Le MAC de Lyon retire la vidéo polémique des poulets brûlés d'Adel Abdessemed

Par @Culturebox
Mis à jour le 16/03/2018 à 14H07, publié le 16/03/2018 à 12H36
Adel Abdessemed la vidéo "Printemps" est retirée du Musée d'art contemporain de Lyon sous la pression des associations de défense des animaux 

Adel Abdessemed la vidéo "Printemps" est retirée du Musée d'art contemporain de Lyon sous la pression des associations de défense des animaux 

© France 3 / Culturebox / Capture d'écran

C'est la dernière polémique qui a enflammé la toile : l'oeuvre vidéo de l'artiste Adel Abdessemed est retirée de la nouvelle exposition du Musée d'Art Contemporain de Lyon (MAC). On y voyait des poulets accrochés à un mur par les pattes, en train de s'embraser sous l'effet de fausses flammes. Une oeuvre cathartique qui n'est pas du goût des associations de défense des animaux

Le Musée d'Art Contemporain de Lyon (MAC) tranche dans le vif et décide en accord avec l'artiste Adel Abdessemed de retirer une de ses oeuvres jugée choquante par les défenseurs des animaux. La vidéo intitulée "Printemps", qui montre des poulets brûlés à vif est en fait une "une allégorie de toutes les violences. Notamment celles qui sont infligées aux animaux, ce quil ne cesse de dénoncer dans de nombreuses œuvres et ses interviews", précise le musée. Le message ne semble pas avoir été perçu sous cet angle par tout le monde. 

Face aux insultes racistes et fascistes l'artiste Adel Abdessemed a décidé que ça ne servait à rien de résister coûte que coûte devant une déferlante qu'on ne pouvait pas maîtriser

Thierry Raspail
Directeur du Musée d'Art Contemporain

Reportage : E. Phily / C. Cherry Pellat  / G. Bessaa

https://videos.francetv.fr/video/NI_1203587@Culture

Une trainée de poudre pour un trucage 

En quelques heures, l'affaire des poulets brûlés par de fausses flammes à fait le tour des réseaux sociaux, ignorant les précisions du Musée d'art contemporain de Lyon quant à la réalisation de l'œuvre. "Les tweets venaient de partout. J’ai passé des heures au téléphone pour répondre aux associations de défense des animaux" explique encore Thierry Raspail dans un entretien à Libération.
"Printemps" Adel Abdessemed

"Printemps" Adel Abdessemed

© France 3 / Culturebox / Capture d'écran

La vidéo a été réalisée au Maroc avec une équipe de techniciens créateurs d’effets spéciaux pour le cinéma, qui utilisent couramment ce produit pour créer des effets de flammes et d’incendie qui sont sans danger.

Note de l'artiste Adel Abdessemed à propos de l'oeuvre "Printemps"
Le  Musée d'Art Contemporain de Lyon (MAC) a publié dès mercredi un communiqué très clair à l'attention des contestataires. 

 

Dénoncer l'horreur en la montrant 

L'artiste franco-algérien Adel Abdessemed de 47 ans vit et travaille en France depuis qu'il a fui son pays d'origine en 1996. Le contexte très troublé de l'époque et l'assassinat du directeur de l'école des Beaux-Arts d'Alger où il était étudiant ont précipité sa décision. 
"Cri" d'Adel Abdessemed exposée à la Biennale d'art contemporain d'Istanbul

"Cri" d'Adel Abdessemed exposée à la Biennale d'art contemporain d'Istanbul

© SEDAT SUNA/EPA/Newscom/MaxPPP
C'est à Lyon qu'il trouve refuge et poursuit ses études d'art. Il est encore jeune, mais son discours artistique est à jamais marqué du sceau des violences qu'il a connu. Sa démarche cathartique est souvent teintée d'une volonté profondément intime et politique de dénoncer les injustices du monde actuel. 

Je regrette que cette oeuvre soit retirée car elle faisait passer des messages très forts sur l'histoire de l'artiste et la violence qui peut être celle des hommes et présente sur différents outils de communication

Loïc Graber
Adjoint au maire LREM délégué à la culture

En 2008, "Don’t trust me" représentant des animaux abattus à coup de masse avait déja fait polémique. Des musées avaient refusé de l’exposer aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.

De la liberté artistique

Adel Abdessemed est un artiste couramment exposé dans les Biennales d'art contemporain. Parmi ses oeuvres réputées on se souvient du "Coup de tête de Zidane à Materazzi" (censurée à Doha), d’une sculpture de deux mètres représentant Angela Merkel jeune pratiquant le naturisme ("Is Beautiful" exposée au MAC), des Christ sculptés en fils barbelés (Décor) ou de la jeune vietnamienne Kim Phuc immortalisée en ivoire (Cri), des messages coup de poing qui sont aussi des signaux d'alarme.
L'artiste Adel Abdessemed  lors du vernissage de l'exposition "Christ" au musée Unterlinden à Colmar

L'artiste Adel Abdessemed  lors du vernissage de l'exposition "Christ" au musée Unterlinden à Colmar

© NDEN, CULTURE Crédit:
"On a beaucoup gagné avec la laïcité et la démocratie, mais on peut considérer que ce qu’on a gagné est menacé aujourd’hui", disait-il dans une interview au Petit Bulletin. Du côté des spécialistes de l'art, on déplore cette censure artistique. "Une institution n'a pas à effacer sa proposition, ce qu'elle cesse de protéger à ce moment-là c'est le geste artistique", précise Eric Dayre, Directeur du centre d'études et de recherches comparées sur la création. 
Adel Abdessemed exposition "L'antidote" au MAC de Lyon

Adel Abdessemed exposition "L'antidote" au MAC de Lyon

© France 3 / Culturebox
Le MAC de Lyon présente jusqu'au 8 juillet 2018 une quarantaine d’œuvres dans l'exposition "L’Antidote"