambre.
Procès Pierre Le Guennec/Picasso 10/02/2015 (20h00 France 2)
Généreux, mais prudent

Dominique Sassi, décorateur qui travaillait dans l'atelier de céramique Madoura à Vallauris, a bien connu Picasso qui venait y  travailler après-guerre et où il rencontra Jacqueline (hôtesse de l'atelier). Une petite équipe y fut chargée de reproduire l'oeuvre céramique de Picasso. "Un jour, Picasso était content de sa journée, il avait dédicacé une assiette à chacun, c'était pour montrer sa joie, c'était comme ça, un petit cadeau."

Picasso aurait-il pu donner ses oeuvres préparatoires? l'interroge le procureur Laurent Robert. "Non", répond-il, catégorique, "même ses céramiques ratées il les gardait".

A la mort du peintre, Dominique Sassier a beaucoup aidé Jacqueline à mettre de l'ordre dans la succession, répertoriant les centaines d'oeuvres entassées dans toutes les pièces au mas de Mougins.

"Jacqueline avait un grand coeur", décrit-il, mais "elle était très prudente, ne donnait pas n'importe quoi à n'importe qui". "Elle aimait beaucoup distribuer des catalogues d'exposition, par exemple aux gendarmes ou au fleuriste" et "elle avait une mémoire d'éléphant, elle savait quand elle donnait", souligne l'artisan.

Pierre Le Guennec et son épouse Danielle (devenue proche de Jacqueline après le décès du peintre, au point d'accorder à son mari un prêt pour une licence de taxi) ont indiqué mardi à la barre n'avoir jamais reparlé à Jacqueline Picasso de son précieux "cadeau" de 271 oeuvres. Selon l'ex-électricien, il aurait été fait de manière informelle dans un couloir du mas de Mougins, avec l'accord supposé de l'artiste.

Christine Pinault, spécialiste de l'authentification au sein de la société Picasso administration, a donné le coup de grâce avec ses avis d'experte. La boîte comprend huit papiers collés cubistes très rares élaborés avec son ami Georges Braque au début du 20e siècle, ainsi que des "souvenirs intimes" comme un portrait d'Olga (première épouse), de Fernande (une compagne) ou un petit cheval découpé réalisé pour ses enfants. "On ne peut pas imaginer qu'il ait pu les donner à un tiers."