Le Canard enchaîné (re)fête le centenaire de son envol avec un numéro spécial

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/07/2016 à 10H37
Une du Canard Enchaîné du 6 juillet 2016

Une du Canard Enchaîné du 6 juillet 2016

"En route pour le bicentenaire!", titre Le Canard Enchaîné à la Une de son numéro spécial du mercredi 6 juillet, concocté pour célébrer les cent ans de son "vrai" lancement, le 5 juillet 1916.

La première version du journal était parue le 10 septembre 1915, d'où la célébration il y a un an d'un premier centenaire, qui avait valu au journal de nombreux hommages dans la presse. Mais son fondateur Maurice Maréchal l'avait sabordé au bout de cinq numéros, en raison de la censure et de faibles moyens. L'année suivante, Le Canard reprenait son envol avec une nouvelle formule.

Pour son numéro anniversaire, l'hebdomadaire satirique s'est offert une fantaisie sur sa maquette d'ordinaire assez austère : un cadre rouge et beige orné de dessins de canards. Le volatile offre à ses lecteurs un supplément de 4 pages, dont la Une de son premier numéro de 1916, vendu 10 centimes et sur laquelle figurait déjà sa fameuse "Mare aux canards", sous la forme d'un petit encart. Ces informations confidentielles dévoilant les coulisses du pouvoir, que s'arrache la classe politique, occupent aujourd'hui la page 2 du journal.

Reportage : M. Vial / M. Hauville / J.A. Balcells / A. Bortot

https://videos.francetv.fr/video/NI_753341@Culture


Un ovni journalistique sans équivalent dans le monde

Sur la Une de 1916, marquée du slogan "Tu auras mes plumes, tu n'auras pas ma peau", une case vide, témoin de la censure dont l'hebdo était victime à l'époque. Le reste du supplément revient sur l'histoire mouvementée de cet ovni journalistique, sans équivalent dans le monde. On y apprend l'origine de plusieurs rubriques du journal, comme "l'album de la comtesse" ou la "noix d'honneur".

Alliance de satire, d'investigation et d'humour, le "Canard", dont les journalistes cultivent la discrétion en signant souvent leurs articles de pseudonymes, s'est également illustré en révélant de nombreuses affaires. L'hebdo propose également dans son supplément un florilège des scoops des 100 dernières années, depuis son premier "beau coup" en 1919 (des hauts-fourneaux volontairement épargnés par l'état-major français à la demande du propriétaire François de Wendel, puis utilisés par l'industrie militaire allemande dans la Lorraine occupée) à la révélation en 1979 de diamants offerts par le dictateur centrafricain Jean-Bedel Bokassa à Valéry Giscard d'Estaing. "Et ce n'est pas fini", lance un aréopage d'hommes et femmes politiques, dans le dessin publié en Une de ce numéro anniversaire.

Les recettes du Canard

Sans photos, sans publicité et avec une présence minimaliste sur internet, Le Canard, qui emploie 30 journalistes dont 9 dessinateurs, a vendu 389.500 exemplaires en moyenne chaque semaine en 2014, en légère baisse sur un an (-2,5%). Il est l'un des rares à ne pas avoir de déclinaison en ligne et alimente avec parcimonie son compte Twitter et son site. "Depuis un siècle, Le Canard  a vécu sans jamais accepter un centime de publicité. De même qu'il n'a jamais emprunté un centime à une banque", se félicite l'équipe dans les colonnes du numéro spécial.

Détenu par ses salariés et journalistes, le Palmipède a enregistré un chiffre d'affaires de 24,5 millions d'euros en 2015 et un bénéfice de 2,2 millions d'euros. Ses bénéfices lui ont permis de maintenir le même prix de vente depuis 1991, 1,20 euro. "Le Canard n'était pas seul au milieu de la mare. Mais il est le seul à avoir réussi la traversée", résume Serge July dans son "Dictionnaire amoureux du journalisme". 

Une du Canard Enchaîné du 5 juillet 1916

Une du Canard Enchaîné du 5 juillet 1916