Les impressionnistes à Londres, un regard sur l'Angleterre, à la Tate Britain

Par @Culturebox
Mis à jour le 05/11/2017 à 16H12, publié le 04/11/2017 à 18H04
A gauche Claude Monet, "Leicester Square", 1901, Coll. Fondation Jean et Suzanne Planque (en dépôt au Musée Granet, Aix-en-Provence) - A droite Camille Pissarro, "Kew Green", 1892, Musée d'Orsay (Paris)

A gauche Claude Monet, "Leicester Square", 1901, Coll. Fondation Jean et Suzanne Planque (en dépôt au Musée Granet, Aix-en-Provence) - A droite Camille Pissarro, "Kew Green", 1892, Musée d'Orsay (Paris)

© A gauche Photo: © Luc Chessex - A droite © Musée d'Orsay

Réfugiés à Londres pendant la guerre franco-prussienne de 1870 et la Commune de Paris qui l'a suivie, les impressionnistes français ont dépeint de façon originale la société anglaise, dans des œuvres qui sont exposées jusqu'au 7 mai 2018 dans la capitale britannique, à la Tate Britain.

Claude Monet, Camille Pissaro, James Tissot, Jules Dalou... Plus d'une centaine de toiles et sculptures d'artistes exilés à Londres à partir de 1870 montrent leur regard particulier sur la vie sociale et les monuments britanniques.
 
"Il y avait une longue tradition, à Londres, d'accueillir des réfugiés politiques mais l'intérêt principal de Londres, pour ces artistes, était l'importance du marché de l'art", explique à l'AFP Caroline Corbeau-Parsons, la commissaire de l'exposition "Impressionists in London. French artists in exile 1870-1904" à la Tate Britain.
Alfred Sisley, "Molesey Weir, Hampton Court, Morning", 1874, National Galleries of Scotland (Edinburgh UK)

Alfred Sisley, "Molesey Weir, Hampton Court, Morning", 1874, National Galleries of Scotland (Edinburgh UK)

© National Galleries of Scotland (Edinburgh UK)

Un regard extérieur sur la culture anglaise, des parcs aux faubourgs

Si certains souffrent alors d'une faible visibilité outre-Manche, leurs oeuvres sont en revanche fortement marquées par leur nouvel environnement. "On sent qu'il y a vraiment ce regard extérieur sur la culture anglaise, un petit côté interloqué, une fascination pour les parcs londoniens, par exemple, que les Français continuent d'avoir, d'ailleurs", explique Caroline Corbeau-Parsons.
 
"Ce qui les fascinait, c'était qu'on puisse marcher sur les pelouses, ce qui évidemment n'était pas le cas à Paris. Il y avait un sentiment de liberté, surtout à un moment où la guerre ravageait Paris", ajoute-t-elle, évoquant notamment la toile "Hyde Park" de Monet.
 
Des vues de la Tamise aux représentations de la vie mondaine en passant par des matches de cricket ou des scènes plus rurales des faubourgs, les impressionnistes français apportent un souffle de modernité en optant pour des sujets souvent jugés trop prosaïques outre-Manche. "Je pense vraiment que l'originalité de Monet et de Pissarro, c'est d'essayer de représenter Londres telle qu'ils la voyaient", estime la commissaire de l'exposition, et non "brique par brique" comme le premier le reprochait aux peintres victoriens.
Claude Monet, "Houses of Parliament, Sunlight Effect", 1903, Brooklyn Museum of Art, New York

Claude Monet, "Houses of Parliament, Sunlight Effect", 1903, Brooklyn Museum of Art, New York

© Brooklyn Museum of Art, New York

Monet et les brouillards

"Dès 1870, Monet s'intéresse vraiment à la représentation du brouillard, même si c'est quelque chose de très difficile à rendre en art", poursuit-elle. Cet élément naturel se retrouvera aussi bien plus tard dans sa série des "Parlements de Londres", réalisée au début du XXe siècle, dont six exemplaires sont exceptionnellement réunis à la Tate Britain.
 
L'exposition cherche aussi à mettre en évidence le réseau d'amitié artistique sur lequel les artistes exilés ont pu se reposer en Angleterre. "D'un point de vue artistique, on essaie de montrer qu'il y a vraiment des liens très forts", souligne Caroline Corbeau-Parsons, tissés notamment à partir de la figure centrale d'Alphonse Legros, artiste français déjà établi depuis plusieurs années dans la capitale britannique.
James Tissot, "The Ball on Shipboard", c. 1874, Tate. Presented by the Trustees of the Chantrey Bequest 1937

James Tissot, "The Ball on Shipboard", c. 1874, Tate. Presented by the Trustees of the Chantrey Bequest 1937

© Tate, Londres

C'est à Londres que Monet rencontre Paul Durand-Ruel

Fervent soutien du sculpteur Jules Dalou, il fréquente aussi les autres Français sur place. Monet, qui avait traversé la Manche en 1870 pour échapper à la conscription, rencontre également à Londres un autre artiste exilé, Charles-François Daubigny, qui l'introduit auprès du marchand d'art français Paul Durand-Ruel, qui jouera un rôle important dans la suite de sa carrière picturale.
 
Le premier séjour de Monet en Angleterre est toutefois marqué par d'importantes difficultés financières, à l'inverse du très anglophile et prospère James Tissot (Jacques Joseph Tissot de son vrai nom). "Il n'avait pas suffisamment d'argent pour acheter de quoi peindre. En l'espace de sept ou huit mois, il a uniquement fait six tableaux, ce qui est très peu pour lui". Parmi ceux-ci figure le portrait de sa femme Camille, intitulé "Méditation. Madame Monet au canapé", dans lequel "on sent cette espèce de déprime qui animait" le peintre, explique Caroline Corbeau-Parsons.
 
"Impressionists in London. French artists in exile 1870-1904" se tient du 2 novembre 2017 au 7 mai 2018 à la Tate Britain. L'exposition sera ensuite présentée au Petit Palais, à Paris (du 21 juin au 14 octobre 2018).