La photo d'un terroriste du Bataclan dans une exposition berlinoise sur les martyrs fait scandale

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 04/12/2017 à 20H02, publié le 04/12/2017 à 19H55
Illustration de l'exposition sur les martyrs en Allemagne

Illustration de l'exposition sur les martyrs en Allemagne

© DR

Une exposition sur les martyrs dans l'histoire, qui inclut dans la liste l'un des auteurs des attentats du Bataclan à Paris en 2015, fait scandale en Allemagne. L'exposition intitulée "Le musée des martyrs" a suscité une protestation officielle de la France. Montée par un collectif danois appelé "The Other Eye of the Tiger", l'exposition se tient dans un lieu culturel berlinois alternatif.

L'exposition "Le musée des martyrs" propose des photographies accompagnées de courtes biographies explicatives de 20 figures historiques présentées comme des "martyrs", personnes "mortes pour leurs convictions". Dans cette liste hétéroclite on trouve le philosophe grec Socrate, le militant des droits civiques américain Martin Luther King mais aussi le Français Ismaël Omar Mostefaï, l'un des trois auteurs de la tuerie jihadiste dans la salle de concert du Bataclan à Paris, en novembre 2015, qui avait fait 90 morts. Un ticket d'entrée pour le Bataclan figure à côté de sa photo.

L'Egyptien Mohammed Atta, l'un des responsables des attaques-suicide du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ainsi qu'une adolescente kamikaze daguestanaise, auteur d'un attentat dans le métro de Moscou en 2010, figurent dans cette exposition.

Indignation

Montée par un collectif danois appelé "The Other Eye of the Tiger" (L'Autre Oeil du Tigre), l'exposition se tient au Kunstquartier Bethanien, un lieu culturel berlinois alternatif. Inaugurée la semaine dernière et prévue pour durer jusqu'à mercredi, l'exposition a suscité l'indignation, en Allemagne comme en France, notamment sur les réseaux sociaux.

L'ambassade de France à Berlin a fait part de sa "consternation", jugeant un "tel parti pris (...) profondément choquant". "Tout en rappelant notre attachement à la liberté de la création artistique, nous dénonçons avec force la confusion ainsi faite entre martyre et terrorisme", a-t-elle indiqué dans un communiqué. La mairie de Berlin s'est officiellement désolidarisée de cette exposition, assurant qu'elle ne "la soutenait pas" ni ne la finançait. Figure du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne, la députée de Berlin Beatrix von Storch a annoncé sur Twitter avoir porté plainte "pour apologie publique de meurtre". 

Les auteurs veulent montrer "l'étendue de l'usage du terme martyr"

L'ensemble des personnages cités "ont été désignés comme martyr par un Etat, une religion ou une organisation. Aucun ne l'a été par les artistes" eux-mêmes, insistent dans un communiqué les auteurs de l'exposition, disant prendre leurs distances avec toute forme de violence et de terrorisme. L'exposition veut montrer "l'étendue de l'usage du terme martyr" et son "incohérence en fonction des différentes contextes et des positions géographiques à travers l'histoire", poursuivent-ils. 

Une précédente exposition sur les "martyrs" du collectif "The Other Eye of the Tiger" avait déjà fait l'objet en 2016 au Danemark d'une plainte pour "apologie de terrorisme".